Paris
?, Volontiers j'atiribuerais ce sermon à l'année 1682, la seule où la
Liste cles Prédicaleurs indique Fléchier pour le premier vendredi de carème. « Aux Nouvelles Catholiques, ruë neuve sainte Anne près la porte de Richelieu. Le premier vendredy de Caresme Monsieur l'abbé Fléchier, le second Monsieur l'Abbé de Breteuille”... le Vendredy Saint, Monsieur l'abbé Anselme, lequel preschera aussi le premier, troisième, cinquième et sixième Dimanche, & Monsieur l'Abbé de Jarry preschera le second et quatrieme Dimanche, Pasques, Quasimodo & le lendemain feste de l'Annonciation, p. 9. »
* Bretteville.
Jr (ee)
Manuscril F.
quelque tradition humaine vous ordonner d'aimer vos ennemis, on ne nous écouteroit guères.
Une foule d’ennemis s’eleueroit contre nous, la nature presen- {eroit ses mouuemens contre ces loix, la raison employeroit ses forces, les passions leurs violences, 1l n’y a pas mesme jusqu'à la politique et à la sagesse qui nous contrediroit et nous feroit uotre procès comme a des perturbateurs du repos public.
(Après la première feuille du sermon, un double folio a été surajoulé contenant ce même début, d’une meilleure . main jusque vers la première page du premier point, sans différences notables. C’est un fragment de copie inachevée qu'on aura découvert après coup el inséré ici, près du même sermon complet).
Troistème point. — Une des principales conditionsque l'A postre donne à la charité, c’est de n'estre point intéressée, non quaeril quae sua sunt.En effet, je ne vois rien de si opposé à la charité que lintérest, partout il l’a détruit. Car le moindre motif d’intérest oste tout le mérite de la charité qui fait le bien indifféremment et pour Dieu seul. ... de là cette dureté pour les pauvres, cette retention injuste du salaire des misérables auxquels la nature n'a donné l’autre héritage que leurs mains et leur industrie, et qui, seuls suants pour gagner
Édition de 1713.
privée, où sur un simple fondement de quelque tradition humaine, à souffrir sans murmurer & sans vous plaindre, à vaincre la malice d’autruy par vôtre propre patience, à aimer indifferemment ceux qui vous haïssent ou qui vous aiment, à payer même de vos bienfaits l’injure qu'on vous aura faite, & à traiter vos ennemis par charité, comme vous traiteriez vos amis par reconnoissance, vous nous diriez sans doute et ce ne seroit pas sans raison que c'est autoriser l'injustice que de la souffrir...
Et comment oserions-nous vous annoncer de nous-memes ces veritez en un temps où l’iniquité est accrüe & la charité refroidie..
(P5 49). 1 point Une des principales conditions que l’Apôtre donne à la charité, c’est qu'elle ne cherche pas ses intérêts: Non quaerit quae sua sant, & un des principaux désordres que produit l'intérest, c’est de faire perdre la charité.
Il ny à rien de plus fort dans lé coeur de l’homme que la cupidité des biens du monde
(P. 54). C'est de ce même principe d’interest que naît l'in- Justice de la plûpart des riches du siecle, d'exiger ce qu’on leur doit avec rigueur & de ne payer ce qu'ils doivent qu'à leur fan-
Manuscrit F.
leur vie, portent seuls la peine du premier péché. Vous perdez la charité et la leur faites perdre par votre insensibilité. Car pensez-VOUs que ces pauvres puissent voir d’un œil indifférent des équipages si pompeux et des tables si somptueuses, ne pouvant arracher de vous un morceau de pain?
Vous dites que vous ne voyez pas
Édition de 1713.
taisie. Avec quelle exactitude pressent-ils leurs debiteurs, eux qui se nourrissent de la graisse de la terre, & qui recüeillent le fruit des peines et des travaux
.des autres hommes? Avec quelle
dureté font-ils attendre le salaire à ces misérables artisans, à qui la providence de Dieu n’a donné que leur industrie pour tout
leurs besoins, — Vous scaues patrimoine, qui vivent du travail
bien leurs foiblesses. Vous con- de leurs mains et qui portent, à noissez tout le mal qu'ils font, la lettre, la peine du premier vous ue voiez rien des maux qu'ils souffrent : indifférens pour
entendre leurs misères, trop et
péché en gagnant leur pain à la sueur de leur visage...
trop peu curieux à voir leurs imperfections etàexaminer leurs nécessités, vous leur faites perdre la charité : vous perdez la charité.
