OUVERTURE DE LA PRÉDICATION DE BOURDALOUE A LA COUR ET DANS PARIS
Bourdaloue occupe la chaire royale. — Sa clarté d'exposition. — 11 n"a aucun souci de plaire. — Sa parole révèle ses auditeurs à eux-mêmes. — Sa méthode dans la composition de ses Sertnons. — Avant tout, il cherche à convertir. — L'importance de son œuvre oratoire. — Le manque d'ordre chronologique dans l'édition de ses Sermons. — Avenf de IGIO. — Le Sermon sur la Récompense des saints. — Les déceptions d'un mondain. — Les faveurs humaines ne rendent pas heureux. — La sainteté d'un roi est un miracle de la grâce. — Etl'et de sa parole su." la cour. — Le Sermon sur le Ji/r/ement dernier. — Beauté de son plan. — La sihérité du jugement divin se fonde sur la foi du chrétien et sur la raison de l'homme. — Le Sermon sur le Scandale. — Le désordre régnait à la cour. — Le silence eût été coupable. — Le scandale : péché monstrueux, péché diabolique. — Louis XIV sous le coup de ces leçons. — « C'est par vos sollicitations que cette làme s'est perdue. » — Bourdaloue s'écrie : « Malheur à ce grand, malheur à ce maître ! » — Il connaît la cour. — Il confond ceux qui prétendent que la vertu y est plus difficile. — Les passions qui s'y agitent. — Erreur du P. Bretonneau sur le Sermon de la Nativité. — L'indépendance apostolique du prédicateur. — Carême de 1671 à Notre-Dame. — Le Sermon sur la Pensée de la mort. — La mort preuve sensible du néant des choses humaines. — La mort est reine. — Bourdaloue entr'ouvre un tombeau :« Venez et voyez! » — L'admiration de M""" de Sévigné. — Le cardinal de Bouillon était-il du nombre de ses auditeurs"? — Avent à Saint-Jean-en-Grève. — Le Sermon sur la Sévérité évanç/élique. — Sévérité intéressée. — La rigueur envers nous-mêmes et l'indulgence envers les autres. — Paris partage les sentiments éprouvés par la cour.
Quand, en 1669, Bossuet, chargé de l'éducation du Dauphin, descendait de la chaire royale, dont il avait rendu l'accès si difficile, les beaux esprits se demandaient, avec une vive anxiété, si, par suite
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de son silence, Téloquence religieuse n'allail pas, chez nous, devenir muelle ou, du moins, safiaiblir et déchoir. On craignait qu'il ne se trouvât pas une assez puissante voix pour succéder à la sienne, car où prendre Torateui' d'assez forte enverguie qui. après les grands coups d'ailes de l'aigle, i)Ourrait s'élever et planer à de si sublimes hauteurs? Pour l'élite, qui ne s'é|)renait ni d'enthousiasme, ni d'admiration facile, la gloire incomparable du présent semblait porter le défi à celle de l'avenir et l'écraser, et tous ceux, ils étaient si nombreux, qui se sentaient bouleversés et subjugués encore parla parole de Bossuet, n'osaient espérer entendre jamais une éloquence capable de les captiver et ravir après la sienne. Ils se trompaient. Dans l'Eglise de France, le souffle d'En-Haut ins|)ire toujours des âmes d'ai)ôtres, il y allume les saintes flammes, et, mieux qu'aux ])lus beaux siècles de l'antiquité, la torche lumineuse, loin de s'éteindre, passe de main en main :
El quasi cursores vitaï lampada Iradunt ' !
Aussi, après Bossuet et Fénelon, l'éloquence sacrée se personnifiait et se survivait dans Bourdaloue.
Sans avoir la sublimité de génie de ses illustres devanciers, le modeste religieux, sur Tordre de ses supérieurs, sortait de sa cellule, et, après d'assez longs essais en ])rovince et des débuts heureifx à