‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 79 sur 347 · SERMONS LNÉDITS DE BOURDALOUE ET LES CARÊMES DE 1G · texte numérisé non relu

SERMONS LNÉDITS DE BOURDALOUE ET LES CARÊMES DE 1G

Efficacité de la prédication de Bourdaloiic. — La critique et les serinons de 1G74 à 1680. — Sermons inéilits. — Le discours de vêlure de M"" d'Elbeuf. — Richesses oratoires contenues dans le )naniiscrit de Plielipeaux. — La station de 16S0 à la cour. — Le mariage du Dauphin. — L'ascendant de Bourdaloue sur Louis XIV et sur les courtisans. — Un sermon ayant sa date. — La Passion de Jésus- C/irisf. — Les puissances du monde devant la croix. — Le remède à nos désordres. — Jugement de M"" de Séviffné. — Plusieurs sermons faussement attribués au Carême de 1680. — Raisons à l'appui de notre opinion. — Le Carême de 1682. — Le sermon d'ouverture. — Critiques et mécontentement de certaines grandes dames à propos du Sermon sur l'Impurelé. — Ce vice, signe et principe de réprobation. — Il aveugle, il asservit, il désespère. — Le prédicateur justifie son langage. — « Ce que j'ai dit n'a pas plu au monde.» — Sermon sur la Conversion de Madeleine. — Elle aima Dieu et commença à se haïr. — Elle aima Dieu et purifia son cœur. — Elle aima Dieu et sacrifia toutes ses vanités. — Elle aima Dieu et le glorifia par sa pénitence. — Le Sermon sur la Communion jmscale. — Il faut être disciple de Jésus pour le recevoir. — « Aux mondains, fussent-ils des conquérants et des monarques, nous le leur défendons. » — Dieu ne peut être mêlé aux troubles des passions. — Le Ser)non sur le BetardemenI de la pénitence. — A ceux qui prétendent avoir le temps de se convertir. — Louis XIV à ces discours. — La mort de la reine. — Un sermon resté inconnu et dont parle M"-" de Sévigné. — Sainte indépendance du prédicateur. — Retour du roi à la vertu. — Menus détails et rapides extraits sur les stations données dans l'intervalle de IfiSM à 16S9.

La prédication de Bourdaloue avait atteint à sa plus haute perfection, elle exerçait sur les meilleurs esprits un empire incontesté. La ville et la cour en

appréciaient refficacité aux conversions qu'elle opérait. Le roi, en dépit de ses passions, subissait ses salutaires influences, son âme éprouvait les premiers ébranlements qui annoncent l'entrée de la grâce dans les cœurs. Bourdaloue était tout à la fois un érudit, un orateur, un apôtre, et, partant, une tète, une autorité, un exemple. Il n'y avait pas clicz lui, ce que l'on prend trop souvent pour le talent et le mérite, un vernis artificiel, mais un fond prodigieusement riche en idées justes et en nobles sentiments. Sa parole possédait l'éclat de la vérité, et, comme elle en reflétait la clarlé et la sincérité, elle était souverainement décisive et efficace. Débordante de conviction, resplendissante de lumière, affranchie de tout apprêt et de toute convention, supérieure à toute crainte, cette parole subjuguait les esprits et les cœurs. En l'écoutant, on entendait mieux que les mots, tant la vérité s'imposait et tant la pensée tirait sa force d'elle-même. Bourdaloue était un semeur de pur froment, et il recueillait à brassées une moisson de divins épis.

Du Carême de 1674 au Carême de 1680, la critique, dépourvue de preuves, ne parvient à assigner ni rang, ni date aux sermons de Bourdaloue. On ne connaît des discours prononcés durant cet intervalle que celui de la prise d'habit dune des demoiselles d'Elbeuf, filles de Charles de Lorraine et nièces du cardinal de Bouillon, entrées toutes deux à la Visitation, l'aînée au couvent du faubourg Saint-Jacques et la cadette au couvent du faubourg Saint-Ger-

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main. Tout document fait défaut sur cette période oratoire et, à part quelques indications générales et sommaires, éparses dans les journaux du temps, dans la correspondance de M'"'' de Sévigné et dans une lettre de Bourdaloue au maréchal de Gramont', rien, au point de vue de l'histoire et de la chronologie, ne vient en aide à la critique. On en est réduit à constater que le célèbre jésuite prêcha le Carême à Saint-Germain-l'Auxerrois en 1675, à la cour en 1(376-, à Rouen en 1677, à Saint-Sulpice en 1678^, à Saint-Jacques-de-la-Boucherie en 1679. Il est même à remarquer ([ue Bourdaloue, qui donnait régulièrement une station à la cour tous les deux ans, nV reparut, a])rès le Carême de 1676, qu'en 1680. Quelle fut la cause qui l'empêcha d'occuper la chaire royale comme d'habitude ? On ne la connaît p<is.

Quant au Sermon de la Vê tare de il/"" d'Elbeuf, ici encore, la lumière n'est pas complète. Ce sermon fut-il prononcé pour la prise d'habit de l'aînée Marie-Eléonore, née en 1658, ou pour la prise d'habit de la cadette Marie-Françoise, née en 1650 ? Celle-ci était connue dans le monde sous le nom de M"'' de Lillebonne, tandis que sa sœur portait le nom de M"" d'Elbeuf. Le P. Chérot inclinerait à croire que Bourdaloue aurait prêché ce sermon pour

\. Lettre du 26 mars 1G"Î7.

2. D'après le Memuiiana, c'eût été au cours de cette station que Condé, voyant IJourdaloue monter en chaire, aurait dit : « Voici les ennemis. »

3. Cette même année, Bourdaloue prêcha 1". lue/;/ à Saint-Ger\ais.

SEHMONS INÉDITS ET CAREMES DE 1680, 1682, 1683. 125

la cérémonie de la vèture de Marie-Françoise au couvent de la Visitation du faubourg Saint-(jerniain. Il présume qu'il parla pour la plus jeune des deux sœurs, parce que, d'après les Annales de la Visitation, il dirigea iVfarie-Xavier ^ pendant vingt ans et parce ({ue celle-ci aimait fort i"i entendre et à lire ses sermons^. D'autre part, Marie-Eléonore n'avait pas de rapi)oi'ts de direction avec Bourdaloue; il n'est pas fait mention de lui dans sa Notice, cl nous serions porté à adopter l'opinion en faveur de sa sœur, aussi connue, si ce n'était davantage, sous le titre de AI"" d'I'^lbeuf que sous celui de M"" (le Lillebonne. Nous ne pensons pas que la dénomination familiale i)atronimique (M"^ d'Elbeuf) donnée à Marie-Eléonore soit un titre assez personnel pour croire que le sermon s'a|)pliqua à elle et (|u'il fut |>rononcé à la cérémonie de sa prise d'habit. On désignait les deux sœurs sous une seule et même Mppt'llalion, sans leur assigner de titre particulier; on disait simplement, pour l'une et pour l'autre, les demoiselles d'Elbeuf-^

Quoi qu'il en soit, du reste, que le sermon de Bourdaloue ait été prononcé pour M"^ de Lillebonne ou pour M"*" d'Elbeuf, les deux sœurs étaient dignes d'avoir l'éloquent jésuite pour prédicateur. Les

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