Histoire des Princes de Condé, t. vir, p. 755, note
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Nous verrons bientôt que le bruit et les conversations dans les églises ne sont pas un phénomène insolite et 1l n’est point jusqu’à l'expression «les ennemis », au pluriel, et le fait que Condé la jette tout haut, comme ferait un huissier criant silence, qui ne soit bien dans la note du temps. Comme le Menagiana indique explicitement le carême de Saint-Sulpice, il n’y a aucune raison pour s'inscrire en faux. Condé, depuis qu’il avait délivré, le 22 août 1679, Haguenau assiégé par Montecuculli, ne faisant plus campagne, peut fort bien avoir entendu Bourdaloue à Saint-Sulpice ; quant à conjecturer en quelle fête, c’est plus aléatoire. Est-ce au jour de l’Annonciation, qui était le vendredi de la quatrième semaine ? Est-ce, comme jadis au carême de 1630, à la Maison professe, le lundi de Pâques ? Est-ce le dimanche des Rameaux, ce que la présence de Monsieur rend moins vraisemblable? Autant de solutions dont la probabilité est également faible. Heureusement la fin du carême nous donne quelques dates, plus un sermon entier, dûment assigné à son vrai Jour et bien encadré dans l'histoire.
Leavril. — Le vendredi 1° du mois, écrit M. Bourbon, M. Tronson a esté au sermon du P, Bourdaloüe pour la première fois du caresme.
3 avril, dimanche des Rameaux. — Ce jour-là la même relation nous apprend que «M. le président de Bretonvilliers fait retenir une place au sermon par M. Bourbon. » Bien que ce mince détail ait son prix, nous rappelant avec divers autres, que le concours auquel nous ont fait assister tous les documents du temps, ne discontinuait point et qu'on se disputait le moyen d'entendre Bourdaloue, nous avons mieux en ce dimanche des Rameaux. C’est ici que se place un joyau, tiré des copies contemporaines, un sermon se datant et s’autorisant lui-même, et malgré le silence de la Gasette, certainement placé à son jour et devant son auditoire t. Il faut citer ici lexorde qui nous a
l. V. Sermons inédits, pp. 259-281.
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permis de le reconnaitre et de le situer à coup sûr. Voici en effet comment débute le sermon des Rameaux, prêché devant Monsieur. Celui-ci, à pareille date liturgique, Je dimanche 11 avril 1677, avait remporté la bataille du Mont-Cassel, célébrée avec tant de pompe danses journaux du temps. Ce sont les palmes de cette journée qui inspirent à Bourdaloue l’idée du curieux début qu'on va lire.
Après avoir posé sa « question » sur la réception insolite qui accueilie et fête, à son entrée à Jérusalem, Jésus qui, les années précédentes, y pénétrait, presque sans être remarqué, 1l en fait une application aux Pâques prochaines et à la communion que préparent ses auditeurs. Alors insérant son compliment :
Mais il semble, Monseigneur, continue-t-il, que le Saint-Esprit ne me met aujourd'hui ces paroles de mon texte dans la bouche que pour en faire une heureuse aussi bien que véritable application à Votre Altesse. Le Sauveur du monde n'a pas seulement pris la qualité de Prince de la paix, Princeps pacis, mais il a encore pris la qualité de vainqueur, de conquérant, et la foi nous apprend que cette qualité lui convient si justement que si les princes ou les rois du monde gagnent quelque victoire, ou remportent quelque bataille, règnent avec succès, reçoivent quelques honneurs où quelque gloire dans leur royaume ; c’est à lui qu’ils en sont redevables, Per me reges regnant.
Ainsi, c'est par lui, Monseigneur, que vous avez été distingué en tant d'occasions honorables, C’est par lui qu'à pareil jour qu’aujourd’huy, Votre Altesse joignant il y a un an, les palmes d’une glorieuse et heureure victoire à celle de Jésus-Christ, se couronna d’une gloire qui ne finira jamais. C’est par lui que Votre Altesse gagna cette mémorable bataille de Cassel qui a jeté tant de confusion parmi les ennemis et qui a si fort augmenté la gloire et les triomphes de la France. C’est par lui que rentrant de cette expédition dans cette grande ville, vous fûtes reçu avec tous les applaudissements d’un peuple qui vous chérit, et de toutes les caresses du plus illustre et du plus grand des monarques...
De là le prédicateur, longuement, sinon insensiblement, revient à ce sujet de la confession, qu'il avait déjà donné peut-être dès le premier avent de la cour en 1670, et
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qu’en tout cas il est aisé de retrouver, sauf les différences de forme, dans le sermon de même titre que notre manuscrit sur la Sévérité de la Pénitence. Rien ne serait plus facile que de commenter en détail, à l’aide des Gasettes, des relations militaires, du Mercure galant, et autres documents de 1677, chacune des expressions de ce compliment. Un volume ou numéro du Mercure, rempli des pièces de vers, sonnets, madrigaux, odes et chants de toutes sortes, dédiés à Monsieur « après sa victoire », donne une idée du succès que dut avoir, à un an de distance, l’ingénieuse, trop ingénieuse idée peut-être, de rapprocher les palmes du Sauveur de celles du vainqueur de Cassel. Il est vrai que la date liturgique y invitait. En tout cas l’idée fut reprise, car à plusieurs années de là, un prédicateur, à qui, dit-on, Bourdaloue trouvait trop d'esprit, «plus qu'il n’en faut pour bien prêcher », l’abbé Boileau! ramenait, sans peur d’être accusé de plagiat, le rapprochement des palmes. Disons mieux, pour varier sans doute et parce qu'il prêchait une Passion, il opposait aux trophées de sa victoire de Cassel, les épines du Sauveur. Ainsi les orateurs d'autrefois ne craignaient pas d'emprunter à leurs rivaux des traits connus et publics. On lit en eftet au Mercure galant du mois d'avril 1683 :
Quant à Mr l'Abbé Boileau, l'esprit a si fort paru dans tous ses sermons qu'on n'y trouvoit pour défaut qu'un trop grand accablement de belles choses. Aussi la reputation qu'il s’est acquise dans la chaire de Saint-Germain l’Auxerrois a fait tant de bruit, que Monsieur ayant souhaité l'entendre, se rendit exprés dans cette Eglise le Vendredy Saint, accompagné de Madame & de Mademoiselle. Il connut que c'estoit avec justice que le Public parloit si avantageusement de cet Abbé. Dans le compliment qu’il fit à ce Prince, il dit, Que puisqu'il avoit triomphé en remportant la fameuse Bataille de Cassel le mesme Jour que le Sauveur du monde estoit entré dans Jérusalem
1. Nous retrouverons en 1683 cet abbé Charles Boileau, un des rivaux de Bourdaloue,