BOUILLY
Connaissant les détails que j'ai fait passer sous ses yeux et qui ont été puisés à des sources authentiques, le lecteur appréciera la persistance de Bouilly à dénaturer le rôle qu'il joua dans le département d'Indre-et-Loire, en 1793 94. Il se présente comme un héros, exposant sa viepourses concitoyens 1 Singulière prétention quand
on sait ce que fut cet agentdu gouvernement Révolutionnaire.
Mais je n'insisterai pas davantage sur ce point, qui me paraît avoir été sufTisamment élucidé et jugé. Je me bornerai à émettre de courtes réflexions sur des passages de sa lettre, que j'ai souh'gnés et qui concernent différentes fondions qu'il a rem-
plies. Il n'd pas le courage de désigner ces fonctions : naais il veut évidemment parler de celles d'accusateur public et de président de la Commission militaire.
On l'aurait /brce, dit-il, d'accepter ces terribles emplois? Ici je le trouve en contradiction avec ce qu'il nous a raconté relativement au serment qu'il avait fait, avec neuf autres habitants de Tours, de s'emparer autant que possible des fonctions les plus importantes, dans la crainte qu'elles ne tombassent en des mains qui en auraient abusé. D'un autre côté, si l'on considère l'amitié qui le liait avec le proconsul Guimberteau, duquel il tenait sa nomination de membre delà Commissioa militaire, on est conduit A se demander pourquoi il n*a pas usé de cette situation dans les bonnes grâces du conventionnel pour demander à être dispensé de remplir un pareil emploi.
Le lecteur a encore remarqué que, dans sa lettre à Chalmel, Bouilly n'a pas manqué de parler de son indépendance.
Son acharnement à vouloir s'attribuer
une situation morale qui n'était pas exacte, surtout pendant la Révolution et aux époques où il se faisait le familier des têtes couronnées, finit par devenir une mauvaise et agaçante plaisanterie. On se fatigue et on s'irrite en voyant constamment son indépendance sur ses lèvres et sous sa plume, et cela me rappelle une assez verte leçon que lui donna un jour la duchesse de Berry : « Vous voulez faire l'indépendant, « M. Bouilly, lui dit-elle, mais vous êtes (( bien le plus adroit flatteur que je con- « naisse et je ne désespère pas de faire a de vous un courtisan. »
Courtisan ! ... L'expression était cruelle. Hélas ! depuis longtemps il n'avait plus à craindre de le devenir 1... At-il été autre chose pendant laplus grande partie de sa vie?
Nous l'avons vu, en effet, courtiser, aduler tous les régimes. La royauté constitutionnelle de Louis XVI, la Révolution, le Directoire, le Consulat, TEmpire, la Restauration eurent en lui le plus empressé et la plus ardent des thuriféraires...
Restait, pour combler la mesure, le gouvernement de Juillet.
Un jour, après 1830, des habitants de Tours, existant encore, et qui m'ont rapporté le fait, se trouvaient à Paris, au moment de la rentrée des Chambres. Ils aperçurent dans la foule qui se pressait sur le passage de la voiture du roi Louis-Philippe un homme agitant frénétiquement son chapeau et poussant les cris enthousiastes de Vive le Roi !... Vive le Roil...
C'était Bouilly qui acclamait son septième gouvernement... La mort ne lui a pas permis d'en acclamer davantage.
4677. — Tours, imp. Ladevèze.
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