‹ Boule de suif, correspondanceChapitre 12 sur 35 · À GUSTAVE FLAUBERT · texte numérisé non relu

À GUSTAVE FLAUBERT

Paris, ce mardi soir.

Cher Monsieur et Ami,

Je n'ai que le temps de fermer cette lettre

et de la porter au chemin de fer pour qu'elle parte ce soir. Je vous écrirai d'ici à quelques jours pour causer un peu avec vous comme je le faisais ici chaque dimanche. Nos causeries de chaque semaine étaient devenues pour moi une habitude et un besoin, et je ne puis résister au désir de bavarder encore un peu par lettre. Je ne vous demande pas de me répondre, bien entendu, je sais que vous avez autre chose à faire. Pardonnez-moi cette liberté, mais en causant avec vous, il me semblait souvent entendre mon oncle que je n'ai

\c \ I ( ORRESPONDANCE.

pas connu, mais dont vous et nia mère m'avez si souvent parle et que j'aime comme si j'avais été son camarade ou son fils, puis le pauvre Bouilhet, que j'ai connu celui-là et que j'aimais bien aussi.

11 me semble voir vos réunions de Rouen. Et je regrette de n'avoir pas été avec tous ceux-là au lieu d'être avec les amis de mon âge qui n'ont pas une idée de ce qui existe.

Pardon pour ce griffonnage, veuillez croire à mon affection la plus dévouée et la plus vive.

Guv de M au passant.

Ce lundi.

Cher Monsieur et Ami,

J'ai recopié hier soir mon Histoire du vieux temps, j'ai fait tous les changements que vous m'aviez indiqués, et j'ai enlevé cinq pages au commencement.

Je l'ai lue hier à F qui trouvait même que

j'en avais trop supprimé, disant que c'était un proverbe plutôt qu'une pièce faite suivant les règles ordinaires, que j'avais enlevé des choses qui auraient peut-être été applaudies et que, dans ce genre, Faction était généralement presque nulle, etc. Enfin, moi, je crois que les changements et suppressions que j'ai faits sont bons, qu'en pensezvous? elle va beaucoup plus vite ainsi.

CORRESPONDANCE. XCVJI

Pourvu (si elle est acceptée?) qu'on ne m'embête pas pour le récit du comte, je ne crois pas qu'on puisse en supprimer sans le gâter tout à fait. J'y ai réfléchi et j'aurais à recommencer que je ne le ferais pas plus court.

Je vous rapporte en même temps La Demande, puisque vous avez été assez bon pour vous charger de les présenter ensemble. J'ai pensé qu'il était inutile de la faire recopier, puisque le manuscrit est très lisible malgré les quelques ratures que j'ai faites.

Je vous remercie mille fois pour le très grand service que vous me rendez.

Je vous serre bien affectueusement la main.

Guy de Maupassant.

Pans, le 17 novembre 1876.

Je voulais attendre, pour vous écrire, mon cher maître, que j'eusse quelque chose d'à peu près certain du côté de la Nation, car j'ai d'abord été plein d'espérance, puis de désespoir, et depuis ce matin je recommence à espérer.

Voici les faits :

Aussitôt en possession de votre lettre, j'ai été me présenter chez M. Raoul Duval qui m'a reçu avec une bienveillance extrême et m'a dit ceci : «Nous n'avons point encore de chroniqueur littéraire, faites-moi tout de suite un article d'actualité

\t\lll CORRESPONDANCE.

sur un livre nouveau, je le ferai passer; vous m'en donnerez un second quinze jours après environ, je le ferai insérer également; puis je demanderai au Conseil d'administration de compléter la rédaction du journal en vous prenant comme critique littéraire. Vous pouvez être certain que je ferai pour cela tout ce que je pourrai, parce que vous m'êtes chaleureusement recommandé par mes meilleurs amis : G. Flaubert et les Lapierre. »

Là-dessus, je m'en vais enchanté, j'achète la correspondance de Balzac et je prépare mon article, puisqu'il ne fallait qu'une actualité.

Mais j'apprends au bout de quelques jours, que la Nation publie des feuilletons littéraires signés par M. Filon, l'ex-précepteur du prince impérial. Et un de ses amis m'affirme qu'il doit garder la critique des livres.

Je termine néanmoins mon article et je l'ai porté hier chez M. Raoul Duval que j'ai été voir ce matin. II a été toujours aussi aimable, m'a fait beaucoup de compliments sur mon étude qui va passer immédiatement. Mais j'ai compris que je ne serais pas titulaire de la critique littéraire, la place a été prise probablement par M. Filon; je crois que je vais remplacer un chroniqueur léger, qu'on trouve trop béte, et qu'on me laisserait toute latitude sur le choix de mes articles. Dans tous les cas M. Raoul Duval paraît bien décidé à m'attache!à la rédaction de son journal. Je l'en ai vivement

CORRESPONDANCE. XC1X

remercié, mais c'est à vous surtout, mon bien cher maître, que doivent aller tous mes remerciements.

Je vous enverrai le numéro où mon article sur les lettres de Balzac paraîtra et je vous tiendrai au courant des événements qui surviendront.

Je fais en ce moment, malgré les idées de Zola sur le Théâtre naturaliste, un drame historique, corsé!!!!!'1'

Mon cœur va bien. Ma foi, vivent les homéopathes. Love fait de mon cœur ce qu'il veut, l'accélère ou le ralentit quand il lui plaît.

A bientôt, mon cher maître, je vous embrasse en vous serrant les mains. Renouvelez à madame Commanville l'assurance de mes sentiments bien dévoués et respectueux et rappelez-moi au bon souvenir de son mari.

Tout à vous. Guy de Maupassant.

Revenez vite, car vous me manquez beaucoup. C'est aussi ce que me disait Zola jeudi dernier.

MINISTÈRE DE LA MARINE ET DES COLONIES

Paris, ce 8 janvier 1877.

Je suis assez embarrassé pour la Nation, mon cher maître, et comme il se peut faire que vous

(1; Princesse de Bétbune. Cette pièce fait partie des essais littéraires de jeunesse que nous ne publions pas.

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