‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 12 sur 347 · M""" de Pringy · texte numérisé non relu

M""" de Pringy

BOUHDALOUE. 2

un apanage de famille chez les Bourdaloue, c'était la carrière que son père aurait voulu le voir embrasser. L'adolescent essaya bien d'obéir, mais il ne pouvait pas abdiquer ses goûts. Une vocation plus haute l'appelait, il devait entrer dans la vie religieuse et devenir prêtre. Et alors, toujours à la poursuite de son idéal, comptant sur Dieu, il voyait, en dépit de l'opposition paternelle, l'avenir dans des éclairs de lumière vive, et il s'élançait vers lui dans des envolées d'espérance.

A l'appel d'En-Haut, l'heureux élu n'hésita pas. Pressentant les résistances de sa famille, il s'éloignait du Berry à l'insu des siens, comme s'il eût craint que le cœur lui manquât, il s'enfuyait. Parti pour Paris sans en rien dire à personne, il alla tout droit frapper à la porte de la Maison professe de la rue Saint-Antoine et demanda qu'on l'y admît. Sa résolution était sérieuse, elle ne se démentit pas un seul moment. 11 était poussé par cette force mystérieuse qui s'appelle la grâce et qui décide irrésistiblement de notre sort. Toute sa vie, la maison choisie pour son refuge restera le point lumineux dont rien ne fera pi\lir l'éclat; elle sera pour lui la terre promise, la portion préférée de l'héritage. Bourdaloue ne se doutait pas qu'au siècle suivant la maison de la rue Saint-Antoine passerait par des vicissitudes, qu'elle cesserait d'appartenir à la Compagnie de Jésus en 1762, qu'elle serait donnée aux Génovéfains de Sainte-Catherine en 1767, qu'elle serait déclarée bien d'État sous la Révolution et qu'elle fini-

rait par devenir le Lycée Charlemagne. A peine le jeune transfuge ëtail-il dans son asile que son père, accouru en poste à Paris*, exigeait sa rentrée au foyer. Mais les larmes elles-mêmes de sa mère ne parvenaient pas à l'ébranler, toutes les résistances écliDuèrent, et il fallut qu'on laissât revenir vers Dieu celui qui ressentait si vivement déjà des nostalgies de vie parfaite. Cependant cet adolescent si résolu n'était pas un enthousiaste ; il ne cédait pas à l'imagination. Dès les premières années de la vie, il avait aperçu le port, et, se détournant de la coupe des joies humaines que lui tendait son père, il refusait d'y poser les lèvres. Bourdaloue n'était pas un dégoûté que le contact du monde avait blasé pas plus qu'un ingénu qu une vaine crédulité avait soumis; il portait toute la fraîcheur de Tàme unie à une puissance de raison et de piété dont la double lumière éclairait sa foi et justifiait sa résolution. Son regard reflétait mieux que les splendeurs du ciel natal ; il rayonnait de toutes les limpidités de son cœur, de toutes les sérénités de sa conscience.

Au collège, sous l'intelligente direction de ses maîtres vénérés, comme au foyer, sous la protection de ses pénates bienfaisants, le fils de famille n'avait point songé aux brillantes alliances de sa sœur et de ses cousines, ni brigué un bel établissement mondain. Il n'ambitionnait pas d'appartenir à la société élégante et légère dont il devait un jour

Page 1