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Bodhicaryâvatâra, ix, 2; voir Kern, Manual, p

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et de l'apparence au point de vue de l'intelligence et de l'apparence mêmes. Car le Madhyamika ne parle jamais en son nom propre ; il n'a pas de système; il n'a pas d'argument^ ; toute sa dialectique se résume dans la réduction à l'absurde; tout son effort tend à montrer que la raison, qui est erreur, se condamne elle-même comme elle condamne l'expérience sensible.

Les choses dites étendues ou matérielles ne sont pas étendues, donc le premier élément, forme ou matière [riipa]^ n'existe pas. Le concours de l'objet, de l'organe des sens et de l'organe intellectuel est impossible; donc la sensation ou perception [vedanà) est impossible. Si l'esprit ne se connaît pas soi-même, et il ne se connaît pas, il ne connaît pas autrui; donc la connaissance est une illusion. La cause ne peut être ni antérieure, ni simultanée, ni postérieure à l'effet; donc le rapport de cause à effet est absurde^. Une chose ne naît pas d'elle-même,

1. Candrakîrti reproche à BhâTaYi"vaka d'abandonner sur ce point l'attitude de Nâgârjuna, précisée par Buddhapâlita.

2. Il est pénible à l'éditeur de textes mâdbyamikas de copier et de l'élire indéfiniment toutes ces niaiseries : mais quelques spécimens seront peut-être les bienvenus. Le deuxième chapitre du Traité du Milieu établit l'absurdité de l'idée de mouvement. Après avoir insisté sur les antinomies du concept « étendue », l'auteur se demande qui se meut : « Celui qui a marché ne marche pas ; celui qui marchera ne marche pas ; celui qui marche, le marcheur, gantai', ne marche pas : car il faudrait deux actions de marche, celle qui vaut au marcheur le nom de marcheur, celle qu'on lui attribue en disant qu'il marche. » — Le

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car elle n'arrêterait pas de renaître; elle ne naît pas d'autrui, car rien n'est autrui à l'égard de ce qui n'existe pas; elle ne naît pas de soimême et d'autrui ; elle ne naît pas sans cause : donc l'idée de « production » {utpàda) est contf'adictoire ^ .

Mais, dans cette extrémité, les Madhyamikas sont des réalistes. Pour travailler utilement au salut, c'est-à-dire à l'abolition de l'illusoire pensée, il faut, d'une part, reconnaître le vide absolu, le caractère irréel de l'expérience, et, d'autre part, accepter l'expérience telle quelle dans son ensemble. Au point de vue critique, l'apparence est étrangère à toute relation avec la réalité; au point de vue empirique {avicâratas ^ vyavahàratas)^ elle est toute vraie : elle existe, non de droit, mais de fait, sinon en soi, du moins par soi, et évolue conformément à des lois

caractère n'est pas antérieur à la chose caractérisée : « avant d'être caractérisée, la chose n'existe pas, par conséquent le non caractérisé ne peut recevoir un caractère ; quant au cai-actérisé, il est déjà caractérisé et n'a que faire d'un second caractère identique au premier ».

/^ 1. Ce raisonnement dit « à quatre branches » et qu'on appelle prasanga (réduction à l'absurde, d'où le nom de Prâsaregikas donné ) à une branche des Madhyamikas) est de Nâgârjuna. La question est de savoir s'il s'applique au monde de la contingence (samvrj tisatya) : c'est l'avis de Buddhapâlita et de Gandrakïrti ; ou s'il est vrai seulement au point de vue de la vérité absolue : c'est / l'opinion de Bhâvaviveka. Les premiers nient, non seulement la i réalité, mais encore l'existence phénoménale des phénomènes : \ rien n'arrive; naturellement, ils ne sont pas toujours d'accord \ avec eux-mêmes, et bien souvent leur « vide » se réduit à la négation de la chose en soi {sfabhâfa) .

