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Digha, II, p

208 MYTUOLOOIK ET OÉVOTION

Maître est « éteint » ; l'objet du culte est insensible ou irréel : quels fruits le culte pourra-t-il porter? Cette question inévitable fut posée de bonne heure, semble-t-il, et la réponse, identique chez tous les docteurs, sort du fond même de la doctrine*.

D'après le principe de l'acte personnel et irréversible, — il y fut fait d'ailleurs, nous le verrons, des dérogations notables, — tout bien comme tout mal nous vient de nous-mêmes; c'est une hérésie de croire que quelqu'un donne : mon bienfaiteur, dieu ou homme, n'est que le délégué de mon mérite. Il en résulte que le culte du Bouddha entré dans le nirvana porte les mêmes fruits que les hommages et les services rendus au Bouddha vivant.

Le grand saint ni n'accorda ni n'accorde aucune faveur aux orants, et à la vérité on ne le prie pas ; mais la piété est féconde parce que l'esprit se recueille, se purifie, se prépare au nirvana quand il se repose et se complaît dans la contemplation du saint.

La commémoration du Bouddha est distincte de la commémoration de la Loi, laquelle estaussi un objetde culte, le deuxième « joyau». Sans doute Çâkyamuni mourant disait que la

1. Le Milinda, l'Abhidharmakoça et Çântideva sont d'accord. — Sur l'ulilité du culte des reliques, voir Milinda, pp. 95 et 117 (trad I, 144, 246). C'est d'ailleurs une opinion canonique qu'on obtient le ciel en vénérant les stupas, Mahâparinibbâna, v, 12.

PETIT VÉHICULE PALI 20iJ

Loi le remplacera ; à plusieurs reprises, reprenant des dévots exaltés, il expliquait qu'on voit le Bouddha quand on voit la Loi, mais que le moine même qui touche le vêtement du Maître est très loin de lui s'il ne voit pas la Loi'. Cependant, — pour ne pas parler des deux marchands qui reçurent de Çàkyamuni quelquesuns de ses cheveux sacrés et qui furent les premiers adorateurs et les premiers fidèles laïcs 2, pour négliger tout ce qu'il y a de latrie dans le plus ancien culte, — la piété du moine philosophe s'attache au Grand Disparu non seulement parce qu'il fut la Loi personnifiée, le fondateur de la Confrérie, la porte du salut, mais aussi parce qu'il est le saint par excellence, riche de tousles mérites, orné de toutes les perfections : « Quand on prend recours dans le Bouddha », dit un texte, « on prend recours dans les qualités que possède le Bouddha, dans les qualités qui font un Bouddha ^ », Le fidèle se réjouit de cette sainteté aussi agissante et efficace aujourd'hui qu'au temps de la sublime prédication : car si le Maître n'est plus en relation avec les hommes, ceux-ci sont en relation avec lui tous les jours et à l'heure dernière ; il est ce qu'il était jadis, un « champ » où croissent merveil-

1. Oldenberg, Buddh. Studien, p. 677; J. R. A. S. 1906, p. 947.

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