LE PRÉTENDU SERMON DE BOURGES
Tu parais : il suffit, et ton action muette,
Non moins que la parole, enseigne le devoir.
C’est là de l’orateur l’art suprême. A le voir
Quand il agit, on peut reconnaître un prophète.
Ton seul aspect t'a fait grand prophète aujourd'hui : Parmi nous : tant 1l vaut les paroles de vie.
Bourges comme Paris dira (c'est son envie) :
Nul n’agit, nul jamais ne parla comme lui.
Il semble bien que si la tradition d’un premier sermon, sermon révélateur et entouré des circonstances à effet que suppose la légende, avait été vivace, le P. de Fourcroy n'aurait pas manqué de le rappeler.
Il faut donc conclure que le récit circonstancié, mais tout moderne, du sermon devant l’archevêque Montpezat de Carbon, perd beaucoup de son crédit.
Ce qui semble le confirmer encore, c'est qu’une épigramme du même auteur composée apparemment, d’après sa place dans le recueil, un certain temps après le premier reproche, reprend le même thème, et prouverait qu'en un nouveau voyage à Bourges, l’orateur avait persisté dans son silence.
Il est fâcheux que cette épigramme ne soit point datée, car elle nous fournirait l’époque exacte d’un retour de Bourdaloue dans sa ville natale, soit à la suite d’un carême, à titre de repos (comme le voyage fait au temps pascal, qu'une autre épigramme atteste encore, montrant Bourdaloue à Bourges, le dimanche du bon Pasteur), soit pour sa retraite annuelle !, ainsi qu'il se peut conclure du utre même de cette seconde épigramme contre le silence de Bourdaloue.
1. Ce doit être en janvier cependant que Bourdaloue faisait sa retraite annuelle, d'après l'expression du P. Martineau dans sa Lettre sur la mort de Bourdaloue : « Les premiers jours de chaque année, il les consacrait à la retraite. » Mais était-ce une coutume invariable ?