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immuables. Les choses vides engendrent des choses vides; le culte d'un Bouddha illusoire confère un mérite illusoire ; le meurtre d'un fantôme mûrit en douleurs imaginaires dans des enfers magiques. La pensée, illusoire, voit un monde illusoire, s'attache à des biens inexistants, désire, pèche, souffre, est susceptible de se purifier et de s'apaiser définitivement. — Si l'apparence était autre chose qu'une magie, elle serait indestructible : la théorie des Anciens, l'hypothèse d'une série composée de membres réels, ne peut satisfaire le bouddhiste orthodoxe, car elle suppose l'anéantissement, la disparition sans reste (niranvayavinàça) du dernier terme de la série, de la dernière pensée qui précède le nirvana : notion peu philosophique et formellement condamnée par le Bouddha.

Mais, par bonheur, l'apparence n'est qu'illusion, et on ne peut parler, au point de vue critique, ni de l'origine, ni du prolongement, ni de la fin de l'illusion puisqu'elle est un pur vide, semblable à la fille d'une femme stérile. Par le fait, le nirvana est actuellement, éternellement réalisé dans son néant absolu ^ ou sa

1. Comme l'observe très judicieusement M, Oldenberg (trad., p. 212), cette conclusion outrancière est implicitement enseignée dans le vieux canon. — D'après Kathâvatthu, xix, 2, les hérétiques (Andliakas) soutiennent que les choses (sa/Mskâras) sont vides « comme le nirvana » et non pas seulement par l'absence de « moi »,

transcendance : il est offusqué [sàmvrta) par l'ignorance {avidyà^ sainvrti) qui crée la connaissance et le « connaissable », comme l'ophtalmie met des cheveux dans l'écuelle et l'idée de cheveux dans l'esprit du taimirika. Mais ce voile du connaissable {jîieyàvarana) peut se déchirer. Si le processus de l'illusion a pour loi ce principe que « les choses vides engendrent des choses vides », il paraît certain, — c'est du moins notre espérance, — que lés choses vides, une fois reconnues pour vides, cessent d'être fécondes; le stock des imaginations s'épuise et rien ne le renouvelle plus.

Les idéalistes^, partisans de l'existence de la seule pensée {yijnànavàdins ^ cittamàtravàdins)^ se réclament aussi de la théorie du vide [çûnyatà] ; mais ils comprennent différemment la «vacuité ». Ils n'admettent pas que l'illusion existe par elle-même et en elle-même, sans support aucun : à leur avis elle suppose une pensée illusionnée. De même, «vacuité» suppose

1. Sources : BodhicaryâTatâra, ix, 15 et suiv. ; Madhyamakâvatâra, ch. vi; Lankâvatâra ; Mahâyânaçraddhotpàda ; Sùti'âlaTwkâra; Bodhisattvabhûmi ; Sarvadarçanasamgraha et Wassilieff.

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un contenant sans contenu. Ce contenant, c'est la pensée vide, sans caractères, exempte de la triade : objet, sujet et acte de connaissance. — Les plus anciens textes laissent entendre que Çakyamuni fut un « idéaliste » ; les apocalypses modernes sont formelles et le raisonnement les confirme.

Le monde extérieur n'existe pas, non seulement au point de vue métaphysique, mais encore au point de vue dit de l'apparence ou de l'expérience. L'eau du mirage et l'eau du puits sont au même titre des illusions ; la seule différence est que la vue seule est intéressée dans le premier cas; que, dans le second, on croit voir, toucher, goûter et digérer ; mais, en fait, cette différence procède de causes psychologiques.

— Existe seule la pensée se connaissant ellemême, connaissant ses représentations, c'està-dire les formes qu'elle affecte. Le rêve fournit un exemple très satisfaisant.

Les représentations se lient dans une chaîne ininterrompue; les notions et volitions contenues dans des états d'esprit antérieurs en engendrent de nouveaux; elles forment comme un magasin {cilayavijhàna) où l'avenir s'élabore mystérieusement. Nous retrouvons ici, avec des nuances, la vieille doctrine de la « causation » et de la série intellectuelle d'une des écoles du Petit Véhicule.

