D'après le principe yâc?/'ço ya/csas tâdrço balth
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bonnes grâces, jeûnes, macérations, postures incommodes prolongées pendant des années ou des siècles; mais la science qu'ils ont conquise est conservée par la tradition ésotérique avec la manière de s'en servir. Et les maîtres ou giirus^ de leur nom vajrâcàryas, « docteurs en foudre », la révèlent contre récompense.
Quoi qu'on leur donne, c'est à bon marché qu'on obtient les faveurs dont ils disposent, longue vie, élixirs, houris et miracles : aussi, comme les prêtres du rituel brahmanique, ils se considèrent comme des dieux et réclament l'adoration du néophyte^
Que des ascètes ou des dévots payens adorent des dieux payens sous le nom de Bouddhas ou de Taras, cela ne leur donne aucun droit d'être regardés comme des bouddhistes, — de même que les innombrables Chinois qui vénèrent quelque, idole de Pousa (= Bodhisattva) ne sont pas bouddhistes en effet, sinon dans des statistiques artificielles. Mais le contact de l'Hindouisme et du Bouddhisme ne provoqua pas seulement des superpositions de cultes, il aboutit à un véritable
i. Le maître est identique au suprême Bouddha Vajradhara.
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syncrétisme. Les sorciers, nous dit-on, — et la chose est sûre, — sont versés dans toutes les philosophies de l'école; ils ne se contentent pas de collectionner des talismans, d'évoquer les démons, de faire des miracles ; ils veulent, tout comme les saints du Grand Véhicule, obtenir rillumination des Bouddhas. Des notions bouddhiques pénètrent donc cette magie de bas étage et ce panthéon, ou, plus exactement, la magie et les dieux sont mis au service de concepts doctrinaux qui prétendent être bouddhiques et le sont, en effet, dans quelque mesure. Essayons de les définir avec autant de précision qu'il convient.
Le Grand Véhicule n'était pas seulement, comme le Petit, une méthode de renoncement et de « silence intellectuel », mais encore ou surtout une métaphysique abstruse, doublée d'une mystique visant à la « bouddhi fi cation » et d'une théologie qui multipliait les puissances charitables dans les cieux superposés. Métaphysique, mystique et théologie sont utilisées et déformées par les rédacteurs des Tantras.
La spéculation des deux grandes écoles, Mâdhyamikas et Vijnânavàdins, repose sur la distinction des deux vérités ; la vérité d'apparence contient la saine tradition; la vérité vraie se résume dans ce mot « vacuité » : « Le Bouddha n'est qu'un mot, le nirvana n'est qu'un mot,
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et s'il y avait quelque chose de plus distingué [viçista) que le nirvana^ je dirais que ce n'est qu'un mot. » Ainsi parle Çàkyamuni lui-même.
Et ailleurs : « Rien n'existe que la pensée exempte de sujet, d'objet et d'acte de connaissance, » ; « La vérité vraie, c'est le silence. »
Mais ce n'est pas résoudre le problème métaphysique que d^en nier les données : du nihilisme on passera, presque sans en avoir conscience, au monisme, àla doctrine de l'immanence, à cet axiome qui domine et justifie la théurgie des Tantras : « Toutes les créatures sont des Bouddhas ou, pour mieux parler, le corps spirituel et vide du Bouddha »; et le vide deviendra Vens realissimitm'^ .
