SCENE VI
DES RILLETTES, MADAME BOULINGRIN
MADAME BOULINGRIN. - — Boujour ! Quel
débarras !
DES RILLETTES, à part. ■ — Quel monde!
MADAME BOULINGRIN. A la fin, allcz-
vous boire, vous ?
DES RILLETTES. — Sérieusement, j'aime autant pas.
MADAME BOULINGRIN, étonnée. — Ce n'eft pas sale; c'est mon verre.
DES RILLETTES. — Je ne vous dis pas le contraire, mais je suis forcé de me retirer.
MADAME BOULINGRIN. ComBie ça?
Tout de suite?
DES RILLETTES. — A l'inetant même.
— Qu'est-ce que j'ai fait de mon chapeau? (// se eoiffe, puis saluant jusqu'à terre.) Madame...
.es Boulingrin
MADAME BOULINGRIN. — Ecoutcz, monsieur des Rillettes, voulez-vous me rendre un service ?
DES RILLETTES. — Très volontïors.
MADAME BOULINGRIN. — Bien. Enlevezmoi.
DES RILLETTES. -- VoUS dites?
MADAME BOULINGRIN. — Je dis : a Eu-
levez-moi. »
DES RILLETTES, !iuffoqué. — Ça, par exemple, c'est le bouquet! Vous voulez que je vous enlève ?
MADAME BOULINGRIN. Je VOUS en
prie.
DES RILLETTES. — Eh! Je ne peux pas!
MADAME BOULINGRIN. Pourquoi
donc ?
DES RILLETTES. — J'ai un vieux collage, ça me ferait avoir des histoires.
MADAME BOULINGRIN. VouS refusez?
DES RILLETTES. — - A mou çraud regret; mais enfin so^ez raisonnable...
MADAME BOULINGRIN. — VoUS rcfu-
sez ?
DES RILLETTES. PuisqUO JC VOM3
dis...
MADAME BOULINGRIN. — Eh bien! je vous préviens d'une chose: c'est que vous allez être la cause de grands mallicurs.
DES RILLETTES. — Moi?
MADAME BOULINGRIN. VoUS. Oh !
inutile de faire les grands bras. Avant
— vous entendez? — avant qu'il soit l'âge d'un petit cochon, il y aura, à cette place, un cadavre ! ! ! Puisse le sang qui aura coulé par votre faute ne pas retomber sur votre tête !
DES RILLETTES, les poi?!r/x aii.r tcmpex.
— Mais c'est à devenir fou ' Mais qu'estce que je vous ai fait? Mais ça devient odieux, à la fin?
MADAME BOULINGRIN. Ail ! c'est qu'il
ne faut pas, non plus, tirer trop fort sur la ficelle, ou alors tout casse, tant pis! Voilà dix ans que j'y mets de la bonne volonté ; ça ne peut pas durer toute la
MADAME BOULINGRIN. — Buvez I
vie. Vous comprenez que i'cn ai assez.
DES uiT.i.KTTES. — Saus doutc ; mais... ç.i m'est é£;al.
MADAME BOULINGRIN, r)07> sans quclquc ironie. — Cest tout naturel, parbleu' Qu'est-ce que ça peut vous faire à vous?
,h.< lidltttcs (,«: protfsfr.) i)as comme ceci, ce ne serait rien... non : entre l'oe de l'index et la deuxième phalange du poucel Comme oa. (/iV^e joint l'exonple à la démonstration, en sorte qve des Rillettes, h' bras comme dans un engrenarjr, se ré-
UADAME BOULINGRIN — Gomme ç.'
Ce n'est pas vous qui tenez la queue de la poêle et. qui payez les pots cassés. Alors vous tranchez la question avec le désintéressement d'un bon gros diable de pourceau confit dans son égoïsme. Trop commode! Il est probable que vous changeriez de langage si vous étiez, pieds et poings liés, livré à la fureur d'une brute sanguinaire qui vous traiterait en esclave et vous battrait comme un tapi^. Car il me bat. Vous ne le croyez pas?
DES RILLETTES, battant prudemment en retraite. — Si! si! si!
MADAME BOULINGRIN, 7varchant lentement sur lui. — Non seulement, entendez-vous bien, il me meurtrit de bourrades au point de m'en défoncer les côtes, mais il me pince, qui plus est!... à m'en faire hurler, le misérable!... et {Pinçant
pand en clameurs dovJoureuses.) Vous voyez ; ça forme l'étau.
DES RILLETTES. — Ah' Eh! Oh! Hl !
A ce moment rentre Boulingrin, une assiette de soupe à la main.