Fujishima, Bouddhisme Japonais, p
THÉURGIES TANTRIQUES SqÔ
la sagesse » {bhagavatiPrajnâ pàramità)\ divinité quelconque unie à son épouse. Le fidèle, iden-^ tique au Bouddha dans son essence, doit et peut s'assimiler aux formes célestes ou démoniaques que revêt illusoirement le Bouddha et qui sont l'indispensable acheminement vers la restauration de la nature vraie et permanente. Il lui suffit pour cela de se faire le corps, la voix et la pensée d'un dieu bouddhique, de tous les dieux entre lesquels se partagent et se diversifient les attributs de Tunique Bouddha. Et l'autosuggestion, servie par la magie, est évidemment efficace dans ce grand œuvre puisque rien n'existe que la pensée, que notre pensée. Tel est, à proprement parler, leTantrisme bouddhique: une méditation, une théurgie, dans laquelle et par laquelle l'ascète se reconnaît comme le Bouddha et s'adore comme tel.
Cette théurgie tire parti, et c'est sa forme la plus décente et la plus orthodoxe, d'une discipline que le vieux Bouddhisme avait héritée de la préhistorique théosophie, la suppression ou la réglementation de la respiration. A l'origine, c'était peut-être un simple procédé d'hypnose, une recette d' « hommes de médecine » à la manière des sauvages, — tout comme la manie fâcheuse de fixer le regard sur le bout du nez.
1. Voir les textes cit^s dans notre Bouddhisme, Etudes et matériaux, p. 144.
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Les brahmanes, identifiant l'âme individuelle, c'est-à-dire le souffle, avec l'âme du monde, réalisent l'intuition suprême en concentrant les souffles vitaux dans le lieu où réside l'éternel Brahma, à la pointe du cœur, ou en leur frayant un chemin vers l'empyrée par un canal mystérieux qui va du cœur au sommet du crâne. Çâkyamuni et le Petit Véhicule virent surtout dans ces pratiques une méthode de recueillement. Les docteurs des Tantras, mi-mahàyanistes\ mi-hindous, développèrent dans les Tantras dits « de l'union » [yogatantras] un système compliqué qui met les cinq souffles vitaux en relation avec toutes les pentades mythologiques, mystiques. et cosmologiques. Une fois posé le principe fécond que nous sommes le Bouddha, des rapports étroits s'établissent entre les cinq souffles, les cinq sens, les cinq éléments qui constituent notre corps, — les cinq éléments du monde extérieur, les voyelles, les couleurs, — les cinq sciences qui épuisent la science de la « vacuité », les cinq Bouddhas historiques, les cinq Bouddhas célestes dont ils sont le reflet^,
l/Mahâyânistes, adeptes du Mahâyâna ou Grand Véhicule.
2. Ces cinq Bouddhas, que les sources appellent « les cinq Bouddhas 0, (( les ciiiq Tathâgatas », sont généralement désignés, dans las ouvrages européens, sous le nom de dhyânibuddhas. Bouddhas de méditation. Je ne crois pas qu'on l'ait jamais lu dans un texte' sanscrit, tibétain ou chinois. — Quoi qu'il en soit, les « cinq Bouddhas » appartiennent au Tantrisme plutôt qu'au Grand Véhicule.
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les cinq grands Bodhisattvas. De toutes lespentadesqui constituent le non-moi, l'homme est un résumé, — microcosme, Bouddha en réduction.
Cependant les cinq Bouddhas célestes ne sont eux-mêmes que des différenciations d'un sixième Bouddha, « essence de foudre », lumière immaculée, bonté universelle {samantabhadra)\ et, parallèlement, les cinq souffles, les cinq éléments , les cinq organes, les cinq sciences se ramènent àl'unité dans un sixième souffle, dans un sixième élément, dans un organe suprême, dans la gnose du Bouddha.
Aux spéculations sur le triple aspect de l'activité et de la nature des êtres vivants, pensée, voix et corps, se rattache une discipline fort bien entendue où trouvent place les diverses formes de la méditation et de la théurgie.
La pensée du Bouddha est pensée pure, « pensée de vacuité », différenciée par la bienveillance, la compassion, le plaisir ou le calme. Il faut donc purifier l'intelligence par de pieux exercices et la vider enfin de toute notion intelligible par la contemplation du vide. La parole ou voix du Bouddha est concentrée dans des formules mystérieuses, dans le oin marii padme hûm^ dans les hûm^ hi'ïm, phat, dans le arapa-
Dans quelques écrits bouddhiques, par exemple dans le Svayambhûpurâna, l'univers, dieux et choses, est créé par la méditation du Bouddha primordial (voir p. 264, n. 1). C'est du brahmanisme à peine voilé. — Hastings, s. voc. Adibuddha.
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cana dont chacune des syllabes est la semence d'uiL des cinq Bouddhas émanés de l'être silencieux et innommé : il faut donc se faire une voix de Bouddha en répétant les formules jusqu'à illumination, c'est-à-dire jusqu'à complet hébétement. Le corps du Bouddha, — qui est un non-corps, comme sa pensée est non-pensée, .comme sa voix est silence, — a pour hypostases les corps ornés des marques du « grand mâle » et, en général, les corps divins. Le Grand Véhicule croyait que les marques apparaissent spontanément au cours d'une sanctification progressive etmîllénaire : d'après les magiciens, il suffît, pour posséder dans sa plénitude le « corps de foudre », de consacrer chaque membre au moyen des lettres sacrées, mères des Bouddhas visibles, et d'introduire mécaniquement les multiples Bouddhas en sa personne.
Mais, sans la connaissance exacte des formules et des gestes, l'ascète est sans action sur les divinités, ou, — et cette manière de parler est plus exacte, car les puissances célestes ne sont que des noms de l'Etre, — l'ascète est impuissant à réaliser les méditations qui font monter, par l'échelle des apparences, jusqu'au stade d'identification définitive. 11 faut donc des initiations, il faut des cérémonies pour évoquer les dieux [sàdhanas). Ne doutons pas qu^elles dérivent directement, les unes et les autres, du
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rituel pâyen ; mais, dans les documents littérâii'éSi elles sont soudées au Grand Véhicule. Le novice, avant de recevoir de la main de son maître les aspersions d'ambroisie qui le qualifieront pour le grand œuvre, prononcera les vœux de «futur Bouddha » ; ces aspersions seront regardées comme le symbole de la consécration en qualité de «rois delà Loi», réservée par le Grand Véhicule aux Bodhisattvas de la dixième terre. Et toutes les évocations des divinités seront précédées de prières et de vœux empruntés à k piété des meilleurs temps du Bouddhisme.
Je ne peux mieux faire que de citer l'analyse fine et substantielle que M. A. Foucher a donnée de ces cérémonies, en renvoyant à son livre pour le détail iconographique et aux commentaires de la Nâmasamgïti, ou «litanie deManjuçrl », dieu de la sagesse, pour les rites complexes où foisonnent les divinités dans les nombreux compartiments des manàalas on cercles magiques.
« Au jour choisi », dit notre auteur^, « le magicien improvisé [sàdhaka^ mantriii ou yogiri) se lève et, sa toilette faite, se rend en un endroit solitaire etsuivant son cœur, tantôt riant, comme unboisou un confluent de rivières, tantôt sinistre, comme un lieu de crémation {çmaçàna, nous dirions : un cimetière). Là il s'asseoit à son aise sur une place purifiée à cette intention ;