I.E MOI-SERIE
mettre, déterminé par la « rencontre » de l'intellect, de l'œil et de la couleur, des sens et des objets ; mais cette rencontre n'est jamais accidentelle. En d'autres termes, la série que nous appelons le moi est autonome : « Tout ce que nous sommes est le résultat de ce que nous avons pensé. » De même que le péché, la pensée de péché, fourbit les instruments de la torture infernale et rend les corps des damnés réfractaires au feu; de même un péché moindre, ou le reste d'un péché déjà puni dans les enfers, revêt les hommes de ce corps aussi sensible qu'un abcès et de cet amour-propre si chatouilleux, trouble les humeurs dans la maladie, meut le bâton qui nous frappe, aiguise la langue des médisants et des calomniateurs. Le monde, en un mot, est créé pour la pensée. — Reste à savoir s'il n'est pas créé par la pensée, s'il existe en dehors de la pensée; mais il était réservé au Grand Véhicule de résoudre, au point de vue métaphysique, ce problème que les Sautrântikas n'examinent qu'au point de vue moraP.
Ils ont cependant, sur un point fort important et connexe, ouvert les voies à la spéculation postérieure. Les anciens bouddhistes,
1. Voir l'article de Mde RhysDavids, J. R. A. S. 1903, p. 587. A dire vrai, je ne peux apporter aucune preuve décisive de la thèse que je soutiens ici, que les Sautrântikas n'admettent pas « qu'on mange ce qu'on n'a pas semé ».
iSa SYSTÎ.MFS MKTAPHYSIQUES
comme en général les philosophes indiens depuis les Upanisads, n'admettent pas que la pensée puisse se connaître elle-même : il y a, dit-on, contradiction dans les termes^. Par diverses explications plutôt compliquées et inintelligibles, celle-ci notamment qu'une pensée connaît la pensée qui la précède immédiatement et dont elle est issue, les tenants de cet antique aphorisme arrivent, tant bien que mal, à bâtir une théorie de la connaissance. Mais les Sautrantikas se décident pour la conscience directe et ils semblent avoir inventé, à l'appui de cette hérésie, les comparaisons qui leur valurent le nom de dcirstântikas ^ « docteurs de Fécole des similitudes- ».
Il est vrai que le bout du doigt ne se touche pas, que le tranchant de l'épée ne se tranche pas; mais il ne s'ensuit pas que le sujet de la connaissance ne puisse pas être son propre objet. La lampe, en effet, en même temps qu'elle éclaire la cruche, s'éclaire soi-même^.