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LES TROIS VÉHICULES

L'enseignement théorique de Çâkyamuni, dont l'étude des littératures védiques dévoile les antécédents, s'est perpétué dans la secte jusqu'à nos jours, non sans se renouveler. Agnosticisme, phénoménalismenihilistique, personnalisme à la manière du Sâmkhya : telles sont les doctrines qu'ont professées les diverses sectes du Petit Véhicule, fidèles à l'idéal pratique défini ci-dessus. Les adeptes de la charité du futur Bouddha, les gens du Grand Véhicule, ont soutenu le nihilisme, un nihilisme très catégorique, mais qui, parfois, accuse une tendance marquée à l'idéalisme et au monisme {Vedànta). Certaines branches du Grand Véhicule formulent même le dogme de l'immanence, qui constitue la base théosophique de toutes les spéculations des Tantras.

En même temps qu'une règle de vie et une philosophie, le Bouddhisme est aussi une dévotion. Pour le plus ancien monachisme, Çâkyamuni n'est qu'un prédicateur, aujourd'hui disparu ; mais le fondateur de l'Ordre, qui fut un grand saint, un grand pénitent, a été adoré par des dévots visnouisants : sous leur influence, le Petit Véhicule reconnaît dans le Bouddha un être surnaturel (le « grand mâle ») ; et même quelques sectes (« supranaturalistes ») s'approchent par le « docétisme » de la doctrine brahmanique des descentes divines (avatar as). Dans le

Grand Véhicule la mythologie et la piété débordent. D'innombrables Bouddhas peuplent Fimmensité de l'espace. Ce sont des dieux vivants, ou plutôt des saints à pouvoir divin, trônant dans les paradis : ils gardent quelque chose de l'orthodoxie primitive; ils ne sont pas strictement éternels, ils ne sont pas créateurs, ils sont à demi plongés dans le nirvana; d'ailleurs infiniment bons et préoccupés du salut du monde. Cette bouddhologie se soude dans les écoles savantes aux systèmes métaphysiques (nihilisme ou monisme) et à une eschatologie spéciale : le salut est considéré comme une ascension, de « terre » en « terre », jusqu'à la dignité sublime de Bouddha; c'est la « carrière des futurs Bouddhas » (et la kramamukti des brahmanes). Tel est le Grand Véhicule, monastique et séculier, dévot, dialectique et mystique.

Dans le Tantrisme se marque l'influence çivaite etpayenne; dès longtemps les bouddhistes se préoccupent des démons, des goules et des esprits, des dieux hindous en un mot ; à l'occasion, ils en font des « protecteurs de la religion » ; un moment arrive où certaines gens adorent sous le nom de Bouddhas, mâles ou femelles, des divinités obscènes et sanguinaires.

Cette sommaire description règle l'ordonnance de nos recherches. En première ligne, l'enseignement de Çàkyamuni où la théorie du

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