‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 44 sur 347 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

clair que menaçant, Bourdaloue ramasse une à une nos désobéissances, nos révoltes, autant d'outrages et d'attentats commiscontre notre raison; il recueille toutes les prévarications dont nous nous sommes rendus si souvent coupables, et il les réunit en un faisceau non moins redoutable que le fouet dont se servit le Sauveur pour chasser les profanateurs du temple. Prise à part, chacune de ces charges est accablante, mais liées les unes aux autres, elles revêtent une telle gravité qu'elles écrasent les criminels sous leur i)oids. Au cours de ce terrible réquisitoire, le ton du prédicateur se hausse, son geste se fait menaçant, sa parole s'échauffe, et, quand éclate la sentence, on croit entendre comme l'écho, ou plutôt comme l'arrêt du jugement de Dieu luimême.

C'est encore à VAvent de 1670 qu'appartient le sermon sur le Scandale, dont nous tenons à donner quelques rapides extraits. Feugère le range au nombre des sermons de cette station, et il motive son opinion en disant que c'était l'heure où M'"" de Montespan était au comble de la faveur, et où Louis XIV donnait le spectacle public de ses désordres ^ En effet, le sujet était opportun. Le désordre régnait à la cour, et le roi y donnait le spectacle de Finconduite. Bourdaloue avait l'âme trop haute pour se taire, et, quoique son ministère ne fît que commencer, sa délicatesse de conscience et la sainteté

1. liourduloue, sa prédication et son temps. IntrudiicUou, p. 47,

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de sa mission lui imposèrent le devoir de parler nettement, ne pouvant à aucun prix assumer la responsabilité d'un silence coupable. Il prouvait ainsi, dès la première heure et dès cette première rencontre, à ceux qui se prévalaient de leur grandeur pour prétendre à l'impunité, qu'il n'était pas homme, et surtout (j^u'il n'était pas prêtre à pactiser avec les faiblesses et les audaces de leurs passions. Et alors, en face de Louis XIV et de ses courtisans, l'apôtre s'exprimait en ces termes, heur mx àe délivrer son âme: « Je veux aujourd'hui, chrétiens, vous donner l'idée et la juste notion du scandale, je Yeux vous en inspirer l'horreur, je veux vous apprendre à le craindre et à l'éviter... Malheureux celui qui cause le scandale; mais doublement malheureux celui qui le cause, quand il est spécialement obligé à donner l'exemple... Malheureux l'homme, quel qu'il soit, qui devient à ses frères un sujet de scandale et de chute : sa seule qualité de chrétien doit faire sa condamnation. Mais plus malheureux l'homme qui scandalise ses frères, lorsque, outre sa qualité de chrétien, il a un titre i)ropre et personnel qui l'engage à les édifiera »

Après avoir ainsi annoncé son sujet, Bourdaloue continue : « Péché monstrueux, car quelle horreur de causer la mort à une àme qui, juste et innocente, était agréable à Dieu!... Fiil-ce le dernier des hommes pour qui vous êtes un sujet de chute, vous êtes

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