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discours que j'ai eu l'honneur de vous faire, et que vous avez semblé approuver par le concours et l'assiduité exacte dont vous n'avez
honoré.
C'était formellement le discours final d’un carême ; le discours qui vient ensuite sur la Rechute, pour le mardi de Pâques aurait pu trahir le caractère composite de la collection, mais ni les libraires ni les acheteurs n’y regardaient à ce point. On leur donnait du « Massillon », on leur en eût fait, au besoin, comme jadis du « Saint- Evremond' », et le public, par son empressement à enlever les éditions, témoignait qu'il était content. Du reste Poncet de la Rivière était lui-même en faveur alors. I] allait prêcher à la cour l’avent de 1307, puis bientôt le carême de 1715.
Ainsi ces réclamations n’ébranlaient guère les contemporains. Mais depuis, bon nombre de critiques ont pris au sérieux les protestations des auteurs au point de refuser tout crédit aux œuvres « protestées » de la sorte par les orateurs mis en cause. Lorsque parut en 1708 une réédition des sermons de Massillon, à Trévoux, tellement la première avait eu sans doute un débit rapide, du Pin, dans sa Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du dix-huitième siècle, lui accorda les honneurs d’un compte rendu. Il s’y montre singulièrement sceptique sur la sincérité des désaveux de ce genre, et il écrit, avec une malice un peu lourde :
Les Prédicateurs ont autant de chagrin que l’on donne au Public leurs Sermons de leur vivant, que les autres Auteurs ont de joie de
1. « Dès l’année 1668, écrit des Maizeaux dans sa Vie de Saint-Evremond, on avoit.imprimé à Paris quelques ouvrages de Mr de Saint-Evremond,
mais si pleins de fautes, qu'il avoul de la peine à s'y reconnoutre. — On voit que ces mots sont la « formule reçue », et que les prédicateurs n'étaient pas seuls exploités par les « Libraires ». — Ils furent néaniwoins
si bien reçus du Public, que le Sieur Barbin, qui les avoit imprimés, employa toute sorte de moyens pour en avoir davantage... Un homme de Lettres se trouvant un jour chez un Auteur qui écrivoit assez poliment, Barbin y arriva et s'adressant à cet Auteur: Hé, Monsieur, lui dit-il, je vous.prie, faites-moi du Saint-Evremond, je vous donnerai trente pistoles ; vous m'en avez déjà bien fait dont j'ai été content. » Œuvres de Mr de Saint-Evremond, 4° ed. Amsterdam, 1726, p. 269.
voir paroître leurs ouvrages, Il n’est pas difficile de concevoir les raisons de cette peine. Les Predicateurs mediocres qui imposent par le débit, doivent s'attendre que l’impression de leurs Sermons les fera connoître tels qu'ils sont, & diminuëra beaucoup la réputation du Predicateur. Les plus excellens Predicateurs dont les Sermons séront autant admirez sur le papier que lorsqu'ils les debitent eux-mesmes dans les Chaires, ont tout lieu de craindre que la facilité que l'on aura de les lire en son particulier ne rende leur auditoire moins nombreux. Aprés tout il est désagréable qu’en montant en Chaire on sçache ce que vous allez dire, & que l’on puisse lire vôtre sermon en même tems que vous le recitez. Un Prédicateur préche ordinatrement tous les ans les mêmes Sermons ou il y change peu. I en peut avoir un petit nombre de tout neufs, mais il est impossible qu'il en fournisse toujours de nouveaux. Il arrive encore que ces Sermons étant imprimez à l’insçu de celui qui les a composez, sur des copies infideles faites par des copistes qui les écrivent en les écoutant sont imparfaits & pleins d’obmissions, d'additions et de fautes. Les Prédicateurs à qui ces Editions déplaisent les désavoüent, sans néantmoins délromper le public en donnant eux-mêmes leurs Sermons comme ils les ont composez & recitez 1...
Il est certain qu'on attendit jusqu’en 1745 à publier les œuvres de Massillon (mort en 1742) et que Bourdaloue mourut aussi sans avoir édité ses sermons. Ils n'auraient peut-être pas été un démenti si radical aux éditions de de 1692, si l’on en juge par la comparaison des sujets communs aux deux publications. Dans son article d’une franchise rude, du Pin paraît avoir rencontré juste. Tout en désirant croire sur parole la réclamation officielle du Journal des Savants, on ne peut guère ajouter une foi aveugle à ces déclarations nécessaires.