L'école strictement nihiliste des Mâdhyamikas pose les deux équations nirvana = vide, existence (ou transmigration) = vide. Deux choses égales à une troisième étant égales entre elles, on formule une équivalence plus contestable:
existence = nirvana. L'existence n'est qu'une illusion, donc le nirvana est éternellement réalisé ; or le nirvana^ c'est la possession de l'état de Bouddha; donc nous sommes des Bouddhas/ parce que nous sommes « vides » et en tant '^quea vides». ■
; Chez les idéalistes . ou Vijnânavâdins, la
i. Les Gaudapâdakârikâs, traité védantique, sont pour une part, semblei-t-il, une adaptation de la pîiilosophie mâdhyamika;
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spéculation va beaucoup plus loin. Si nous sommes des Bouddhas en nirpàna^ c'est parce qu'en nous réside la pensée pure, exempte des notions de moi et de non-moi, enveloppée il est vrai dans les imaginations erronées comme un joyau est caché dans un tas d'ordures. Nous sommes en fait des embryons de Bouddhas {iathâgatagarbha); nous sommes en espérance, en réalité ultime, le Bouddha, le corps unique de tous les Bouddhas, la pensée vierge. — Tel est, au plus juste, l'enseignement de Çâkyamuni dans le Lawkàvatâra. Son interlocuteur lui fait observer que semblable système n'est pas bouddhique, mais brahmanique, védantique ; le Maître n'en disconvient pas : il vient de parler suivant la vérité d'apparence. En effet, tout rapport entre la pensée non-pensante et une pensée quelconque qui soit «pensée », est absurde; le corps des Bouddhas est un non-corps, sa pensée une non-pensée ; la pensée vierge doit , être regardée comme le terme d'une purification progressive delà pensée souillée, comme la suppression de la pensée, non pas comme une réalité immanente . — Mais l'école des idéalistes, du moins dans quelques-unes de ses branches, et l'école des Tantras prennent la vérité apparente pour la vérité vraie, — Çâkyamuni, lui-même les distingue assez mal dans le La/ika, — et elles considèrent la pensée vierge comme
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le principe ou le lieu d'une double évolution^ souillure et purification^
La réalité suprême (^«?^cûî), considérée en ellemême, est pensée {citta)^ réceptacle vide [àlaya^ çùnyatà)^ indifférenciation [tathatà), élément foudre {vajradhàtu)^ corps spirituel des Bouddhas {dharmakàya). En rapports avec l'intellect [manas)^ elle apparaît comme matrice {gcirbhadhàtu)^ comme le corps de jouissance des Bouddhas et des Bodhisattvas {sambhogakàya).
Mais l'intellect se souille {klistamanas), d'où les êtres de tous les étages du monde, ou, plus exactement, l'évolution de la pensée, impolluée en sa nature propre, à travers les multiples illusions. Et, inversement, l'intellect est purifié et aboli par la sagesse ou science {prajndpàramitâ)^ mère des Bouddhas, d'un autre nom ôo^Ai, l'illumination qui fait les Bouddhas. Ainsi la pensée, ou corps spirituel des Bouddhas, est restituée dans sa vacuité essentielle.
D'après les adhérents du Grand Véhicule, nihilistes, idéalistes, peut-être monistes, — même quand ils s'embrouillent dans la définition dit vide et du corps des Bouddhas, — il n'est qu'une seule méthode pour réaliser ou dégager la « pensée de Bouddha» ou illumination {bodhi) : c'est
1. Voir Lankâvatâra (B. T. S.), p, 80. — Cette double évolution de vyavadÂna et de samkleça s'appelle le siïksma pratîtyasamutpâda (Commentaire de la Nâmasaïugîti ad 123).
l'imitation de Çâkyamuni, la carrière des vertus parfaites, don, patience et recueillement {pàramitàiiaya)^ la pratique des x< futurs Bouddhas » au cours de trois « périodes incalculables » aboutissant à la possession d'une gnose ineffable. Mais n'existe-t-il pas un chemin plus facile et plus court? N'en doutons pas : c'est celui que nous offre le « système des formules » imàniranayd) oudesTantras {taiitranaya)\c!%^l le Véhicule de foudre ou de diamant {vajrayàna) : « En somme, nops dit-on, une période incalculable ou une seconde, c'est la même chose ^. » — Les adeptes desTantras reprennent donc le programme des Upanisads et de la plus ancienne école bouddhique, à savoir l'obtention immédiate du nirvana^ la délivrance dès cette vie, — mais dans des conditions à tous les points de vue différentes.
Bien que notre pensée soit en apparence souillée, elle est, de fait, l'intelligence pure : donc nous sommes des Bouddhas, le Bouddha, -^ les Upanisads diraient Ycttman^ le brahmdn. Mais si le Bouddha, en sa réalité profonde, en son « corps » spirituel, est l'intelligence pure, il possède ou assume des aspects visibles, perisables et pensants, dieu prédicateur dans les empyrées, ou, conception çivaïte, Bienheureux {bhagavat) uni à la « Bienheureuse Perfection de