L'EXCLAMATION DE GRAMONT
Le lendemain de la déclaration de guerre à la Hollande, la cour quitte Versailles pour rentrer à Saint-Germain. C'était le 8, vendredi de la cinquième semaine, fête de la Compassion de la sainte Vierge. Le voyage fit-il tomber le sermon ? Est-ce à Versailles dans un des sermons de la rvw où vue semaine, est-ce le 10, au jour des Rameaux, à Saint-Germain, que Gramont poussa sa fameuse exclamation? Impossible de le savoir; M" de Sévigné, écrivant le 13, dit seulement l’autre jour :
Le maréchal de Gramont étoit l’autre Jour si transporté de la beauté d'un sermon de Bourdaloue, qu'il s’écria tout haut en un endroit: « Mordieu, il a raison! » Madame s’éclata de rire, etle sermon en fut tellement interrompu qu'on ne savoit ce-qui en arriveroit 1,
Labouderie en concluait que c'était au commencement de la semaine sainte. Mais expression de M"* de Sévigné écrivant le 13, mércredi saint, ne peut s'entendre du jour même, à peine de la veille ou de lavant-veille, Donc, bien qu'elle ne soit point invraisemblabile pour le jour des Rameaux, l'aventure en somme n’a point sa date. Quant à la reporter au commencement du carême, « des raisons de haute convenance, comme dit M. l'abbé Pauthe?, portant à le croire », J'avoue que je n’y inchine guère et ne vois point de motif suffisant. Le mot «lautre jour » n’a point une portée si lointaine. Mieux vaut avouer que l’évènement reste flottant à travers ce carême, à l’un des jours, point trop éloignés du 13, où Madame entendit Bourdaloue. Elle y était au 25 mars, qui déjà est bien loin, et aussi au 10 avril.
10 avril, dimanche des Rameaux. — Gazette: De S. Germain le 16 avril 1672. Le 10, Dimanche des Rameaux, Leursdites
Majestez accompagnées de Monsieur & de Madame, de Mademoiselle d'Orléans, & du Prince de Condé, assisterent à la Benediction des
1. Sévigné, t ur, p. 18. Bretonneau, dans sa Préface, y fait allusion, mais généralise : « Combien de fois s'est-on écrié dans l'auditoire qu'il avoit raison, & que c’estoit là en effet l'homme et le monde...»
D'RPaUtRe, 10-103
Palmes, à la Procession qui se fit en la cour du Vieux Chasteau, & la Messe chantée par la Musique dans la Chapelle. L’apresdinée, Elles y entendirent pareillement la Prédication du P. Bourdaloüe, lesuite, qui s’y fit, selon sa coûtume, admirer de toute la Cour : puis Vespres, encor, chantées par la Musique, où Monseigneur le Dauphin se trouva, aussi, avec leurs Altesses Royales 1,
15 avril 1672, vendredi saint (au matin). — Gazette : Le 15, Leurs Majestez entendirent, dans la Chapelle du Vieux Chasteau, le Sermon de la Passion que le P. Bourdaloüe fit avec une merveilleuse satisfaction de toute la Cour, & ensüitte Elles assistèrent au même lieu, à l'Office du matin 2...
17 avril, Pâques. — Gazette: Le 17, Feste de la Resurrection, la Reyne communia pareillement en la Paroisse... Elle assista avec le Roy & Monseigneur le Dauphin à la grand Messe, célébrée, aussi, dans la Chapelle du Chasteau, par le cardinal de Boüillon…
L'apresdinée Elles (Leurs Majestés) entendirent au mesme Lieu, la Predication du Pére Bourdaloüe, qui s'en aquitta, encor, avec
beaucoup de succez: puis Vespres chantées par la Musique où le Cardinal de Bouillon officia 3.
Le sermon du 17 clôturait la station à la cour. Ce serait donc aussitôt après ce carême que Bourdaloue serait allé à Basville, car le mariage du fils cadet de Lamoignon, le futur intendant du Languedoc avec Anne-Louise Bonnin de Chalucet, est du 18 avril, lundi de Pâques 1672‘. Or ce serait aux fêtes célébrées en l'honneur des époux que Boileau avoue avoir commis cette pénible chanson en quatre strophes qu'il intitule : Chanson à boire, faite à Bâville où étoit le P. Bourdaloue. La date est cependant approximative.
Des trois « muses en habit de ville» dont Boileau a donné les noms, dans le commentaire qu'il écrivit à