La comparaison des copies manuscriles avec celte édition officielle, aussi authentique que celle des panégyriques publiés par Fléchier lui-même, montre, dans les sermons ordinaires, comme dans les discours d’apparat, les scribes suffisamment fidèles. Nous pouvons espérer avoir, par eux, la prédication des orateurs qu'ils ont sténographiés.
On à pu remarquer de notables divergences entre la copie et le sermon imprimé, sans pourtant, je crois, que la fidélité substantielle du scribe soit mise en cause. Faut-il supposer que du Jarry à arrondi le texte que l'abbé Fléchier, neveu et héritier de lPévêque de Nimes, l'avait chargé de mettre au jour? I n’est pas vraisemblable que des discours revus et préparés pour limpresston par Fléchier lui-même, eussent besoin d’être arrondis. L’éditeur nous dit que l’évêque de Nimes « se proposoit {ous les ans de faire un voyage à Paris, pour y conduire lui-même lImpression de ses derniers Ouvrages. » Il
parle de lordre dans lequel il a trouvé les papiers de l’orateur, et même de l «Avent prêché devant le Roy, » (comprenant le premier des trois volumes) qui «€ s’est trouvé tout écrit de la main de l’Auteur avec une exactitude convenable à l'excellence de cet Ouvrage. » Bien que du Jarry ne dise rien du carême auquel appartient notre sermon, il est peu probable qu'il s’y soit PAS des AM lui qui affecte, au second volume ", de laisser sans exorde un sermon de Pâques pour Ércrl il n'en a trouvé aucun dans les papiers du défunt. On croira plutôt que Fléchier, s’il prêcha en 1682 ce sermon du premier vendredi, recueilli peut-être alors par notre copiste anonyme, et sans doute fidèlement, eut occasion depuis de reprendre plus d’une fois ce discours et par suite de le mieux composer. Sa rédaction définitive aura été imprimée, et elle serait à comparer en détail avec notre copie. Le manuscrit contient, souvent sous une autre forme et à d’autres endroits, les développements de l'édition. Ceux-ci toutefois ont été amplifiés el surtout travaillés au point de vue du style.
Passons aux derniers exemples étrangers à Flécluer, extraits du même manuscrit de Grenoble, Nous y voyons un sermon du P. Hubert, de lOratoire, attribué dans la copie et en effet imprimé dans son Avent :
Ms. G, sermon 195, p. 193. — Micxe,t. XXVI, p. 719 et 716. — Sermon du jugement der- Sermon pour le premier dinier. — Le P. Hubert de manche de l’avent. — Du l'oratoire. Jugement dernier.
Tunc videbunt. (Lucue, 21). Tunc videbunt Filium hominis
venientem in nube, cum potestate magna et virtule.
Alors ils verront, Alors on verra le fils de l'homme qui viendra sur une uuée, avec une grande puissance et une grande
majesté, (Lue., XXI, 27).
Ce fut une étrange surprise Ce fut une étrange surprise que celle ou se trouverent les que celle où se trouvèrent un officiers et les soldats du Roy de Jour les gens du roi de Syrie.
(MBA
Manuscrit G.
Syrie, lorsque leur maitre les ayant envoié pour se saisir de la personne d’Elisée, Dieu à la priere de ce Prophete les frappa d'un aveuglement subit, et le serviteur de Dieu, les voyant en cet état: «Suivez-moy, leur dit-il, et je vous montreray celuy que vous cherchez. » Ils le suivirent, et les ayant amenez, sans qu'ils s'en apérçussent dans la grande place de Samarie, il dit à Dieu :
yeux de ces aveugles, afin qu'ils voyent l’état où ils sont à ce péril qui les environne.
Vous pouvez juger, messieurs, quel fut l’étonnement de cette troupe de gens de guerre, quand
Seigneur, ouvrez les
leurs yeux venans à s'ouvrir, ils virent leur simplicité trompée et se trouverent exposez à la discretion d’une ville ennemie, à la-
quelle ils s'étoient témérairement engagez.
