‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 250 sur 347 · L'abbé Labouderie · texte numérisé non relu

L'abbé Labouderie

c'est à une dame de qualité ou à un homme employé dans un ministère important, tantôt à une personne peu soumise aux décisions de TEglise ou à une jeune fille du monde qui le consulte sur le choix d'un état de vie. Nous trouvons dans les diverses Inslructio7is qu'il leur adresse ', à côté des considérations les plus élevées et les plus sages, les conseils les plus utiles et les plus salutaires et nous comprenons k l'effet produit sur nous l'impression profonde qu'une direction si prévoyante et si pieuse devait produire dans l'âme des intéressés. Le xvii^ siècle fut l'époque des grandes conversions, parce qu'il fut l'époque de la grande et sainte direction. Bossuet. Fénelon, Bourdaloue se faisaient avnnt tout, comme directeurs, les médecins des âmes. La corruption avait gagné les classes supérieures; de la cour, elle était descendue dans les châteaux. Les mœurs royales et princières avaient déteint sur les mœurs des grands, et tandis que le peuple conservait sa foi et son honnêteté premières, la société aristocratique cédait à des habitudes légères et coupables. Toutefois, grâce aux principes religieux encore respectés, le mal n'était pas sans remède et le remède, appliqué par des mains habiles, produisait souvent de consolantes et merveilleuses guérisons. Des âmes, parmi les plus nobles et les plus en vue, résistaient à la contagion et donnaient les exemples de la vertu ;

1. Ces Instructions sont des lettres de direction qui traitent de V Esprit de Pénitence, de la Mo»7, de la Prudence du f^ahil. de Vllumilité de la foi, du Choix d'un état de vie.

c'était naturellement à elles que profitaient surtout les avis et les conseils des sages directeurs. En prêtant une oreille attentive aux Instructio7is de Bourdaloue, nous nous ferons une juste idée de sa puissance dans cette œuvre délicate et diffîcile.

C'est d'abord à une dame de qualité qu'il adresse ses conseils. Celle-ci avait été une mondaine, donnant l'exemple du luxe, de la légèreté, de la dissipation, pleine de vanité, éprise d'elle-même, avide déplaisirs, aimant « les spectacles, les comédies, les danses». Voulant revenir à Dieu, elle se confie à Bourdaloue et le religieux lui adresse son Instruction surVEspiit de Pénitence. « 11 n'y a, lui dit-il, nulle raison qui puisse vous exempter de la pénitence, parce qu'elle est une loi générale, dont personne ne peut être dispensé, et contre laquelle la prudence de la chair ne peut rien alléguer que de vain et de frivole. Plus il vous paraît difficile, dans la place où vous êtes, d'observer cette loi, plus vous devez, à toute heure, faire des efforts pour vous y assujettir... La pratique tout opposée où vous avez vécu, doit non seulement vous confondre, mais vous animer contre vous-même, e t vous exciter fortement à réparer tout ce que l'amourpropre vous a fait commettre au préjudice de la divine loi de la pénitence... Les âmes fidèles à Dieu savent faire pénitence, se vaincre elles-mêmes, s'interdire les délices de la vie, marcher dans les voies étroites du salut et pratiquer en tout la sévérité de l'Évangile... Votre plus solide occupation, durant le Carême, doit être de repasser tous les jours devant Dieu, dans

ramertume de votre àme, les désordres de votre vie, d'en reconnaître avec douleur la grièveté et la multitude, de vous en humilier, de vous en aftliger, de ne les perdre jamais de vue... Ne vous présentez jamais devant Dieu qu'en qualité de pénitente accablée du poids de vos péchés ; vous assujettissant de bon cœur aux devoirs pénibles de votre état ; vous proposant dans chacune de vos œuvres de racheter vos péchés; vous levant et vous couchant avec cette pensée : je suis une infidèle, et Dieu ne me soufîre sur la terre qu'afin que je fasse pénitence de mes péchés '. »

Connaissant la pusillanimité de son âme, Bourdalouo ajoute : « L'esprit de pénitence doit produire en vous une ferme et constante disposition de mortifier votre humeur, vos passions, vos inclinations, vos mauvaises habitudes, mais par-dessus tout, votre orgueil, car, tandis qu'un orgueil secret vous dominera, ne comptez point sur votre pénitence... Vous vous appliquerez à être plus humble, plus douce, plus patiente, plus compatissante aux faiblesses d'autrui, plus vide de l'estime de vous-même... Vous ne devez pas non plus négliger, autant qu'il dépend de vous, d'être plus modeste dans vos habits... Vos aumônes, pour faire partie de votre pénitence, doivent être des aumônes qui vous coûtent,... préférant le soulagement du prochain à votre sensualité et cà votre vanité... Il est constant qu'une pécheresse doit bien plus à Dieu sur ce point, qu'une chrétienne qui

Page 1