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Le Bouddha et sa religion, troisième édition, p

2. Expression de M. Barth, Bulletin des religions de l'Inde, 1900, p. 35 du Jiré à part {Beuue de l'histoire des religions),

S. Bulletin, 1889, p. 22 du tiré à part. Les indigènes prennent part à ce mouvement : « En lisant ces discussions.,, où les dernières spéculations de la science européenne sont maniées par des gens qui, visiblement, en ignorent l'alphabet, on se dit bien qu'ils pourraient mieux employer leur temps ; mais on voit aussi qu'ils pourraient l'employer plus mal, et on se sent pris de sympathie pour ces intelligences ouvertes et forcément désorientées au conflit de tant d'idées nouvelles. Ce qui se comprend moins bien, c'est ce que viennent faire là les Européens. Mais ce qui ne se comprend pas du tout, c'est la prétention d'importer tout cela chez nous... » — Voir aussi Bulletin, 1902, p. 66. — Les Japonais, dans les Congrès des religions et ailleurs, présentent un Bouddhisme qui, pour n'être pas historique, n'en vaut pas mieux : l'ouvrage récent de Teitàro Suzuki, Outlines of Mah&yÂna Buddhism, est très caractéristique sous ce rapport.

juste, est ratifié par tous les gens de bien; on perdrait son temps à montrer que Çakyamuni ne peut nous enseigner ni métaphysique ni morale.

Mais peut-être les relations historiques du Bouddhisme et du Christianisme sont-elles plus dignes d'attention? M. G. F. Aiken, professeur d'apologétique à l'université de Washington, assure que l'influence supposée des Suttas sur les Évangiles canoniques a ébranlé la foi d'un grand nombre de chrétiens de son pays ^ ; telle conférence de M. W. Hopkinsàdes « clergymen»

indique la même préoccupation dans les milieux protestants conservateurs 2; un probe et sympathique Américain, tout en réformant l'orthographe anglaise, lie partie avec un professeur japonais pour découvrir des phrases bouddhiques dans saint Marc ou dans saint Jean : à leur avis, i'Évangile de l'Enfance surtout est très menacé 3. — 11 y aurait quelque affectation à passer sous silence cette controverse à laquelle moimême j'ai pris part, à négliger les nombreuses coïncidences d'ordre narratif ou moral des an-

1. The Dhamma of Gotama, the Buddhaand the Gospel of Jésus the Christ, a Critical Enquiry into the alleged Relations of Buddhism with Primitive Christianity (Boston, 1900), p. vii.

2. Dans l'article Christ in India, réimprimé dans India Old and iVew (Yale bicentennial publications).

3. Buddhist and Christian Gospels, by Albert J. Edmunds, with English notes on Chinese versions by Masahar Anesaki, Philàdelphia, 1908 (fourth édition).

ciens textes sacrés des bhiksus et de nos Livres^. Mais, en vérité, je n'y peux rien voir d'inquiétant. Sans doute, je crois imprudent de nier que la légende bouddhique ait pu être connue en Occident avant notre ère; mais je crois puéril d'établir la plus modeste conjecture au sujet d'emprunts qui ne sont pas strictement impoS'^ sibles a priori^ mais qu'on ne rendra jamais vraisemblables, encore moins certains. Il v a de certaines non-impossibilités qui ne séduisent que des esprits chimériques 2.

A notre estime, l'intérêt des études bouddhiques est très différent et d'ordre beaucoup plus général. La « mentalité » et la spéculation des moines fils de Çâkya, valent, en elles-mêmes, d'être connues. « Après tout, dit joliment

\, Le Bouddhisme et les Eoangiles canoniques , dans Revue biblique, juillet 1906. — Voir E. Wîndisch, Buddha's Geburt, chap. xiii. M. Sylvain Lévi s'exprime avec trop peu de modération dans La formation religieuse de l'Inde (Conférences au Musée Guimet, 1907) : « La morale bouddhique, propagée ou insinuée par un apostolat anonyme, pénètre jusqu'à l'Egypte et jusqu'aux régions méprisées où va surgir un enfant-dieu, destiné à la conquête du monde. L'univers semble travailler d'un élan unanime à une œuvre de salut, sous les auspices du Bouddhisme » (p. 23 du tiré à part).

2. Jamais on ne me fera croire que saint Luc ait eu en mainune version, araméenne du Suttanipâta : mais ce n'est pas « métaphysiquement » absurde; — Les comparatistes (unhistorical parallelists, dit M, Ilopkins) ne s'aperçoivent pas que le problème, je ne dis pas la difficulté, consiste précisément dans ce fait qu'il y a des analogies ou des ressemblances sans lien historique. De ce point de vue, qui est le vrai, la question ne me paraît pas plus troublante; je ne l'examine pas, car elle n'est pas du ressort de l'indianiste.

b INTERET DES ETUDES BOUDDHIQUES

Barthélémy Saint-Hilaire, ils sont nos frères, si ce n'est tout à fait nos semblables. »

Presque toutes les idées, presque toutes les aspirations dont la pensée et le cœur de l'homme sont susceptibles, leur ont été, on peut dire, familières ; mais il n'est pas une seule de leurs conceptions qu'ils n'aient poussée jusqu'à l'absurde. Très bien doués, le sentiment du réel et du possible leur fait étrangement défaut; mais ils apportent souvent une frappante confirmation du principe anima naturaliter christiana.

On peut relever, en dehors de toute possibilité d'emprunt, de frappants parallélismes entre la religion du Bouddha et la nôtre, entre les « confréries » bouddhiques et les ordres religieux d'Europe ; on a souvent signalé les cérémonies pénitentiaires ou de « confession », la charité fraternelle qui règne ou doit régner entre les bhiksus. — Voici, sous ce rapport, ce qu'il y a de mieux dans nos textes : « Est-il vrah, demande le Bouddha à ses disciples, que tel moine soit malade? » — « Oui, Seigneur. » — « De quoi souffre-t-il? » — « De maux d'entraiilles. Seigneur. » — « Y a-t-il quelqu'un qui le soigne ? » ■ — « Non, Seigneur. » — « Pourquoi ne le soignez-vous pas? » — «Parce que, Seigneur, il ne nous sert à rien ; c'est pourquoi nous ne le soignons pas. » — « Moines, vous n'avez ni père ni mère pour vous soigner; si vous ne vous soignez

pas les uns les autres, qui vous soignera? » Et le Maître ajoute ces mots vraiment remarquables : « Quiconque, ô moines, désirerait me soigner, qu'il soigrie son confrère malade^. ».

Souvent aussi on a observé combien divergent les deux systèmes sur les points essentiels, sur tout ce qui est doctrine, l'âme et son origine, le devoir, la piété, le salut; et on peut aisément abuser contre le Bouddha de la supériorité de notre sagesse grecque ou chrétienne. Trop d'écrivains en sont restés à l'appréciation de Barthélémy Saint-Hilaire : « La morale et là métaphysique [de Çàkyamuni] se résument, on le voit, en quelques théories fort simples quoique très fausses. » Les théories du Bouddhisme sdnl, hélas, extrêmement compliquées ; elles comportent aussi quelque vérité, humaine et hindoue, puisqu'elles ont alimenté pendant vingt siècles la vie spirituelle de docteurs et d'ascètes très nobles sinon très sensés.. Etnousaurons l'occasion de signaler des pensées grandes et saines, et de « beaux poèmes métaphysiques ».

En outre, et ce point capital n'a pas été, que je sache, suffisamment mis en lumière, le Bouddhisme présente, ou paraît présenter, des combinaisons spéculatives et un développement historique qui le différencient des autres

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