‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 231 sur 367 · LA MORT DU COMTE DE GUICHE · texte numérisé non relu

LA MORT DU COMTE DE GUICHE

tout d’abord apaisé la vive douleur du pauvre maréchal. Le tableau a été peint par M" de Sévigné : il ne peut être refait

Ce pauvre garçon, écrit-elle dans sa lettre du 8 décembre, est mort de maladie et de langueur dans l'armée de M. de Turenne. La nouvelle en vint RUE matin, Le P. Bourdaloue l’a annoncée au maréchal de Gramont, qui s’en douta, sachant l'extrémité de son fils, Il fit sortir tout le monde de sa chambre. Ilétoit dans un petit appartement qu'il a en dehors des Capucines. Quand il fut seul avec ce Père, il se jeta à son cou, lui disant qu'il devinoit bien ce qu'il avoit à lui dire ; que c’étoit le coup de sa mort, qu'il la recevoit de la main de Die qu'il perdoit le seul et véritable objet de toute sa tendresse et de ie son inclination naturelle ; que jamais il n’avoit eu de sensible joie ou de violente douleur que de la part de ce fils qui avoit des choses admirables : il se jeta sur un lit, n'en pouvant plus, mais sans pleurer, car on ne pleure point ; le Père pleuroit, et n’avoit encore rien dit ; enfin il lui parla de Dieu comme vous savez qwil en parle. Ils furent six heures ensemble ; et puis le Père, pour lui faire faire ce sacrifice entier, le mena à l’église de ces bonnes capucines, où l’on disoit vigiles pour ce fils. Il y entra en tombant, en tremblant, plutôt traîné et poussé que sur ses jambes. Son visage n’étoit plus connoissable, Monsieur le Duc le vit en cet état ; et en nous le contant chez M®° de La Fayette, il pleuroit. Le pauvre maréchal revint enfin dans sa petite chambre. Il est comme un homme condamné, le Roi lui a écrit. Personne ne le voit f.

Peu importe que, moins de trois semaines après cette scène déchirante, la grande mobilité de nature de Gramont ait amené M de Sévigné à écrire, le jour de Noël, en ce même avent de 1673 :

Ha! fort, fort bien, nous voici dans les lamentations du comte de

Guiche : hélas! ma pauvre enfant, nous n’y pensons plus ici, ni même le maréchal, qui a repris le soin de faire sa cour ?.

Cela donne seulement la note du monde et de la cour devant laquelle Bourdaloue n'avait donc pas si grand tort de tonner souvent, et aussi de la pauvre et inconstante

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