JUGEMENT DE M'° DE LA VALLIÈRE
date même de sa lettre, que pense M" de la Vallière dans sa lettre au maréchal de Bellefonds, du 4 mars.
Nous avons le Père Bourdaloue qui fait des sermons admirables ; Je tâche d’en profiter; je voudrois que vous les entendissiez, je suis sûre que vous en seriez content; et comme vous êtes confirmé dans le bien, et que je ne suis qu'une misérable, pleine de défauts et de foiblesses, je ne sçai pas en tirer l'avantage que je pourrois 1.
11 mars, dimanche de la Passion.
18, dimanche des Rameaux. — Une autre lettre de M"° de la Vallière, celle où elle annonce sa sortie de la cour, datée du 19 mars, parle de la Passion prêchée par Bourdaloue. S’agirait-il d’une lettre mal datée, ou mieux commencée dès le lendemain des Rameaux, puis achevée seulement au vendredi-saint, sans que la date initiale ait été modifiée ? Ou bien M"° de la Valère parlerait-elle du sermon de la veille, à supposer que ce fut le discours sur le Triomphe de la croix, qui pourrait au senslarge s’appeler une Passion ? ? Le sens le plus naturel conduit à pencher pour la première hypothèse ; car on n’appelle guère Passion un sermon des Rameaux, quel qu’en soit le sujet, ni le discours prêché le jour du dimanche de la Passion, qui tombait cette année-là le 11 mars. Parlant du prédicateur auquel elle songe pour sa vêture au Carmel :
Je perds M. de Condom, écrit-elle. Mgr le Dauphin fait le voyage (en Franche-Comté). Je l'avais engagé à faire le sermon de la prise d'habit. S'il n'est pas revenu dans le tems que l’on me jugera capable de le prendre, je crois que je choisirai le père Bourdaloue. IT nous a prêché une Passion merveilleuse et propre à toucher les plus endurcis; je lai même entretenu, il y a peu de jours ; il me plaît fort, et #7 est tellement pénétré des vérités qu'il prêche que cela fait plaisir 8...
Ce trait de Bourdaloue plein de ses sujets et pénétrant
1. Lair. Louise de la Vallière et la Jeunesse de Louis XIV. Paris, Plon, 1881, in-8, p. 362. Romain Cornut, Les Confessions, etc., append,., p.349;
9, Sermons inédits, p. 201.
3° Lair. Ibid., p. 363. Romain Cornut, p. 352.
parce qu'il est pénétré, pour ne nous apprendre rien de nouveau, n’est pas moins à recueillir. Du reste, comme Pa fort bien dit Mgr Blampignon, «plaire à la Vallière repentie estune bonne marque t», et Bourdaloue pouvait se consoler du propos que l’on prête à M" de Montespan jugeant € qu'il prêchait assez bien pour la dégoûter des autres prédicateurs, mais pas assez pour remplir l’idée qu’elle avait d’un prédicateur. »
Rattacher cette parole au carême de 1674, ou l’attribuer à la mauvaise humeur d’une rupture, pour essayer de dater la parole de Bourdaloue relative à la retraite à Clagny (d’autres ana disent Glatigny) c’est peut-être perdre sa peine. Des auteurs ont essayé vainement de mettre d'accord entre eux les divers récits relatifs au « jubilé inefficace » qui sépara pour un temps très court M” de Montespan de Louis XIV. Les mémoires de M" de Caylus parlent du Jubilé de 1676 ; les correspondances du temps ont fait placer la rupture en 1675, ce qui ne fait pas le compte de ceux qui veulent «placer » le mot de Louis XIV à Bourdaloue achevant son carême : « Mon Père, vous devez être content, M de Montespan est à Clagny. » Aussi les uns rapportent la scène à l’année 1676, les autres, comme le P. Lauras, la mettent en 1674. Nous n’entrerons pas dans un débat pour dater un mot dont l’authenticité ne nous est guère plus sûre que le légendaire Tu es ille vir, que nous rencontrerons à son heure ?. Bornons-nous au certain, sans nous demander même avec le P. Lauras et les autres * quel fut le sujet de la touchante Passion entendue par M" de la Vallière. (ontentonsnous d’en avoir la date.