‹ Bougainville [microforme]Chapitre 10 sur 11 · AN · texte numérisé non relu

AN

l'Angleterre, La guerre ne s’y faisait plus que d’une manière languissante, et les Anglais ne combattaient plus que pour obtenir les meilleures conditions de paix qu'il serait possible ; car déjà on commençait à négocier entre les puissances belligérantes. Les préliminaires de paix furent signés le 10 janvier 1783, et les traités définitifs, le 3 septembre suivant. Cette paix réparait en partie les calamités de celle de 1763.

La paix ramena Bougainville dans sa patrie; on lui donna le titre de maréchal de Camp, avec l'offre d’un commandement dans l’armée de terre. Mais le goût des expéditions maritimes l’emportait chez lui sur celui de la stratégie ou des manœuvres d'infanterie ou de cavalerie, De même qu'après la paix de 1763 il avait voulu utiliser ses loisirs dans un voyage de découvertes, maintenant il révait un voyage au pôle Nord, et il se mit sérieusement à tracer le plan de cette longue et périlleuse entreprise. Lorsque tous ses préparatifs furent terminés, il adressa un mémoire sur ce sujet au ministre de la marine. Le comte de Brienne venait d’être appelé à ce ministère. Il fit venir Bougainville, l'entretint de son projet, lui objecta qu'il n’y avait pas de fonds: pour l’exécution d’une pareille entreprise, et lui en parla dans des termes qui pouvaient donner à croire qu'il regardait ce voyage, sollicité par Bougainville, comme le caprice d’un marin curieux de nouvelles aventures. Bougainville, indigné du ton dédaigneux du ministre, lui répondit : « Pensez-vous donc, Monsieur, que ceci soit pour moi une abbaye ? »

Le voyage n’eut pas lieu ; Bougainville s’en consola en se livrant.à l'étude et à l’éducation de ses enfants.

Cependant la société royale de Londres, avec laquelle Bougainville avait renoué ses relaticns depuis le rétablissement de la paix, ayant entendu parler de ce projet auquel Bougainville avait été forcé de renoncer, lui fit demander le travail qu’il avait préparé pour ce voyage, dans lequel l’astronome Cassini devait l’accompagner : il l’envoya à cette société. Il avait déterminé deux routes, indiquées sur son plan par route À et route B, et donnant la préférence à la dernière. Le capitaine Phipps, appelé ensuite lord Mulgrave,

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qui entreprit le voyage, suivit la première et ne put aller au delà du 80e degré.

Tandis que Bougainville se livrait à ses travaux scientifiques, la révolution éclatait et bientôt menaçait de détruire l’ancienne société de fond en comble. En 1790 , l’armée navale de Brest, commandée par M. d’Albert de Rions, se révolta contre ses chefs. Personne ne parut plus propre que Bougainville à calmer le trouble qui s'était manifesté; il fut,

‘ En conséquence, nommé au commandement général de cette

armée, Mais, dans ces temps de délire, les hommes, égarés par les passions, n'étaient plus capables de se rendre à la voix qui les appelait à leurs devoirs. Bougainville ne put les

‘ faire rentrer dans l’ordre. Alors, jugeant qu’il ne pouvait

plus être utile dans la carrière qu’il avait si honorablement parcourue pendant quarante ans, il quitta le service pour ne plus s’occuper que de sciences,

Après la retraite du ministre de la marine, de Fleurieu, Louis XVI offrit ce ministère à Bougainville ; mais celui-ci le refusa, tout en manifestant le plus vif attachement à ce prince infortuné; car si, au temps de la prospérité, on ne l’avait jamais vu à la cour solliciter les faveurs &u maître, au temps de la disgrâce, il se montra le fidèle courtisan du malheur. Du 20 juin au 10 août, il resta constamment parmi les défenseurs dévoués de la personne de Louis XVI. Après la chute du trône, il se retira de nouveau dans la solitude, cherchant dans l'obscurité et l'étude un adoucissement à la douleur que lui causaient les maux qui affligeaient la patrie; mais il ne put échapper à la fureur des démagogues de l’époque : il fut arrêté comme suspect, jeté dans les prisons, d’où il ne serait sorti que pour monter sur l’échafaud, si le 9 thermidor et la chute de Robespierre n'étaient venus le rendre à la liberté.

En 1796, il fut élu membre de l’Institut dans la section de géographie, et bientôt après il fut nommé membre du bureau des longitudes; il n’a pas cessé de participer aux travaux de ces deux sociétés savantes, et y a toujours joui de la considération que mérite le savoir, quand il est uni à de grands services rendus à la patrie. Il a fourni à l’ancien recueil de l’Institut, section des sciences morales et politiques, les

deux mémoires suivants : 1° Essai historiques sur les navigations anciennes et modernes dans les hautes latitudes septentrionales; 2 Notice historique sur les sauvages de l'Amérique septentrionale. (Académie des sciences morales et politiques, t. IIL.)

Dès la création du sénat conservateur, il y fut placé par Napoléon Ier. Il se faisait encore remarquer au milieu des hommes de tous les âges par sa gaieté et cet enjouement qui ne l’a jamais abandonné. Sa santé robuste avait résisté aux plus rudes épreuves. Il conserva les facultés de son esprit et sa bonne humeur jusqu’au dernier moment. Après dix jours d’une maladie violente, il mourut le 31 août 1811, dans sa quatre-vingt-deuxième année.

Il a laissé deux fils, dont l’un est devenu contre-amiral et l’autre colonel d'infanterie.

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