‹ Bougainville [microforme]Chapitre 3 sur 11 · LOI · texte numérisé non relu

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que nos instances ébranleront sa résolution et le détermi-

Eneront à changer.

— Ah! vous avez obtenu un sursis? C’est fort heureux vraiment, reprit le conseiller d’un ton ironique, mais enfin quelles raisons a-t-il pu vous donner pour justifier ce projet de changer, comme on dit, la robe pour l’épée?

— Mon Dieu, il m’a donné une foule de raisons plus ou moins valables, et que j'ai facilement réfutées pour la plupart; mais il en est une sérieuse, qui paraît lui tenir beaucoup au cœur, et que j'ai eu plus de peine à combattre. Je ne me sens, m'a-t-il dit, aucune vocation pour la profession d'avocat; je n’ai travaillé à obtenir ce titre que pour satisfaire au désir de mon père, et aussi pour pouvoir obtenir un emploi dans la magistrature, puisque c’est le seul chemin qui puisse y conduire. Mais dans combien d'années pourrai-je atteindre ce but, si même:je l’atteins jamais? Si mon père eût vécu, sans doute, à l’aide de ses nombreux amis et des puissantes protections qu'il avait,

[il aurait pu abréger pour moi ce temps d'épreuves, ou du

moins me garantir la certitude du succès pour l’époque où A j'aurais atteint l’âge légal; mais, maintenant que je suis A privé de cet appui, je vais sacrifier ma jeunesse et les plus

| | belles années de ma vie dans l'attente d’une place que je

n'obtiendrai peut-être jamais. L'état militaire m’offre des avantages bien plus réels : j'ai la certitude d'y obtenir

M un avancement rapide, surtout s’il survient une guerre, 4} comme cela ne peut manquer d'arriver d’un moment à

l’autre.

— Et vous ne lui avez pas dit, interrompit vivement #4 M. de Montanier, qu’il lui restait au moins encore un de ces amis de son père qui ne demandait pas mieux que de

l'aider de tout son pouvoir.

— Pardon, mon cher conseiller, reprit M. d’Arboulin, je me suis empressé, au contraire, de lui faire part des ææ bonnes dispositions que vous manifesliez à son égard ; et, pour lui en donner la preuve, je lui ai lu la dernière lettre que vous m'avez écrite pour me rendre compte de son début au barreau. 11 a paru profondé “nt touché de vos bontés, et c’est alors qu'il a déclaré qu'il suspendraït l’exé-

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cution de son projet jusqu’à ce que vous m'’ayez fait con- | naître les propositions dont vous parlez dans votre lettre, À et qui auraient pour effet de mettre fin à cette incertitude !

-qu’il redoute, et, en un mot, d'assurer son avenir. Vous d avec voyez, mon ami, que tout n’est pas désespéré, et qu'il sera M finan facile de ramener le jeune homme à nos vues, si les moyens M appe que vous vous proposez d'employer peuvent lui garantir sa 4 com position future, A} serve

— Oui, sans doute, reprit le conseiller, j'avais imaginé ! à no une combinaison qui eût assuré l'avenir de votre neveu; ## parer mais maintenant que je remarque une certaine indécision #} point dans sa volonté, et qu'il avoue lui-même son peu de voca- Æ à des tion pour le barreau et sa préférence pour l'art militaire, Æf puis: je crois inutile de parler de cette combinaison, qui peut-être À lonet ne lui conviendrait pas, ou qu’il n’accepterait que par défé- M puiss rence pour vous et pour moi, et par suite de cette facilité 3 jour de caractère qu’on observe en lui. 1 vivar

