‹ Bourbouroche. L'article 330. Lidoire. Les balances. Gros chagrins. Les Boulingrin. La conversion d'Alceste. Illus. d'après les dessins se BarrèreChapitre 49 sur 53 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CELIMENE, PHILINTE

Célimène et PbiliTite rp«!+pnt seuls. Poulain Philinte rpmnnte, va coller son oreille à la porte uu fond. Il érontp. rf^'l'";''pnd en scène: va à la fenêtre qu'il ouvre, se penche; regarde au dehors ; puis, revenu à Célimène qui l'a regardé faire sans rien dire :

PHILINTE

Et maintenant, madame, à nous deux !

CÉLIMÈNB

Ob ! Pbilint«, Ne renouvelez point votre étemelle plainte. J'en ai l'oreille laese. à ne vous rien farder, Et ne suis plus d'humeur à m'en accomjnoder.

PHILINTB

Vous souffrirez pourtant...

CÉLIMÈNE

Silence I

PHILINTB

Mais...

CELiMEi^, même jeu.

Silence J

PHILINTB

Parbleu, c'est trop d'audace, et c'est trop d'insoleijce I Le ton oîi tu le prends, que l'arrogance emplit...

CÉLIMÈNE

Ne me tutoyez pas. Nous croyez- vous au lit ?

PHILINTB

Madame, on se doit rendre aux rendez- vous qu'on donne.

CÉLIMÈNE

La paix !

PHILINTB

Je vous l'impose !

CÉLIMÈNE

Et moi, je vous l'ordonne !

PHILINTE, exaspéré.

Oh !

CÉLIMÈNE

Quel besoin, bon Dieu, de jeter les hauts cris î Un galant comme vous égale trois maris.

PHILINTB

La peste vous étouffe, et vous et vos pareilles !

CÉLIMÈNE

Mais parlez donc moins fort ; les murs ont des OTeilIea. Si j'eus, pour mon malheur, le tort de vous aimer, Il n'est pas à propos de les en informer.

ii8 La Conversion d'AIceste

Aussi bien, avec vous, je veux être sincère ; Une explication qui devient nécessaire Me contraint à vous dire en bonne vérité Que vous marchez tout droit vers l'importunité. Votre ombrageux amour, trop pi'ompt à la querelle, Change de plus en plus Clitandrc en Sganarelle, Philinte. Sur ce point, qu'il daigne ouvrir les yeux. Le mien n'y risque rien, que de s'en porter mieux.

PHILINTE

Qu'xVlceste, au temps jadis, eut bien...

CÉLIMÈNK

En cette affaire Je conçois assez mal ce qu'Alceste vient faire. Je vous trouve plaisant, mon cher, quand vous venez Me bailler fx-oidemenb de ce nom par le nez. Osez donc, s'il vous plaît, me regarder sans rire, Et m'épargnez des mots inutiles à dire.

PHILINTE

Le pauvre homme !

CÉLIMÈNE

Plaît-il ?... Vous avez dit 1 Comment ?. Le pauvre homme ?... Ouais ! le mot part d'un bon sentiment A a Pauvre homme », sans doute, il faut rendre les armes, Et ce pauvre « Pauvre homme » attendrit jusqu'aux larmes. Tout au plus, j'oserai vous demander pourquoi Vous prenez, en parlant, l'air de parler pour m.oi. Alceste, de vos soins, eut sa part, ce me semble. Et nous l'avons un peu sacré « Pauvre homme » ensemble. Modérez donc l'ardeur d'un ei noble courroux.

(Un petit temps.)

Est-ce que, par hasard, j'ai commencé sans vous ?

(Mouvement de Philinte.)

Eh ! quelle rage, aussi, de me prendre pour cible ? Qu'ai-je donc fait, mon Dieu, de si répréhensible ? Pourquoi ces airs de dogue et ce ton irrité 1 Je ne vous comprends pas, Philinte, en vérité. On croirait qu'avec vous en couchant côte à côte J'aurais fait quelque mal et commis quelque faute.

PHILINTE, stupéfait.

Pourtant, vos torte...

Quels torts ? PHiLiNTE, avec f/ranilenr d'ârrie.

S'aveugler à tel point ?.,.

C'est les avoir deux fois, que ne les sentir point ! Que le cœur de la femme est fait d'étrange sorte, Et que l'homme, sur elle, en loyauté l'emporte ! Quoi donc ! Il faut qu'ici je me voie obligé De prendre cause et fait pour l'époux outragé ? C'est à moi, — triste effet de l'humaine faiblesse, — (J'en conviens sans détour mais non pas sans noblesse), Qu'il faut, d'Alceste... ?