Mais, mes frères, qüe la surprise des pécheurs sera bien plus grande, quand le moment sera venu, ce moment fatal et terrible, où le monde criminel doit paroitre devant son juge. Hélas !
on peut dire qu'à présent un aveuglement éternel règne sur la conduite des hommes : plongez que nous sommes dans l'amour des choses de la terre, nous suivons les illusions de notre esprit, de nos passions, de nos sens, Tout ce quil y à d'extérieur nous séduit, nous enchante, et jette des ténèbres si
MIGNE, t. XXVII, p. 115 et 716.
Leur maître les ayant envoyés pour se saisir de la personne d’Elisée, Dieu, à la prière de ce saint homme, les frappa d’un soudain aveuglement, et comme le prophète les vit en cet état :
Suivez-moi, leur dit-il, etje vous ferai trouver celui que vous cherchez. Les ayant donc amenés, sans qu'ils s’en aperçussent, au milieu de Samarie, il fit sa prière à Dieu, et lui dit : Seigneur, ouvrez maintenant les yeux de ces misérables, afin qu'ils voient le péril qui les menace.
Vous pouvez juger, messieurs, quel fut leur étonnement, quand ils virent leur crédulité trompée, et qu'ils se trouvèrent à la discréton d'une ville ennemie, des mains de laquelle il ne leur était plus possible de se tirer.
Maistelle et plus grande encore sera à la fin des temps la surprise des pécheurs, quand il leur faudra comparaître tout d’un coup devant le tribunal de Dieu, Hélas, chrétiens, on peut dire qu’un aveuglement continuel à régné sur le cours de leur vie. Plongés dans les ténèbres du péché, ils se laissent conduire aux 1illusions de leur esprit, de leurs passions, de leurs sens, et ils suivent, sans le connaître, des routes qui les mènent au précipice. Mais quelle consternation, quand le jour de l'éternité,
Manuscrit G.
épaisses sur notre entendement, que nous ne nous appercevons pas d’être dans le chemin qui nous conduit au précipice. Mais quel étonnement, quelle consternation, quel coup de foudre pour les pécheurs quand le jour d: Péternité venant à luire à leurs yeux, la lumière du ciel dissipera ces ténèbres et leur donnera une pleine connoissance de ce qu'ils auront ignoré. Tunc videbunt. Alors, verront cequ’ils n’ont jamais vu, la fausseté de ce qu'ils ont cru voir, et le contraire de ce qu'ils se sont promis, Tl'unc videbunt...
MIGNE, t. XxVIT, p 715 et0716:
venant tout à coup à luire aux yeux de ces aveugles, leur découvrira les choses comme ellessont, en dissipant les ténèbres qui leur en ont dérobé la connaissance !
Alors ils verront, dit le saint évangeliste, {unc videbunt, ils verront ce qu’ils n’ont jamais vu, le contraire de ce qu'ils ont cru voir et la fausseté des jugements qu'ils ont portés de toutes choses.
Tous ces exemples concordent, on le voit, à rassurer sur la valeur des recueils d’où ils sont tirés. Pour conclure, sans vouloir défendre les éditions subreptices dont les orateurs ont fait la critique intéressée, mais pour montrer à quel point il faut éviter de trop croire à leurs griefs, mettons en présence le texte du Massillon contesté de 1706 el un des passages les plus fameux du Massillon officiel, la fin de son sermon sur le petit nombre des élus. Nous verrons par ce spécimen si les sermons publiés par l'héritier de lorateur diffèrent tant de ceux qu'il avait désavoués :
Edition de 1706 protestée par Massillon 1, — Sermon pour le vendredi de la semaine de la Passion, p. 254.
MassiLLox. (Miaxr, €. xzn). Reproduction de l'édition officielle du neveu de l’orateur, 1745.
Carème, sermon 19, sur le petit nombre des élus, p.722.
Tout le monde se flatte qu'après
avoir été confondu parmi la foule
de pécheurs, on en sera distingué
On se flatte qu'après avoir vécu avec la multitude, on en sera discerné à la mort; chacun
PV plusthaut, p.23!
EÉdilion clandestine.
par la misericorde du Seigneur, chacun se repose sur une chimérique confiance, & c’est pour la détruire que je vous expose le danger où vous êtes. Voici ce que
mt
J'aoûte à ce que je vous ai dit.