Il y a donc, à côté des purs « imaginés » {parikalpita)^ par exemple l'objet conçu comme extérieur ou encore le moi personnel, un ordre de choses dites « causées » {paratantra) ; ces choses, qui sont les phénomènes intellectuels, existent vraiment, mais non pas en vérité absolue. — En effet, l'image intellectuelle n'est qu'une forme de la pensée ; l'acte par lequel on prend connaissance de cette forme est, lui aussi, pensée. Ces trois données, objet de la connaissance, sujet de la connaissance, acte de connaissance ou connaissance particulière, ne sont qu'une seule et même chose, la pensée triphasée. Mais l'objet est inexistant comme tel, de même le sujet, de même l'acte. Tout cela n'est donc qu'une magie. La réalité dernière [parinispanna) est pensée vide, « être sans plus » [sanmàtra^ vastumàtrà). Cependant, c'est une question discutée dans l'école de savoir si le jeu de l'intellect {manas)^ le flux des connaissances en évolution {pravrttivijhànàni) ou des connaissances particulières [prativikalpavijnànàni) laisse intacte et translucide l'intelligence vide, comme un bruit répercuté sur la paroi de rochers ou une image réfléchie dans le miroir laissent le rocher ou le miroir dans leur état premier ; — ou bien si l'intelligence est souillée par les images; si, au souffle de « l'ignorance, » l'intelligence fournit des images particulières comme

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l'océan se ride sous le vent. On peut enfin considérer la pensée dans son processus individuel, série et réservoir d'images, — conception orthodoxe; ou dans son essence, être pur, transcendant et universel, — conception moniste et brahmanique. De la pensée ou intelligenceréceptacle {âlay avijnàna) procède l'intellect; de l'intellect, l'intellect souillé {klistamanas) ; de l'intellect souillé, les connaissances particulières ; ces connaissances particulières laissent des « traces », des virtualités, dans l'intelligenceréceptacle qui les supporte ou les contient, et elles alimentent ainsi l'intellect souillé. -^ — L'école se divise donc en branches multiples dont la plupart sont encore très imparfaitement connues^.

Cependant tout le monde est d'accord, semble-t-il, sur la triple méditation qui purifie la pensée ou dissipe, le voile qui l'obscurcit. 11 faut reconnaître l'inexistence des «choses imaginées » {parikalpita) : le moi permanent, l'objet extérieur,. etc. ; reconnaître l'existence de ce qui existe absolument : la pensée sans caractères ; s'abstenir de toute intention, de tout désir [pranidhàna) relatif à cette entité transcendante.

1. Wassilieff a de longues explications sur ces subdivisions de l'écoïe -, mais" il est, par malheur, à peu près inintelligible. Sur la transition du Grand Véhicule au monisme Tédantique, voir par exemple Suzuki, Outlines of Mahâyâna et J. R. A. S., 1908, p. 885; ci-dessous, pp. 282 et 391.

Telle est, pour les idéalistes, la méthode de délivrance; elle se complique de notions et d'aspirations religieuses très concrètes et très ferventes, sur lesquelles nous donnerons plus loin les éclaircissements nécessaires i.

1. Il ne faut demander ni aux bouddhistes ni à Camkai'a quelle est l'origine de l'illusion. Leur réponse, que l'illusion d'aujourd'hui procède de l'illusion d'hier et ainsi de suite à l'infini, nous paraîtra peu satisfaisante. Elle repose sur la croyance à l'éternité de la transmigration. — Nous ne comprenons pas comment les choses ont pu commencer, mais nous voyons très bien qu'elles ne peuvent exister depuis toujours. Les bouddhistes et les hindous pensent tout juste le contraire : les créatures n'ont pas pu commencer d'exister.

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