CÉLIMÈNE

Au temps où me faisant ea rour Alceste à mes genoux rugissait son amour. Ce troubadour transi, doublé de belluaire. Eut parfois l'art et l'heur de ne me pas déplaire.^ Outre qu'à franc parler la peur qu'il m'inspirait N'était pas à mes yeux sans charme et sans attrait. A sentir sous mon pied cette bête matée

Se débattre à la fois soumise et révoltée Et son regard chargé de haine et de poison

Du matin jusqu'au soir m'insultait sans raison,

Vainquant avec péril et dès lors avec gloire. Je goûtais à son prix l'orgueil de la victoire.

D'accord. — Mais aujourd'hui qu'il montre, humanisé.

Les talents d'agrément d'un ours apprivoisé,

Apte à la contredanse et souple à la voltige,

Ce qu'il acquiert en grâce, il le perd en prestige.

Tel vainqueur de tournoi cesse de me toucher,

Qui, déposant l'armure avant de se coucher,

Désormais sans haubert, sans casque et sans cuirasse.

N'est plus qu'un crustacé veuf de sa carapace.

Dans l'emploi des Achate et des Princes Charm.ant,

Notre homme à m'émouvoir tâche inutilement.

Il y marque une ardeur à nulle autre seconde.

Mais n'étant plus quelqu'un, il devient tout le monde,

Et tournant au fâcheux, d'irritant qu'il était.

Il ne garde plus rien du peu qu'il lui restait.

Alceste converti n'a plus de raison d'être. Le mari n'est jamais qu'un laquais ou qu'un maître. La femme a, sur ce point, des raisons qui font loi. Le ciel, qui les voulut, en sait seul le poairquoi.

(Cependant, depuis un instant, Alceste est rentré sans que Célim^ne et Philinte s'en soient aperçus. Il demeure immobile, au fond du théâtre.)

La Conversion dAlceste

PHiLiNTiî, aprh un sUcnce.

Tout en ne voyant pas, lorsque je m'examine, Que la nialiîjnité soit le but où j'incline, Et bien que mon humeur se complaise fort peu A jeter, comme on dit, de l'huile sur le feu, Il me faut confesser de façon simple et nette Que vous avez raison des pieds jusqu'à la tête. Oui, mon cœur de droitvire et de justice épris Se rend à des griefs dont il sent tout le prix. Madame ; et de regret mon âme tourmentée Gémit de vous avoir un moment disputée. L'amour est quelquefois prompt à l'emportement. Mais ou sait ce que c'est qu'un courroux d'un amant, Et...

CÉLIMÈNE. — LiA FEMME A, SUR CE POINT, DES RAISONS QUI FONT LOI.

CELIMENE

Philinte, il suffit. Ces paroles sensées

Font l'honneur de celui qui les a prononcées.

(En gage de réconciliation, elle lui présente sa main, que Philinte couvre de baisers.)

Vous comprenez enfin '

PHILINTE

Je vous comp'^ends si bien Que votre sentiment concorde avec le mien. Je me serais gardé d'en rien mettre en lumière ; Mais puisqu'il vous a plu de parler la première, Je ne vous cache pas qu'Alceste, à mon avis. Est vraiment ridicule autant qu'il est permis.

CÉLIMKNE

Il eut toujours un peu la sottise en partage.

PniLINTE

Oui ; mais s'en croyant moins, il en a davantage.

CÉLIMÈNE

D'autant plus que ses airs d'amnistier les gens, Pour ceux qui n'ont rien fait sont fort désobligeants.

PHILINTE, avec éclat.

Je me disais aussi : « Ce donneur d'eau bénite

« A quelque chose en soi qui me blesse et m'irrite ! »

CÉLIMÈNE

L'ennuyeux animal !

PHILINTE

Le triste compagnon !

CÉLIMÈNE

Je l'aimais mieux bourru !

PHILINTE

Je l'aimais mieux grognon !

CÉLIMÈNE, s'éventant.

Je goûte à le tromper des douceurs non pareilles !

PHILINTE, avec noblesse.

Ma conscience en paix dort sur ses deux oreilles.

CÉLIMÈNE

Il n"a, de vous à moi, que ce qu'il a cherché.

PHILINTE

On est toujours puni par oii l'on a péché.

CÉLIMÈNE, souriant à Fhilinte.

Coeur généreux et pur !

PHILINTE, attendri.

Ame sincère et tendre !

rÉLIMÈNE

Qie nous sommes bien faits, ami, pour nous comprendre !

ALCESTE. — Mon seul amour, et ma seule amitié!

PHILINTE

Pour être l'un à l'autre et, dans tout, de moitié ! Et...

(A ce moment Alceste tousse légèrement. Du même mouvement Philinte et Célimène se tournent vers le fond du théâtre et l'aperçoivent.)

Oh

CÉLIMÈNE et PHILINTE, enscmhle.

ALCESTE, désir/nant successivement Cclimène pid;; P/iil/nte. Mou seul amour, et ma seule amitié !

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