Ibid
SERMONS INÉDITS ET CARÊMES DR IfiSO, 1682, lf)83. 159
l'esprit les plaintes qui s'étaient produites, il y avait quelques jours à peine, mais cela ne l'empêchait pas de s'élever contre les débordements d'un luxe dont les excès étaient à ses yeux non moins audacieux que criminels.
Enfin Madeleine répara le scandale de son péché, a Le scandale du péché, ce sont les pernicieux exemples. Pécheresse connue dans toute la ville par sa vie mondaine et déréglée : Madeleine aima; et désormais, autant qu'elle s'était déclarée pour le monde, autant voulut-elle se déclarer pour Jésus-Christ. Elle ne chercha pas à lui parler en secret, elle voulut que ce fût au milieu d'une nombreuse assemblée. Elle ne craignit point ce qu'on dirait, au contraire, elle voulut que le bruit s'en répandît de toutes parts. Elle prévit tous les raisonnements qu'on ferait, toutes les railleries qu'elle s'attirerait, et c'est justement ce qui l'engagea à rendre son changement public. Pourquoi? afin de glorifier Dieu par sa pénitence autant qu'elle l'avait déshonoré par son désordre; afin de gagner à Dieu autant d'àmes par sa conversion qu'elle en avait perdu par ses fautes; afin de se mieux confondre et mieux punir. C'est pour cela qu'elle entre dans la maison de Simon le pharisien avec une sainte audace. Elle n'avait rougi de rien pour satisfaire ses passions, elle ne rougit de rien lorsqu'il s'agit de faire au Dieu qu'elle aime une solennelle réparation. On l'avait vue dominer dans les compagnies, et maintenant elle veut être vue prosternée en suppliante. On avait été
ICO BOURDALOUE
témoin du soin de se parer et de s'ajuster, de se conformer aux modes et d'en imaginer de nouvelles, et maintenant elle veut qu'on soit témoin du mépris qu'elle en fait'. » Bourdaloue connaît bien tous les trt'sors de générosité renfermés dans le cœur de Madeleine, aussi fait-il admirer l'héroïsme de ses réparations. La femme, agenouillée aux pieds de Jésus, vaincue d'abord par la faiblesse de sa nature, a flétri son nom, sa jeunesse, sa beauté, son âme, tout son être, mais, en dépit de ses grandes fautes, elle se ressaisit, elle ex|)ie, elle se réhabilite, et, par la grâce toute-puissante de Dieu, elle triomphe enlin d'elle-même et atteint à la plus éminente sainteté.
Le sermon su?" la Communion pascale fait encore partie du Carêmp de 1682. Bourdaloue y compare l'entrée du Sauveur dans les âmes à son entrée dans Jérusalem, et, de môme qu'il fut reçu par les disciples et les pharisiens dans la ville sainte, de même il est reçu par les justes et les pécheurs dans la communion. L'accueil des disciples donne l'idée de la communion digne et sainte, l'accueil fait par les pharisiens donne l'idée de la communion indigne et sacrilège. «Il faut être disciple de Jésus-Christ pour mériter de le recevoir, il ne suffit pas de l'être par une profession extérieure, il faut l'être en esprit et par sentiment de religion. Le Maître a déclaré qu'il ne voulait faire la pàque qu'avec ses disciples ; qu'il n'y ait donc personne assez téméraire pour prétendre à celte pàque,