SOMMATION RESPECTUEUSE
Je connaissais fort peu votre mari, madame;
II était bête et laid, je n'en savais pas plus;
Mais on n'est pas fâché, quand on aime une femme,
Que le mari soit borgne, ou bancal, ou perclus.
Je sentais que cet être mofFensif* et bête Se trouvait trop petit pour être dangereux, Qu'il pouvait demeurer debout entre nous deux, Que nous nous aimerions au-dessus de sa tête.
Que m'importait, d'ailleurs. Mais un jour, contre moi, Vous avez fait surgir ce grotesque bonhomme; Vous parlez de mari, de devoirs, et de loi; Quel époux avez-vous et quel devoir en somme ?
II est votre mari ! De quel droit, s'il vous plaît ?. . . De par l'autorité. L'Eglise et votre mère. Parents et loi, madame, et le prêtre et le maire N'ont pas le droit d'unir la plus belle au plus laid.
Car Dieu donne à chacun celle qui lui ressemble, Dieu protège et bénit les amours assortis, Les hommes, de ses mains, par couples sont sortis; II les fait l'un pour l'autre et dit : «Vivez ensemble!»
I \\\\ I CORKKSPONDANCE.
Dieu cjiii créa l'esprit pour aimer la Beauté, Dieu qui ne comprend pas qu'on discute et calcule Le plus ou moins d'argent par la dot apporté , N'avait point (ait pour vous ce magot ridicule.
Quoi, pourriez-vous avoir un instant de remords ? Est-ce qu'on peut tromper cet avorton bonasse, Eunucpie, je suppose, et d'esprit et de corps. Que le ciel, par dégoût, jeta seul de sa race.
Oui, quand Dieu contempla ce burlesque portrait, Il rit et, par dédain, il lui permit de naître. Mais le voyant si laid sur terre, il eut regret
Et n'osa pas créer de ti mine pour cet être.
Vous n'êtes pas la sienne... infâme préjugé! Vous n'êtes pas liée à cet homme factice Que le ciel destina, dans sa grande justice, Pour les noirs du sérail ou les noirs du clergé.
Soulïlez, gonllez de vent ce gendarme en baudruche, Puéril épouvantai! que sur l'amour on juche Comme on met sur un arbre un mannequin de bois Dont les oiseaux n'ont peur que la première lois.
Entre mes bras bientôt je vous aurai saisie; Nous allons l'un vers l'autre irrésistiblement; Qu'il reste entre nous deux ce bonhomme vessie, Nous le ferons crever dans un embrassenu nt.
Adieu, ma chère mère. Je t'embrasse de tout cœur, ainsi qu'Hervé; bien des choses à tout le monde; compliments à Josèphe.
Ton fils, Guy de Maupassant,