LE SYSTÈME (( POLITIQUE ET SOCIAL » DE BOURDALOUE U
ces tristes et sombres retraites où ils languissent. Allez être témoins de leurs misères, et vous n'aurez jamais l'âme assez dure pour leur refuser votre secours... Votre cœur s'attendrira ])Oui- eux, vos mains s'ouvriront en leur faveur, et ils vous serviront d'avocats et de protecteurs auprès de Dieu. Voilà le fruit solide que vous ]>ouvez tirer de vos biens, voilà le saint emploi que vous en devez faire. Craignez le sort du mauvais riche... Et vous, pauvres, apprenez à vous consoler dans votre pauvreté, apprenez à l'estimer, puisqu'elle vous met à couvert des dangers et du malheur des riches. Toute nécessaire qu'elle est, faites-en une pauvreté volontaire, en l'acceptant avec soumission, et en la supportant avec patience. » C'est ainsi que Bourdaloue traite la question de l'inégalité des conditions; c'est ainsi qu'il ap|)lique le remède au mal social. Il impose aux riches l'obligation rigoureuse et sacrée de reconnaître la part que Dieu s'est réservée sur leurs biens pour le soulagement des pauvres, et il défend à ceux-ci de toucher à la fortune et à la richesse de leurs protecteurs naturels. Il prouve que s'il y a injustice criminelle à enlever aux riches les biens qui constituent leur propriété, il n'y a pas moindre injustice, aux yeux de Dieu, à dénier aux pauvres leur droit au superflu de ces biens. « L'aumône, il le dit excellemment, est un devoir de justice et le superflu du riche est le nécessaire du pauvre. » N'y a-t-il pas dans cet enseignement nettement formulé par Bourdaloue, la solution du redoutable problème social dont on se préoccupe
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tant de nos jours? N'est-ce pas la juste compensation établie par Dieu lui-même pour remédier à Tinégalité des conditions? Ah !si les riches comprenaient le beau rôle qui leur est assigné, s'ils étaient les économes, les tuteurs des pauvres, les trésoriers et les dispensateurs des biens reçus de Dieu pour eux, la grande famille humaine ne souffrirait plus d'être partagée entre les opulents et les nécessiteux. Tous les hommes, frères par l'origine, deviendraient pour ainsi dire égaux, il n'y aurait plus, à proprement parler, ni riches ni pauvres, les pauvres, qui n'ont rien, auraient de quoi subsister grâce au superflu des fortunés, et les riches, qui ont tout, ne jouiraient volontairement pour eux, que de ce qui leur serait nécessaire. Telle est la doctrine de Bourdaloue sur les droits et les devoirs des riches. Elle indique clairement le but assigné par Dieu ta la richesse et elle en règle l'emploi. Si Bourdaloue, en présence des souffrances des pauvres, se jette ainsi en plein peuple et en pleine misère pour soulager et consoler les nécessiteux, il n'appuie leurs revendications que sur la justice et il ne sépare jamais leurs droits de leurs devoirs.
Ces idées sont marquées au coin de l'équité et de la sagesse, elles proclament et affermissent l'inviolabilité de la propriété et elles réprouvent les revendications injustes et violentes du collectivisme. A l'heure si troublée où nous vivons, si ces principes rentraient dans les classes laborieuses et souffrantes, nous ne nous trouverions pas menacés des suprêmes