Rien ne contribue autant à les ébranler que la ressemblance plus que fortuite entre les sermons édités par Bretonneau, et ceux de ces éditions, déclarées créées de toutes pièces. Quant au fond du moins, il est aisé de reconnaitre les mêmes discours, Mais le désir de ne pas se voir imprimés avec le laisser-aller que des remanie-
1. Bibliothèque des Auteurs ecclésiastiques du dix-huitième siècle. 1 partie, t. 1. Paris, Pralart, rue S. Jacques, 1711, pp. 395-396,
ments attentifs auraient fait disparaître, dictait aux orateurs sacrés ces déclarations formelles. Pour renier ainsi leurs œuvres prématurément livrées à l'impression, ils avaient la partie belle, grâce au mélange de discours peu authentiques, ajoutés aux recueils publiés sous leur nom. Les éditions clandestines se discréditaient par ces fausses attributions. (est ainsi que du Pin, maintenant dans son article la valeur de l’édition réprouvée de Massillon, est amené à faire la part du feu dans les sermons attribués à cet orateur :
Il y en a eu l’année 1706, une édition en quatre volumes in-douze, qui a bien-tôt été enlevée. En voici une de cinq, augmentée de plusieurs Sermons. Le P. Massillon les a desavoüez; neanmoins ceux qui l’ont entendu prêcher avant ou aprés l'Impression de ces Sermons en ont reconnu plusieurs, quoiqu'il y en ait quelques uns qui ne sont pas de luit.
Cet aveu formel confirme les revendications de Poncet de la Rivière et prouve qu'il ne faut pas se fier absolument aux attributions imprimées des recueils clandestins, comme pour les copies manuscrites. Mais la portée de Paffirmation de du Pin n’en est pas diminuée, quand il déclare avec assurance et d’après des témoins, que les négations du P. Massillon ne sont pas à prendre à la lettre.
Mais Massillon n’était pas seul à faire le procès des éditions subreptices. Dès l'année 1696, publiant dans un magnifique volume in-quarto, chez Anisson, alors directeur de l'imprimerie royale, deux tomes de Panégyriques et autres sermons, Fléchier écrivait dans sa préface :
J’ay long-temps hésité, si je donnerois au Public ces Panegyriques et Je ne m'y suis enfin déterminé, qu'après en avoir vû courir quelques
PeDunPin Utd ED: 396. — Les mots : qui l'ont entendu prêcher avant et aprés, indiquent que les auditeurs du carème de Saint-Paul, en 1706, devaient avoir été peu ébranlés par l’article du Journal des Savants. CF. plus haut, p. 29.
éditions sous mon Nom, où je n’avois nulle part, où je voyois des sujets, que je n’avois jamais traitez ; et où je ne trouvois de moy, que quelques endroits peu fidéles, et peu corrects, que les copistes prennent à la haste, et presque au hazard dans les Sermons, quand on les prononce. J'ay veû avec quelque peine la liberté que l'on se donne de disposer des ouvrages d’autruy ; et la honte de voir mes Sermons ainsy défigurez, m'a donné la foiblesse ou le courage de les publier tels qu'ils sont 1.
Nous avons déjà rencontré dans Biroat ces gémissements sur le peu de respect des imprimeurs pour la propriété littéraire et aussi cette conséquence, tirée par tous les auteurs pillés, contraints, disent-ils, à donner ce qu'on leur arrache. Ce fut celle du P. La Rue, dans une introduction assez retentissante à l’édition qu'il donna en 1719 de ses sermons, officiellement édités chez Rigaud. Un motif qui n’a pas peu servi « à l’engager à cette entreprise », est de s'être vu exploité par une publication clandestine. Il en fait complaisamment l’histoire dans sa
préface :
Je n'ai pu, dit-il, être indifférent à la manière dont ils (les sermons) furent defigurez, il y a environ treize ans, par un mauvais recueil qui en fut fait à Trevoux, et qui s'est multiplié depuis en plusieurs
autres éditions sur la foi des copistes ignorants et infidèles ?,
L'édition visée ici par La Rue est en effet de 1706. Elle avait pour titre Æecuerl de Sermons sur les Evangiles du Carême et sur divers sujets *, et elle eut probablement, comme les sermons de Bourdaloue édités chez Foppens en 1692 ou le Massillon de 1706, 1708 et 1715, de muluples éditions. La contrefaçon battait alors son plein et il se fit une sorte de ligue contre « les libraires qui se mettaient sur le pied de trafiquer à leur profit de la
1. Panégyriques et autres Sermons préchez par Messire Esprit Flechier, evesque de Nismes, cy-devant aumônier ordinaire de Madanre la Dauphine. Paris, Anisson, 1696, in-4. Préface.