‹ Bouddhisme [microform]Chapitre 117 sur 186 · Légende, p · texte numérisé non relu

Légende, p

de l'époque où le futur Çakyamuni, monarque universel, s'appelait le roi « Beau à voir ». Gomme il se trouvait sur la terrasse du palais, la divine roue apparut, parfaite dans sa jante, son moyeu et ses mille rayons. Le roi se leva de son trône, ramena sa robe en découvrant respectueusement l'épaule gauche, prit dans la main gauche un vase d'or, de la droite aspergea la roue et lui dit : « Roulez, ô roue, et triomphez ! » La roue roula vers l'orient, suivie du roi et de l'armée; et tout l'orient conquis accepta le pentalogue bouddhique. Puis la roue plongea dans les grandes eaux, émergea, roula vers le sud, vers l'ouest, vers le nord. Elle revint enfin à la capitale et se fixa sur la terrasse du palais, illuminant les appartements. Cette capitale, avec son septuple rempart de pierres précieuses qui rappelle aux « comparatistes » la cité de l'Apocalypse, est digne des prestiges de la roue et de son monarque ^

Nous connaissons surtout le roi àla roue parles sources bouddhiques qui l'identifient ou le comparent au Bouddha : mêmes «marques», même « mise en mouvement de la roue », mêmes funérailles. Cependant les « marques » du « grand

1. Mahâsudassanasutta, Dîglia, xvii, traduit et commenté par Rhys Davids dans Buddkist Suttas, p. 237 . — Sur le roi à la roue, ses joyaux (comp. Sainyutta, V, p- 99), etc., voir Senart, Légende; les observations de Ed. Hardy, Buddha, p. 105, quoique tendancieuses, sont intéressantes.

mâle » et le nom même de mahàpurusa rappellent des données familières à la vieille littérature du Veda et de l'Épopée. Plusieurs des étranges caractéristiques que nous avons relevées se retrouvent notamment chez Nara et Nârâyana^ deux divinités ou hypostases du cycle visnuite auxquelles le Mahabliârata accorde le nom de « grands mâles, » et qui ne sont qu'un dédoublement de Nârâyana, «le grand mâle» ou «le mâle» par excellence, le dieu unique qi\' adorent les habitants d'un mythique paradis, l'île Blanche, eux aussi façonnés suivant le type de leur dieu. Appliquée à Nàrâyana-Visnu, l'expression mahàpurusa évoque l'idée védique de Thomme primordial, victime du sacrifice primitif et dont le corps démembré constitua l'univers. Nârâyana est l'être suprême; Brahmâ s'écrie : « A lui l'unité et la grandeur ; il est appelé le mâle unique; cet être unique, éternel, porte le nom de grand mâle^. »

Tel est Nârâyana, que célèbre le Mahâbhârata ; qu'adoraient les Ajlvikas, ascètes brahmaniques, rivaux des primitifs bouddhistes 3; que le Lalitavistara identifie formellement avec le

1 . Nara = homme, Nârâyana = celui qui a pour domaine les eaux = Visnu flottant sur les eaux primordiales. — Voir Hopkins, Religions, p. 412.

2. Voir Senart, Légende, notamment p. 91 et suivantes; Kern, Geschiedenis,l, 234. — Bliagavadgïtû, xi, 18, &c.

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