NIRVANA
moi, vous n'en saurez rien », rend mieux compte des textes divergents et fournit une conception plus intéressante du Bouddhisme primitif. Si on veut que l'enseignement de Çâkyamuni ait vraiment été un « chemin du milieu », il faut admettre que le Maître a écarté, comme il s'en vante, tout ce qui n'est pas utile au salut, qu'il a « réservé » la question de la personne, et que, s'il a répondu souvent, « non », parfois et comme de mauvaise grâce, « oui », c'est pour des raisons d'opportunité.
Heureusement, pour aboutir à une conclu- ' sion solide, nous n'avons qu'à examiner l'attitude observée par le Bouddha dans la question ànnirçàna. — Cette question, de toute évidence, estlogiquement commandée par celle du « moi». S'il n'existe rien dans l'homme qui soit permanent, le nirvana ne peut être que néant, « non-existence », puisqu'il consiste dans la dissociation du « corps subtil », du complexe vivace des idées et des actes. S'il existe une personne, un pudgala^ porteur du fardeau, tel le purusa des Sàmkhyas, le nirvana^ analogue à r« isolement » des Sàmkhyas, sera « existence »), l'état du porteur qui, « ayant déposé le lourd fardeau, n'a pas assumé un nouveau
go l'enseignement de çakyamuni
fardeau». Enfin, la question de la « personne » ne peut être réservée sans que celle du nirvana le soit aussi, et réciproquement.
Sans doute, la chose va de soi, la phraséologie « nirvânique » n'est pas limpide et les érudits ne sont pas d'accord.! Quelques-uns, au premier rang Max MûUer et aussi Foucaux, se refusèrent à croire que le Bouddha ait pu prêcher l'anéantissement comme but suprême de la vie religieuse. Ignorant ou négligeant des arguments plus solides, ils s'en tinrent à des considérations a priori nécessairement contestables. Gomment deviner, en effet, où s'arrêtent en métaphysique, en morale et en eschatologie, les exigences des penseurs indiens du v^ou du vi' siècle avant notre ère? Il arrive que nos contemporains nous étonnent! — D'autres savants ont pensé que le nirvana est le néant : cette manière de voir paraît justifiée par des témoignages directs; en fait, elle repose sur une déduction dont la logique semble un peu trop rigide :
puisque rien n'existe, excepté la pensée et les éléments transitoires du. «moi», il faut bien que le nirvdna^QÏX non-existence. On en était là lorsque M. Oldenberg eut la bonne fortune et le grand mérite de découvrir la solution du problème, — la solution, osons-nous dire, car rien ne manque à la clarté des textes qui la proclament et aucun document ne la contredit en termes