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LE BOUDDHISME ET LE SURNATUREL HINDOU LE TANTRISME

1. L'enseignement du Bouddha et les croyances populaires ; les conrentuels et les forestiers. — 2. Véhicules oi*thodoxes : exorcismes et divinités bouddhisées, — 3, Docteurs, littérature, panthéon, gnose, rites et théurgies tantriques; le Tantrisme et les destinées du Bouddhisme indien.

En dépit du caractère « irréligieux » de l'enseignement de Çakyamuni, une religion s'était constituée, à côté ou en dessous des strictes disciplines du Petit Véhicule ; elle avaitpour foyers, d'une part, le souvenir du Bouddha historique, le culte des lieux saints, des reliques et des icônes, d'autre part, le dogme du Bouddha dont l'épanouissement peuplait les univers de Bouddhas lumineux et de Bodhisattvas bienfaisants. Nous avons nommé Maitreyav Amitâbha, Avalokiteçvara ; nous avons vu comment la dévotion a fécondé les systèmes des métaphysiciens et s'est exaltée pour la carrière ou vocation des futurs Bouddhas. La religion du Grand

Véhicule est foncièrement bouddhique ; elle se ramène tout entière avec ses dieux, ses prières, ses cérémonies, son eschatologie, à des principes qu'on peut dire orthodoxes.

A partir d'une époque difficile à déterminer, certainement fort antérieure au x^ siècle, un paganisme mêlé de chamanisme et de théosophie étale dans des icônes et dans des livres, — qu'on appelle Tantras, d'où Tantrisme, — des divinités et des pratiques non seulement étrangères au vieux Bouddhisme, mais encore formellement répudiées par la grande majorité des écoles, mais insusceptibles d'être bouddhisées sinon à la surface et d'un point de vue tout ésotérique. La plupart des historiens du Bouddhisme ignorent délibérément ce côté fâcheux de la tradition indienne ; mais cette omission ne va pas sans de graves inconvénients.

Nous avons eu l'occasion de le remarquer, les grandes religions, brahmaniques à proprement parler, c'est-à-dire visnouites et çivaïtes, ou bouddhiques, sectes d' Amitàbhâ eu d' Avalokiteçvara, n'ont pas exercé sur la superstition populaire (c'est-à-dire sur l'Hindouisme) une prise comparable à celle des Églises d'Occident, à celle même du Mahométisme. En dépit des spéculations et des instituts théistes ou monistes, l'Inde est restée « payenne », et la « superstition » garde une grande place dans la vie quotidienne

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des bouddhistes les plus dévots ou des « vedantins » les plus sévères. — Et, par un contraire effet, les doctrines bouddhiques et les théosor phies brahmaniques, descendant dans les couches inférieures, ont fourni à l'Hindouisme des fragments de doctrine, des lambeaux de spéculation mystique. De même les philosophies grecques ont fécondé les vieux polythéismes d'Asie et vivifié, dans le syncrétisme de l'époque impériale, les rites fétichistes ou erotiques de Syrie ou d'Anatolie.

La superstition et la démonologie du moyen âge indien se sont cristallisées, pour ainsi dire, sous l'influence des théologies des écoles du Grand Véhicule; elles ont donné naissance à une théorie nouvelle du salut, dominée par une exégèse inattendue, mais logique, de la gnose savante. — L'adepte des Tantras aspire à connaître la science suprême du vide, à supprimer l'activité de la pensée dans le nùvâna^ à devenir un Bouddha. Mais, s'il ne néglige pas la « méditation du vide », il a plus souvent recours tantôt à des formules magiques, tantôt à l'hypnose, tantôt à des cérémonies erotiques. En même temps des dieux payens d'origine et de caractère, unis à leurs épouses, sont décidément, pour ces soi-disant bouddhistes, les seuls Bouddhas, les seules Sauveuses (Taras.) H y a ici une dogmatique, un panthéon et une

tîiéui'gie qui, pour être fort opposés aux notions traditionnelles, n'en sont pas moins mêlés ou contaminés de Bouddhisme : de même les cultes de Krsna ou de Çiva, dès qu'ils se haussent à la théologie et au document écrit, exploitent la littérature et les philosophoumènes des brahmanes.

L'étude du Tantrisme bouddhique présente un multiple intérêt. — Ses dieux et ses rites sont extrêmement curieux pour l'indianiste et l'ethnographe, car aucun paganisme n'a été aussi luxuriant et aussi sincère. — C'est ici qu'est l'aboutissement naturel de la débauche doctrinale et mythologique des grandes écoles : si le Bouddhisme a disparu de l'Inde, c'est notamment pour cette raison qu'il s'est fondu dans l'Hindouisme, et cela par les voies du Tantrisme ; et si le Tantrisme a triomphé, c'est un peu parce que le Grand Véhicule a diminué la force de résistance de la Communauté. — Ce paganisme, enfin, a de très lointains antécédents dans le Bouddhisme même ; différente aux diverses époques, la religion du dehors a, dès l'origine et dans des mesures variables, réagi sur la Communauté : c'est ainsi que l'identification du Bouddha au «roi à la roue», au «grand mâle », fut admise par les premiers fidèles ou par les rédacteurs du canon.

Il est impossible d'épuiser ici ce vaste sujet;

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