Lettre de Bourdaloue à M'"" de Çauijiartin
bourgeoisie dans les rangs de la noblesse, étaient rai'cs. Les grands ne s'unissaient guère aux familles de robe courte et regardaient avec dédain les fourrures que ne rehaussaient ni titres ni blasons ^ Pour beaucoup, ces mariages étaient des mésalliances auxquelles l'aristocratie n'aurait jamais dû se prêter. Mais, en dépit de ces fières oppositions, on tou(diait aux temps où la noblesse de la parole et de la plume, la distinction du génie et du talent, allaient valoir la noblesse de la naissance et de Tépée, et, grâce à Louis XIV l'aristocratie de l'espritinaugurait son règne. L'admission des Bourdaloue dans la classe supérieure et titrée ])rouve la considération dont ils jouissaient. Ils étaient une des meilleures familles de la bourgeoisie ; ils avaient pris des racines dans le passé et marqué l'empreinte de leur passage dans l'histoire du pays qu'ils habitaient.
On découvre, en effet, vers le milieu du xvi" siècle, des rapports existant entre les Bourdaloue et les Guise. Issus d'une branche de la famille ducale de Lorraine, établie en France vers 1508, les Guise descendaient de Renéll, duc de Lorraine ; ils avaient fait leurentréeà la cour sousle règne de François I"'~. Par leurs mérites et leurs grands gestes, ils s'élevèrent vite aux plus hautes charges de l'Église et de l'État. Intré[)ides et braves jusqu'à la témérité, ils se couvrirent de gloire sur les champs de bataille. En 1558, François de Guise avait enlevé Calais aux Anglais;
•1. Mémoires de Saiiil-Sintoii, 2. DHozier.
en 1575, Henri 1" de Guise avait Iriomplié des Allemands à Dormans, reçu au ])lus fort de la mêlée la blessure qui lui donna le surnom de Balafré, et, en 1588, refusé d'être roi dans la fameuse journée des Barricades; en 1594, Cliarles de Guise avait épouse la fille de Pliilii)pe H et s'était trouvé à la veille d'occuper le trône de France ; en 1647, Henri II de Guise, durant la révolte de Naples, sous Mazaniello, avait traversé la flotte espagnole dans une simple felouque et soulevé par son courage l'enthousiasme des Napolitains. A côté de ses hommes de guerre, la maison de Guise comptait d'éminents ])rélats et de puissants ministres. Les rapports des Bourdaloue avec la famille ducale ont laissé une trace honorable; on la trouve dans la correspondance de Pierre de Bourdaloue, secrétaire de Charles de Lorraine, duc de Guise, amiral du Levant.
D'après cette correspondance jusqu'ici inconnue et encore inédite, quoiqu'elle ait été conservée à la Bibliothèque Nationale et à la Bibliothèque de l'Institut', et dont nous sommes à la veille de voir la publication, il sera facile d'établir les relations entreteuues. Les Guise étaient seigneurs de la ville de Vierzon, et comme les Bourdaloue, par leur origine, appartenaient à ce pays, on s'explique leurs rapports communs. Devenu homme, fidèle aux traditions séculaires des siens, le jeune Louis se fera un honneur et un devoir de les maintenir. Sa
1. bibliothèque nationale, f. fr. 20539, et Bibliothèque de llnslitiit. Fonds Godefroy, t. GCLXIX, fol. i;i0-151.
vocation religieuse d son ministère apostolique à la cour et dans Paris lui pcrmettrout, en elïet, d'entretenir et de resserrer ces hautes relations, il sera en commerce avec les descendants des seigneurs et des ducs dont ses aïeux étaient les serviteurs. A l'heure de la révocation de TÉdit de Nantes, quand la duchesse de Guise, Elisabeth d'Orléans, fille puînée de Gaston de France, voudra faire évangéliser les protestants d'Alençon, elle pensera tout d'abord à lui pour cette œuvre, et ce ne sera que parce que le roi enverra Bourdaloue dans le même but à Montpellier qu'elle se déterminera à confier cette mission au P. de LaRue' . Au cours de son ministère oratoire, on la verra au nombre de ses auditrices assidues et attentives : les Mémoires et les Lettres du temps en témoignent. En 1673, l'abbé de Chaumes, Antoine d'Andilly, neveu du grand Arnauld, écrit à son frère, Arnauld de Pomponne, qu'cà un sermon à Saint-Eustache les courtisans ont trouvé mauvais que le P. Bourdaloue, après avoir complimenté l'archevêque de Paris, ne complimentât pas M"" de Guise '. Le P. Lauras représente la duchesse comme « une femme de grande piété et très dévouée aux Pères de la rue Saint-Antoine'^». Les Guise étaient les habitués de la maison professe; ils habitaient l'ancien hôtel de Clisson, alors leur propriété, devenu depuis l'iiôtel de Soubise. Aux yeux de