SERMON DE L'ANNONCIATION
conclut que «la station quadragésimale ne commencç: en 1680 que le jour de l’Annonciation. » C’est trop préjuger la valeur de cette formule, qui aurait dù en ce cas se lire au 2 février, véritable ouverture de ce carême, à laquelle fut présent le roi. Il faut en effet seulement constater que le roi ne se trouva, selon la Gazette, à aucun sermon entre le 2 février et le 25 mars. S'il y eut sermon en l'absence du roi, ce fut alors que fut prononcé le compliment à la dauphine dont il sera question ci-dessous, et que, pour ma part, j'assignerais plutôt au 27 mars. Lundi 25 mars. — Le vingt cinquième de ce mois, Feste de l’Annonciation, le Roi et la Reine entendirent la Messe et les Vespres
chantées par la Musique de la Chapelle, et allérent apres disné au sermon du Pére Bourdaloue qui presche le Caresme devant Leurs
Majestez 1.
Notons que la Gazette ne signale point la présence, au sermon du 25, ni à aucun autre, de la nouvelle dauphine, qu'elle mentionne seulement au 6 avril, comme marraine d’un fils du duc de Crussol, baptisé par Bossuet, et dont le roi fut parrain. Cette omission ne prouve nullement que la dauphine se priva des sermons, et nous savons par le Mercure qu’elle fut complimentée par Bourdaloue à lun d'eux, et cela, en l’absence du roi et de la reine. Malgré la piété de la jeune princesse, cette abstention s’expliquerait, comme la prétendue déconvenue de La Chaize et de ses confrères dont la marquise écrivait : « Le Bourdaloue n’aura point son âme ?, » Apparemment
1. De Saint-Germain en Laie, le 29 mars. Cf. plus haut, p. 513,n. f. 2. «.... Je crois que Madame la Dauphine nous apporte ici beaucoup de
dévotion, mais malgré qu'elle en ait, il faudra qu'elle retranche les angelus : vous représentez-vous qu'on l'entende sonner à Saint-Germain ? Bon à Munich. Elle voulut se confesser la veille de la dernière cérémonie de son mariage ; elle ne trouva point de jésuite qui entendit l'allemand, ils n’entendent que le françois : le P. de la Chaise y fut attrapé ; il croyoit avoir mené son fait. Ce fut un embarras ou l’on donnera ordre promptement, car cette princesse ne cède point à la Reine pour communier souvent. Le Bourdaloue n'aura point son âme...»
(Lettres de Mme de Sévigné, t. vr, pp. 306 et 307.)
M" de Sévigné rêva que Bourdaloue ambitionnait de devenir confesseur de la dauphine, rêve invraisemblable. Mais, quel que fût l'attrait de Charlotte de Bavière pour les choses de la piété, il devait être peu intéressant pour elle d'entendre des sermons français, avant de connaître celte langue, et le silence de la Gazette pourrait bien avoir ses raisons. Volontiers j'imagine, (pure supposilion), que pour prendre rang officiellement à la place requise par son mariage avec le dauphin, elle assista un Jour à l'office « à son prié-Dieu », comme parlent les annalistes de la cour, et fut complimentée par l’orateur, mais que ce fut apparemment, de toute cette station, l’unique sermon que lui infligea létiquette. Ainsi s’expliquerait que le dauphin n’est, pas plus qu’elle, indiqué avec Leurs Majestés, dans lPauditoire des grandes fêtes, y compris le Jour de Pâques.
Pour dater le sermon que la dauphine entendit ainsi, en l’absence du roi et de la reine, il faut remonter peut-être avant le 25 mars, à quelqu'un des sermons inconnus et problématiques, à placer entre le 20 et la fin du mois. Faut-il en effet, à cause du silence de M" de Sévigné, présente ce Jour-là, exclure le 27°? Quant au 29, c’est bien près de l’apparition du Mercure pour laisser le temps matériel de l’impression. Voici en tous cas le texte de celui-ci. Donneau de Visé, qui avait cité peu auparavant le compliment au roi, fait par Mascaron le 1° décembre 1679 et depuis, l'extrait, plus ancien encore, du sermon de l’abbé de la Broue, « nommé à l'évêché de Mirepoix » prêché au 2 février 1679, sur l'Observation de la loi, sujet classique pour la Purification !, fait allusion au bon accueil qu'ont reçu ces morceaux, regrettant de n'avoir pu se procurer le texte du compliment prononcé «dernièrement » par Bourdaloue.