COMPLIMENT A LA DAUPHINE
Je voudrois, Madame, écrit-il à sa correspondante imaginaire, pour votre entiere satisfaction, pouvoir recouvrer le compliment que le Pere Bourdaloüe qui presche le Caresme devant leurs Majestez 1, fit dernièrement à Madame la Dauphine. Le Roi et la Reyne ne s'estant point trouvez au Sermon de ce jour-là, il prit occasion d'adresser la parole à cette Princesse, & tout ce qu'il luy dit fut si finement tourné, qu’elle ne l’admira pas moins que tous ceux qui l’entendirent.
Regrettons que le Mercure ne nous mette pas à même d'admirer, avec plus de compétence que la princesse nouvellement arrivée de Bavière, le salut de bienvenue « finement tourné » qu'il nous signale. Les copistes furent-ils moins habiles ou l’orateur moins empressé à communiquer son manuscrit, toujours est-il, qu'au lieu de trois ou quatre pages de texte que le Mercure ne manque point d'insérer quand il s’agit d’un morceau de Fléchier ou de Mascaron, plus épris — on l’a fort justement noté? — de la gloire de bien dire, le nouvelliste est contraint de nous réduire à une sèche analyse. On peut toutefois, sauf le désir bien légitime de retrouver quelques lignes de Bourdaloue, ne point trop se plaindre de constater que notre orateur ne recourt pas à la réclame du Mercure galant.
27 mars, mercredi après le troisième dimanche. — M"° de Sévigné, qui était venue voir la nouvelle dauphine, écrivait deux jours après :
A Paris, vendredi 29 mars 1680.
... J’étois avant-hier tout au beau milieu de la cour ; M" de Chaulnes enfin m'y mena...
Nous entendîmes, après dîner, le sermon du Bourdaloue, qui frappe toujours comme un sourd, disant des vérités à bride abattue,
parlant contre l’adultère à tort et à travers : sauve qui peut, il va toujours son chemin. Nous revinmes avec beaucoup de plaisir : la
1. On voit que la formule : qui presche le caresme, etc., est beaucoup moins rigoureusement « consacrée » que ne le croyait Feugère. Cf. p.512.
2, L. Lehanneur, Mascaron d'après des documents inédits, ch. 1v, pp. 80-85.
Guénégaud étoit avec nous, qui n'avoit bougé de chez M. Colbert; la Karman étoit aussi des nôtres : je leur promis qu’à moins d'une Dauphine, j'étois bien servante, à mon âge et sans affaires, de ce bon pays-là ....1
Avec modération du reste, l’annotateur des Lettres de M°" de Sévigné rappelle que le sermon des éditions, pour le mercredi de la troisième semaine, sur la parfaite observance de la loi, & contient vers la fin de la première partie, un morceau d’une application bien directe et bien frappante : «Il vous plaît d'entretenir encore quelque commerce avec cette personne... » On doit répondre que l’application à l’adultère royal, quoique possible, est au moins InOpportune dans un sermon prêché devant la reine en l'absence du roi?. L’allusion après tout, bien que nous sachions ce que veut dire, à la chapelle royale, « frapper comme un sourd», a-t-elle de quoi justifier la lettre de M"* de Sévigné? Le P. Lauras a donc eu tort d'adopter avec tant d’assurance cette hypothèse, qui n’a d'autre base réelle que la coïncidence liturgique avec le carême imprimé. C’est une chance bien minime que sur les six carêmes prêchés à la cour, ce soil à celui-ci que se rapporte le sermon entendu par M"de Sévigné. Ce serait d'autant moins probable que le sermon du 2 février, s’il a bien été celui dont la péroraison et l’exorde conviennent à l’année 1680, détournerait, ,par son sujet de l'Obéissance à la loi divine, d'admettre, pour la même station, un sujet aussi voisin que la Parfaite observance de la loi. Or nous avons vu