— Je crois, mon cher ami, que vous vous faites une 0 remp fausse idée de cette prétendue indécision de mon neveu. Il 4 mort n'a pas, il est vrai, de vocation pour la profession d'avocat, 3 à dor c'est-à-dire qu’il n’a pas de goût pour ces luttes du barreau, Æ tile ou plutôt pour ces ruses et ces détours de la chicane qui M était font fa base du talent et de l’éloquence d’un grand nombre À remp d'avocats; mais il serait, au contraire, heureux et fier de M mon

siéger comme magistrat dans les tribunaux où se débattent É 7e les intérêts de la société, de découvrir la vérité à travers les { nuages dont cherchent à l’obscurcir les plaideurs, et de À la proclamer dans les jugements dictés par la justice et l'impartialité. Voiià le rôle auquel il aspire, et je suis per- 4 suadé qu’il accepterait avec empressement et reconnais. sance ce que vous jugerez convenable de proposer pour lui assurer les moyens de parvenir à ce but, 4

— S'il en est ainsi, et si vous me répondez de votre M neveu, je ne vois pas d’inconvénient à vous dire confiden- * tiellement, comme à un vieil ami sur qui je puis compter, la combinaison que j'avais imaginée. Je vous expliquerai « tout à l’heure comment j'entends que vous usiez de cette È confidence. Vous savez que nos Charges nous appartiennent, et que nous avons le droit de les transmettre à nos enfants,

n'ayez fait con- !

ns voire lettre, M elte incertitude !

n avenir, Vous é, et qu'il sera !

, Si les moyens À lui garantir sa À

avais imaginé M > votre neveu ; À ine indécision Ë n peu de voca- À l’art militaire, À ; qui peut-être M | que par défé- 4 e cette facilité !

us faites une À mon neveu. Il sion d’avocat, !

ès du barreau, a chicane qui M zrand nombre À eux et fier de À ù se débattent À à travers les À ideurs, et de la justice et M t je suis per- M et reconnais- [M oser pour lui

dez de votre 3 lire confidenuis compter, s expliquerai siez de cette Jpartiennent, nos enfants,

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pourvu qu'ils remplissent les conditions de capacité et de moralité exigées par la loi; nous avons aussi, par la même raison, le droit de céder ces mêmes charges à des étrangers avec lesquels nous traitons pour le remboursement de la finance que nous ont coûtée lesdites charges, ce que l’on appelle improprement vendre et acheter ces emplois. Vous comprenez que nous tenions autant que possible à conserver ces fonctions dans nos familles, soit à nos fils, soit à nos gendres, soit à nos neveux ou à d’autres proches parents, et que ce n’est que dans le cas où nous n'avons point de successeurs de ce genre que nous nous adressons à des étrangers. Moi, par exemple, je n’ai point de fils qui puisse me succéder; mais j’ai une fille unique, et j’ai depuis longtemps résolu de lui choisir pour mari un homme qui puisse un jour siéger à ma place sur les fleurs de lis. Du jour où cet homme deviendra mon gendre, il aura la survivance de ma charge; et lorsqu'il aura atteint l’âge d’en remplir les fonctions, il me succédera de droit, si je suis mort à cette époque; ou bien, si je vis encore, je m'engage à donner à ce moment ma démission. Maintenant il est inutile de vous dire, car vous l’avez deviné sans doute, quel était le jeune homme qui, dans ma pensée, me paraissait remplir toutes les conditions que je pouvais désirer dans mon gendre et dans mon successeur.

— Oh! oui, mon brave et digne ami, je l’ai deviné, s’écria avec effusion M. d’Arboulin; pour mon compte, je vous remercie de tout mon cœur, et je suis convaincu que, lorsque Louis connaîtra vos intentions, tous ses doutes, toutes ses incertitudes, s’il lui en restait encore, disparaitront comme par enchantement.

— Permettez, mon cher d’Arboulin, reprit vivement le conseiller, c’est ici que j'ai besoin de vous expliquer comment j'entends que vous fassiez usage de ce que je viens de vous révéler; je vous ai ouvert mon cœur et vous ai fait part de mes plus secrètes pensées, non pas comme au proche parent du jeune homme sur qui j'avais jeté les yeux pour l’accomplissement de mes projets, mais comme à un ami intime pour qui je n'ai rien de caché. Vous comprenez qu'il répugnerait à ma dignité et au respect que je dois à

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