SCENE II
ADELE, BOUBOUROCHE, ANDRE
(caché).
Boubouroche entre comme un fou, descend en scène, se rend à la porte de droite, qu'il ouvre, plonf^e anxieusement .ses regards dans l'obscurité de la pièce à lac[uelle elle donne accès ; va de là, à la fenêtre de gauche, dont il écarte violemment les rideaux.
ADÈLE, qui Va suivi des yeux avec une stupéfaction croissante. — Regarde-moi donc un peu.
Boubouroche, les poings fermés, marche sur elle.
ADÈLE qui, elle, vient sur lui avec une grande tranquillité. — En voilà une figure!... Que se passe-t-il? Qu'est-ce qu'il y a?
BOUBOUROCHE, d'une voix étranglée, — Il y a que tu me trompes.
ADÈLE. — Je te trompe!... Comment je te tromjDe?.., Qu'est-ce que tu veux dire, par là
BOUBOUROCHE. — Je veux dire que tu te moques de moi ; que tu es la dernière des coquines et qu'il y a quelqu'un ici.
Boubou roc lie
ADÈLE. — Quelqu'un !
BOUBOUROCHE. — Oui, quelqu'uu !
ADÈLE. Qui ?
BOUBOUROCHE. — Quelqu'un!
Un temps.
ADÈLE, éclatant de rire. — Voilà du nouveau.
BOUBOUROCHE, Ja main haute. — Ah!
ne ris pa«!... Et ne nie pas! Tu y perdrais ton temps et ta peine : je sais tout !... C'est cela, hausse les épaules; efTorce-toi de me faire croire qu'on a mystifié ma bonne foi. {Geste large.) Le ciel m'est témoin que j'ai commencé par le croire et que je suis resté dix minutes les pieds sur le bord du trottoir, les yeux rivés à cette croisée, m'accusant d'être fou, me reprochant d'être ingrat!... J'allais m'en re-
BOCJBOUROCHE. — Il Y A que tu me trompes
tourner, je te le jure, quand tout à coup, deux ombres — la tienne et une autre !... — ont passé en se poursuivant sur la tache éclairée de la fenêtre. A cette heure, tu n'as plus qu'à me livrer ton complice; nous avons à causer tous deux de choses
qui ne te regardent pas. Va donc me chercher cet homme, Adèle. C'est à cette condition seulement, que je te pardonnerai peut-être, car {Très ému.) ma tendresse pour toi, sans bornes, me rendrait capable de tout, même de perdre un jour le souvenir de l'inexprimable douleur sous laquelle sombre toute ma vie.
ADÈLE, dans une nausée. — Tu es bête!
BOUBOUROCHE. — Je l'ai été. Oui, j'ai été huit ans ta dupe, inexplicablement aveugle en présence de telles évidences qu'elles auraient dû me crever les yeux!... N'importe, ces temps sont finis; la canaille peut triompher, une minute vient toujours, où le bon Dieu, qui est un brave homme, se met avec les honnêtes gens.
ADÈLE. — Assez !
BOUBiOUROCHE,
abasourdi. — Tu m'imposes le silence, je crois ?
ADÈLE. ■ — Tu peuxmêmeenêtre certain !... {Hors d'elle.) En voilà un énergumène, qui entre ici comme un boulet !
pousse les portes !
tire les rideaux !
emplit la maison de ses cris ! me traite comme la dernière des filles, va jusqu'à lever la main sur moi !...
BOUBOUROCHE.
— Adèle...