Subhâsitasutta, dans Suttampâta, p
Parce que tout ce qui est bien dit est parole du Bouddha^ »
C'est la formule même que le roi Açoka fit graver et que la tradition met sur les lèvres des moines pieux : « Le Bouddha seul enseigne la vérité » ; mais ce n'est plus la même chose.
N'est-ce pas tout juste le contraire? La parole du Bouddha est conforme à la vérité de salut; donc ce qui nous paraît vérité de salut est 'la^ parole du Bouddha.
Pour n'être pas aussi nettement avouée dans les textes du Petit Véhicule, cette tendance n'en est pas moins traditionnelle et orthodoxe, conforme à ridée que nous nous sommes faite de l'enseignement primitif. Cet enseignement ne comporte pas un darçana^ un système philosophique, mais surtout une méthode pour arriver au nirvana^ une thérapeutique du désir, cause unique de la souffrance. Le Bouddha, le grand médecin, emploie tour à tour, à titre de remèdes, diverses théories contradictoires sur la chose en soi, sur l'âme, sur le nirvana. Il n'a pas nécessairement dit toute sa pensée sur ces points obscurs^; il ne s'est pas cru obligé à ne jamais la déformer : d'où la thèse du double enseignement, qui permit auxsectesbouddhiques, comme
1. Çiksâsamuccaya, p. 15, Bodhicaryâvatâraparêjikâ ad ix, 43.
2. Il se vante cependant de ne pas faire comme les mauvais maîtres qui retiennent la vérité, Mahâparinibbâna, ii, 25 {Dïgha, II, p. 100).
l46 SYSTÈMES MÉTAPHYSIQUES
elle permet aux exégètes contemporains, d'extraire du canon la métaphysique la plus utile ou la plus; vraisemblable. (Et la distinction du double enseignement fraiera le chemin à la distinction, plus destructive encore, des deux vérités.) — D'autre part, toute thérapeutique est, par définition, utilitaire. Çâkyamuni a défini d'une certaine façon le « chemin de la destruction du désir » ; mais il est évident que toutes les règles de vie, toutes les théories métaphysiques, toutes les extases qui affaiblissent le désir et dégoûtent de l'existence, sont bonnes : toutes elles rentrent dans le plan bouddhique, toutes sont conformes à la vérité du salut, et, par conséquent, dira-t-on, toutes ont été enseignées par le Bouddha.
On se demandera quel est le sens de tel ou de tel passage de l'Écriture. Il ne faut pas, de toute évidence, s'arrêter à la lettre, aux syllabes, comme font les gens qui ne savent que lire les textes et croient faire leur salut en bredouillant les Sûtras^ en attendant qu'ils les fassent tourner dans des moulins à prières. Mal comprise, la loi tue, comme fait le serpent saisi maladroitement^. On doit pénétrer au fond et découvrir, non seulement le sens des mots, mais encore
1. Çikfiâsamuccaya, p. 64.10; Madbyamakavrtti, p. 492.1 ; La«kâvatâra, p. 79.15.