SCENE V
T.A aiSCOTTE, rmirhé, ii're morf,. Lidouèrc!... Lidouère!... Lidouère!.
COMÉDIE EN UN ACTE l{eprésentée pour la première fois au Théâtre JîvAoine, le 26 novembre 1901
PERSONNAGES
MM
LA BRIGE Du,,ÉNv.
LOXJUMEL L^^,^3,
LA BRIGE. — Comment va?
ha scène se fasse chez Lonjumcl. — Ameublement sobre et sombre de petit avocat de province.
Au lever du rideau, Lonjumel est en scène, assis à sa table de travail et consultant ses dossiers.
UN DOMESTIQUE, SUT le seuil de la 'porte. — M. La Brige demande si monsieur est visible.
LONJUMEL. — Faites entrer M. La Brige. (Entre Iai Brige.) Ah! Ah! te voilà, malfaiteur?
LA BRIGE. • — ■ Comment va ?
LONJUMEL. — Sais-tu que je me demande si je dois te donner la main. Tu deviens très compromettant.
LA BRIGE. — Les nideaux sont baissés.
LONJUMEL, soiiriant. — C'est vrai.
LA BRIGE. — Et puis je vieus te voir en client ; ça me donne droit à des égards.
LONJUMEL. - — Bail! Encore une délicatesse avec les juges de ton pays?
LA BRIGE. — Ne m'en parle pas !
LONJUMEL. — Je me disais, aussi!...
Car il y a bien six mois que je n'ai lu ton nom dans la Gazette des Tribunaux ?
LA BRIGE. — Il y en a sept tout rond puisque nous sommes en juin et que, pour la dernière fois, j'ai écopé en décembre. Oh ! un rien, d'ailleurs, une misère : huit jours d'emprisonnement, vingtcinq francs d'amende et deux cents francs de dommages-intérêts, comme coupable d'avoir été traité de filou par un vcleur de grands chemins. (Rires de Lonjumel.) Tu ris? Je ne dis rien que je ne prouve. C'était lo 5 novembre dernier, je sor-
tais...
LONJUMEL.
LA BRIGE.
sortais...
LONJUMEL,
cigarettes. —
— Assieds-toi.
— Merci. (Il s'assied.) Je
lui vrésentant une boite de Fumes-tu ?
LA BRiGE, prenant une cigarette. — Je n« fait) que ça... Je sortais de Sainte- Pélagie oii j'étais demeuré un mois à l'abri des coups de soleil, rapport à un gredin qui, me devant cinq cents francs, avait été, par jugement rendu en bonne et due forme, condamné à me les rembourser.
LON'JUMEL, effaré. — Quoi''
LA BRIGE. — Quoi? quoi.
LONJUMEL. — Qu'eet-ce que tu me chantes? Tu as été mis en prison parce qu'on te devait de l'argent?
LA BRIGE. — Bien entendu.
LONJUMEL. — Pardonne à l'étonnement d'un avocat de province qui croyait connaître la Loi, pour lui avoir, pendant vingt ans, troussé les jupes et exploré les dessous.
LA BRIGE. — Les putains ont ceci de gentil quelles le sont toujours un peu plus qu'on ne Je pensait. Tel honnête homme acoquiné à une gueuse se croit à l'abri des surprises, qui demeure tm beau jour stupéfait à voir son fumier embelli d'une turpitude nouvelle, et admirant par quel miracle la peste s'est faite choléra. {Jetant sa cigarette.) Ah ça!
mais, c'est du cœur de chêne.
LOXJCMEL. — Prends-en une autre.
LA BRIGE. — Pardon, merci. — Donc Rambouille...
LONJUMEL. — Joli numéro!
LA BRIGE. — Oui; le banditisme accepté dans toute sa putréfaction, et le marloutage légitime dans toute sa fétidité. — Donc, Rambouille me devait cinq cents francs. Las de perdre mon temps à les lui réclamer, de me casser éternellement le nez à une porte éternellement close, et de m'acheminer vers la ruine, lentement, trois sous par trois sous, en inutiles frais de timbres-poste, je pris enfin le parti d'assigner devant les juges ce drôle qui ne s'attarda même pas à discuter, reconnaissant le bien-fondé de ma créance et ■excipant purement et simplement d'insolvabilité légale.
LOxjiTMEL. — Quelle fripouille !
LA BRIGE. — Ce honteux système de défense ne fut couronné de nul succès. —
Je te demanderai une troisième cigarette; celle ci vient de se casser dans ma main comme du verre.
LONJUMEL. — Prends donc.
LA BRIGE. — Pardon. — Un jugement dont les attendus tenaient le milieu entre le tutu et le simple caleçon de bain, le condamna au paiement, non seulement du principal, mais encore des frais du procès. Malheureusement, la loi voulant que dana les causes entre particuliers, le gagnant paie pour le perdant si le perdant est insolvable, je me vis invité par le Greffe à solder sans dél'^i... non, mais écoute ça.
LONJUMEL. — J'écoute.
LA BL ^. — ... Six cent soixante-dixsept francs, montant du jugement qui m'allouait vingt-cinq louis sans d'ailleurs me les faire avoir, la contrainte par corps étant abolie depuis 1867. Que j>ense6-tu que je fis ?
LONJUMEL. — Tu n'avais qu'à payer.
LA BRIGE. — Il le faut croire, puisque m'y étant refusé (mon petit bien prudemment garé et mon petit appartement mis au nom d'une tierce personne), je fus appréhendé au col et fourré à Sainte- Pélagie, en -vertui de icette même contrainte par corps dont les citoyens ne bénéficient plus, mais dont l'Etat continue, lui, à recueillir les avantages. — Tu en as encore une?
LONJUMEL. — Une quoi?
LA BRIGE. — Une cigarette. La mienne m'a crevé dans les doigts comme une groseille à maquereau.
LONJUMEL. — Prends la boîte de ton côté.
LA ERIGE. — Je suis confus.
LONJUMEL. — Mais non, mais non.
LA BRIGE. — Ma peine purgée, la malchance voulut que j'eusse soif et qu'entré boire un bock dans un petit café, je m'emparasse d'un journal qui traînait sur la table à portée de ma main. A cette vue: a Ne vous gênez pas, nie cria une espèce d'enflé qui prenait un mêlé-cassis à côté de moi. Ce n'est pas à vous, ce journal-là! Voulez-vous bien me rendre ça tout de suite. En voilà encore un filou ! 1)
Les Bahinces
LONJUMEL. Un filou?
LA BUIGE. — • Un filou.
LONJUMEL. — Tu cognas?
LA BRIGE. — J'eus&e pu le faire. Mais la Loi, qui ne permet pas ce qu'autoriseraient les biceps, refuse aux gens le droit à se faire justice eux-mêmes. Je me bornai donc à hausser les épaules en disant: « Vous en êtes un autre. » Bon! ne voilà t'y pas mon lioinine qui se dresse comme un ressort à boudin, se déclare insulté, re-
sion pour vol avec eHrartion dans une maison habitée. Le réeullat, tu le prévois : le mot 0 filou B, qui, de lui à moi, constituait une injure simple, de moi à lui devenait une diffamation ; d'où pénalités différentes, selon qu'au code il eot écrit, et comme tu n'en ignores pas. Je connur. la satisfaction d'entendre condamner à seize francs d'amende le sympathique cambrioleur, tandis que je filai, moi, à Fresnes, méditer loin des courants d'air
LA BRIGE. — Bon ! ne voila t'y pas mon homme qui se dresse comme un