Samyutta, II
2. Voir, par exemple, Sûtralamkrira,xviii, 101, etWarren, p. 247.
sentiment de l'utilité, avait nié et affirmé le moi. Une fraction de la Communauté, celle qui a donné le ton à la spéculation postérieure, reconnaît l'enseignement vrai et la dernière pensée du Maître dans ce qui n'était qu'une ressource de sa thérapeutique.
Mais, le phénoménalisi|ie radical une fois admis, que penser de la transmigration et de la rétribution des actes ? comment reconstruire le « chemin'^-du milieu » ? C'est ce qui nous reste à examiner? - -...
Tout s'expliqua et fort aisément, quand on examine^es lois qui président à l'évolution des phénomènes. Ces lois sont telles que tout se passe comme si le « moi » existait « en vérité et en réalité » .
Nous devons examiner ici une formule compliquée que la tradition place dans la bouche du Bouddha : mais on en connaît trop de versions canoniques pour ne pas soupçonner, dans la rédactiondéfinitive,.desadditions et des remaniements. C'est la formule célèbre diipraùUyasajnutpàda^ ou de « la production en raison du concours des causes ».La plus ancienne dogmatique mettait simplement en lumière les multiples causes delà douleur identifiée avec la renaissance. La seule qui soit nommée dans le Sermon
ENCHAÎNEMENT DES CAUSES l'j5
de Bénares, le premier discours de Çàkyamuni devenu Bouddha, c'est la « soif » ou convoitise : « L'origine de la douleur, c'est la soif qui conduit de renaissance en renaissance, accompagnée du plaisir et de la concupiscence, qui trouve çà et là satisfaction; la soif du plaisir, la soif d'existence, la soif de non-existence. » Mais il convient d'expliquer l'origine de la soif, et, visiblement, il y a des intermédiaires entre la soif et la renaissance. D'où une série de propositions juxtaposées, une série de couples dontle second terme est la douleur : si on souffre, c'est-à-dire si on se renaît pour la souffrance, c'est en raison de l'ignorance, de l'intelligence, de la sensation, delà soif, de l'effort, de l'alimentation, de l'esprit, du mouvement de l'esprit. Il suffira d'amender légèrement, et surtout par élimination, ces premières données, pour obtenir une ligne de termes se commandant les uns les autres : étant donnée l'ignorance de la vérité bouddhique, la sensation agréable ou désagréable produit le désir ou la répugnance qui seront suivis de l'acte, lequel fructifiera dans la souffrance d'une vie ultérieure.
Cependant la sensation suppose l'organisme et le monde extérieur : il fallut donc introduire dans la théorie de la « causation successive » des termes qui, pour conditionner ceux qui suivent, sont indépendants de ceux qui précèdent.
D'où un schéma à peu près inintelligible, d'autant plus propre à exercer la sagacité des scolastiques et des orientalistes^ Nous ne pouvons songer à expliquer, même en raccourci, les nombreuses et divergentes exégèses.
Il faut retenir que cette spéculation, à l'origine simple glose de la deuxième Noble vérité : « la douleur vient de la soif», aboutit à une définition scientifique de l'univers et du moi. On distingua les conditions ou causes matérielles, qui sont, dans la plante par exemple, les « grands éléments » {mahàbhùta)^ la terre, l'eau, le vent, le feu et l'espace, et les déterminants successifs ou causes formelles : la semence, la pousse, la tige, le bouton, la fleur, la semence. C'est d'après ce type qu'il faut comprendre la « causation externe^ » . Quant au moi, il a pour causes matérielles {pratyaya)\es, « grands éléments » et l'élément dit « intellect » [vijhànadhàtu)\ pour «: moments », ou formes successives, coordonnées ou subordonnées, douze modes ijietu) qui rendent compte de l'éternelle transmigration, ou plus exactement de l'éternel processus de l'organisme appelé « moi », car ils embrassent la vie antérieure, la vie actuelle
1. La distinction des deux processus, interne et externe, est familière ù la littérature du Grand Véhicule, On la trouve aussi dans des ouvi-ages comme le Nettippakarana ; mais non pas, à ma connaissance, dans les Abhidhammas.
Naissance de Çâkyamuni et les sept pas.
(Voir page 240).