‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 160 sur 347 · Journal de Daneeau · texte numérisé non relu

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porter de pareils triomphes, il ne suffit pas de savoir ce que Ton doit dire, il faut aussi savoir le dire.

Révélons encore d'autres contradictions de la part des censeurs de Bourdalouc, elles ne sont pas moins inexplicables. Puisant toujours leurs traits . dans le portrait du second Dialogue^ ils reprochent à notre prédicateur non seulement sa mauvaise mè- I moire et ses yeux sans cesse fermes, mais encore, comme défauts de son action oratoire, un style tout uni, qui n'a aucune variété, rien de familier, d'insi- , nuant, de populaire, rien de vif, de figuré, de ) sublime. Est-ce que ces insuffisances et ces défectuosités ne seraient ])as aussi exagérées et aussi fausses que la mauvaise mémoire et les yeux sans cesse fermés? Ce style, tout uni et sans variété, avait mérité pourtant les éloges flatteurs de l'éminent critique qu'on lui oppose. Fénelon n'aurait-il pas dit dans le Mémoire sur les Occupations de r Académie : «Bourdaloue par son style a effacé tous les autres et il est peut-être arrivé à la perfection dont notre langue est capable dans ce genre d'éloquence. »llne manquait donc pas de tous les éléments de naturel, de sim|)licité, de familiarité, de popularité et d'élévation, celui dont d'autres bons juges, les rédacteurs du Mercure, se plaisaient à déclarer « la diction naturelle, pure, appropriée à son sujet, ornée sans affectation, en même temps que forte et serrée sans sécheresse ». M"* de Sévigné ne se lassait jamais d'entendre, de goûter et de savourer sa <( parole divinement éloquente ».

l'action oratoire dk bolrdaloue 249

Après les contemporains, la postérité par le plus autorisé de ses critiquèsreconnaissait chez Bourdaloue la popularité de l'expression si appréciée de Cicéron : « Cette qualité moyenne de l'expression si bien appropriée au genre, simple sans bassesse, noble sans affectation' » ; qualité que d'Aguesseau, dans son Instruction, avait attribuée au prédicateur dans toute sa plénitude -. Enfin, si le portrait, où des critiques j)révenus ont cru voir et reconnaître Bourdaloue, avait eu le moindre fond de vérité, pourrait-il être admis que Ton eût pu dire qu'il «prêchait si hautement les vérités chrétiennes, qu'il tonnait à Saint-Eustache, qu'il faisait trembler les courtisans aux Tuileries, qu'il transportait tout le monde et qu'il avait l'éloquence de saint PauF^? » Et penser que de tels témoignages d'admiration, qui lui étaient prodigués par une Sévigné et par les meilleurs esprits et les plus grands personnages de la ville et de la cour, témoignages qui ont fait loi, pendant plus d'un siècle, n'ont pas éclairé et n'ont pas convaincu ses censeurs ! Cela seul démontre que les critiques de Bourdaloue étaient ou mal informés ou aveuglés par la passion. Aussi, croyons-nous faire acte de réparation et de justice en rétablissant la vérité odieusement outragée par une minorité violente et partiale; heureux, si, par ces considérations, nous pouvions contribuer à dégager l'action oratoire de

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