CORRESPONDANCE. CXXXIII
suppliant qu'on ne me la garde pas trop longtemps, pour pouvoir la présenter au concours de la Gaîté
Paris, jeudi, 29 juillet 1875.
Ma chère Mère,
Voici enfin le beau temps revenu et j'espère que cela va te faire louer ta maison. II fait aujourd'hui une chaleur terrible, et les derniers Parisiens vont très certainement se sauver. Quant à moi, je canote, je me baigne, je me baigne et je canote. Les rats et les grenouilles ont tellement l'habitude de me voir passer à toute heure de la nuit avec ma lanterne à l'avant de mon canot qu'ils viennent me souhaiter le bonsoir. Je manœuvre mon gros bateau comme un autre manœuvrerait une yole, et les canotiers de mes amis qui demeurent à Bougival (2 lieues 1/2 de Bezons) sont supercoquentieusement émerveillés quand je viens vers minuit leur demander un verre de rhum. Je travaille toujours à mes scènes de canotage dont je t'ai parlé, et je croîs que je pourrai faire un petit livre assez amusant et vrai en choisissant les meilleures des histoires de canotiers que je connais, en les augmentant, brodant, etc. — pr
l on fils ,
Guy de Maufassant.
C\\\i\ CORRESPONDANCE.
MINISTÈRE DE LA MARINE ET DES COLONIES
Ce mercredi.
M \ CHÉRI Ml RI ,
Je vais te raconter maintenant une aventure qui m'est arrivée l'autre jour. Comme je passais rue N.-D. de Lorette, j'ai aperçu un attroupement, je me suis approché. C'était à cause d'un homme du peuple qui frappait avec fureur un enfant d'une dizaine d'années. La colère m'a pris, j'ai empoigné l'homme au collet et je l'ai conduit au poste de la rue Bréda. Là, les sergents de ville, après s'être assurés que l'enfant était son fils, m'ont laissé entendre que je me mêlais de ce qui ne me regardait pas, qu'un père avait bien le droit de corriger son fils si l'enfant était indocile — et je suis parti avec ma veste — et sais-tu pourquoi cela? Parce que si on avait donné suite à l'affaire, il aurait fallu mettre dans le rapport que l'homme avait été arrêté par un bourgeois et que le commissaire aurait flanqué un suif aux agents de service dans la rue N.-D. de Lorette pour ne s'être pas trouvés là au moment de l'affaire
Ton fils, Guy.
Ma chère Mère,
CORRESPONDANCE. CXXXV
8 mars 1875.
Nous allons, quelques amis et moi, jouer dans l'atelier de Leloir une pièce absolument lubrique où assisteront Flaubert et Tourgueneff.
Inutile de dire que cette œuvre est de nous. En fait d'oeuvre, voici une pièce de vers que j'ai faite dernièrement.