Lettres, t. VII, p. 4i
2HH BOIRDALOUE
belle^.» Le discours, en effet, était crime couleur vraie et puissante. Toutefois, la critique atténua l'éloge de l'illustre admiratrice. On reprocha à Bourdaloue de n'avoir pas su marcher dans la voie si large qui avait été ouverte par Bossuet. S'il y avait en lui la précision de Plutarque, il n'y avait pas le relief, l'éclat, l'éclair, le coup de foudre, la beauté tragique d'Homère. Il piouvait méthodiquement la grandeur de son héros, mais il ne la faisait pas valoir avec toutes ses magnificences. Il se traîne, disait-on, tandis que l'aigle de Meaux s'envole et plane dans les hauteurs. Bourdaloue,tout à la raison et à la logique, ne répandait pas assez sur la vie de Condé les éclairs et les éblouissements dont Bossuet la faisait resplendir. Bossuet était le t''«^e-ç, l'orateur inspiré. Évocateur incomparable, il avait su idéaliser le héros et le faire revivre. Son génie créateur avait reconstitué l'épopée géante, et la figure de Condé, immortalisée par son pinceau, devaità jamais hanter l'àmc française. Il compju'ait Condé « à ces animaux vigoureux et bondissants, qui ne s'avancent que par vives et impétueuses saillies- », il sentait la générosité du sang qui battait dans ses artères et la résistance de l'acier qui musclait son bras. En entendant Bossuet le cœur s'exalte, en écoutant Bourdaloue la raison s'incline.
Il manqua à l'oraison funèbre de notre prédicateur cette teinte de poésie et ces accents épiques qui, dans