Je suppose que ce soit ici nôtre dernière heure à tous: (car je ne m'en exempte pas moi-même) que les Cieux vont s'ouvrir sur nos têtes, que le tems est passé, & que l'éternité commence: que Jesus-Christ va paroistre pour nous juger selon nos oeuvres, & que nous sommes tous ici pour attendre de lui, ou le coup de la grace, où le coup de mort,
Je vous le demande, frappé de terreur moi-même, ne séparant point mon sort du vôtre, & me mettant dans la même situation où nous devons tous paroître un
Edilion officielte.
se met dans le cas d’une exception chimérique, chacun augure favorablement pour soi.
Et c'est pour cela que je m'arrête à vous, mes frères, qui êtes ici assemblés ; je ne parle plus du reste des hommes, je vous regarde comme si vous étiez seuls sur la terre ; et voici la pensée qui m'occupe et qui m'épouvante.
Je suppose que c’est ici votre dernière heure et la fin de l’univers, queles cieux vont s’ouvrirsur vos têtes, Jésus-Christ paroître dans sa gloire au milieu de ce temple, et que vous n’y êtes assemblés que pour l’attendre et comme des criminels tremblants àquilon va prononcer une sentence de grâce, ou un arrêt de mort éternelle ; car vous avez beau vous flatter, vous mourrez tels que vous êtes aujourd’hui ; tous ces désirs de changement qui vous amusent, vous amuseront jusqu'au lit de la mort; c’est l'expérience de tous les siècles ; tout ce que vous trouverez en vous de nouveau sera peut-être un compte un peu plus grand que celui que vous auriez aujourd'hui à rendre, et sur ce que vous seriez si l'on venait vous juger dans le moment, vous pouvez presque décider de ce qui vous arrivera au sortir de la vie.
Or je vous le demande et je vous le demande frappé de terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre et me mettant dans la même disposition où je
Edilion clandestine.
jour devant Dieu nôtre juge, & où je vous prie de vous mettre dès maintenant pour un moment:
si Jésus-Christ, dis-je, paraissoit dès à présent pour faire la terrible séparation des justes & des pécheurs ; croiés-vous que le plus grand nombre fut sauvé ?
Croiés-vous que le nombre des justes fut au moins égal à celui des Pécheurs ? Croiés-vous .que s'il faisoit dès maintenant la discussion des oeuvres de ceux qui sont dans cette Eglise, il trouvât seulement dix Justes parmi nous? Je vous le demande:
vous l'ignorés & je lignore comme vous, où en seroient tous les autres ?
Disons plus : il y a beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir, plusieurs qui le veulent & ne le font pas, d’autres qui ne se convertissent que pour retomber, ou enfin qui, par une fausse témérité croient ne pas avoir besoin de se convertir; commencés par retrancher d'abord ces quatre sortes de Pécheurs : car ils ne seront pas du nombre des Elus puisque nul d'eux n'est en grace. Où êtes-
Édition officielle.
souhaite que vous entriez: Je vous demande donc : Si Jésus- Christ paraissait dans ce temple, au milieu de cette assemblée la plus auguste de l'univers, pour nous juger, pour faire le terrible discernement des boucs et des brebis, crovez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à la droite? Croyez-vous que les choses du moins fussent égales ?
Croyez-vous qu'il s’y trouvât seulement dix justes que le Seigneur ne put trouver autrefois en cinq villes.tout entières ? Je vous le demande, vous l’ignorez et je lignore moi-même ; vous seul, à mon Dieu, connaissez ceux qui vous appartiennent; mais si nous ne connaissons pas ceux qui lui appartiennent, nous savons du moins que les pécheurs ne lui appartiennent pas. Or qui sont les fidèles ici assemblés ? Les titres et les dignités ne doivent ètre comptées pour rien; vous en serez dépouillés devant Jésus- Christ : qui sont-ils ? Beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir, encore plus qui le voudroient mais qui différent leur conversion ; plusieurs autres qui ne se convertissent jamais que pour retomber; enfin un grand nombre qui croit n’avoir pas besoin de conversion ; voilà le parti des réprouvés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte; car ils en seront retranchés au grand
Edilion clandestine.
vous done maintenant, Justes, aux yeux de Jesus-Christ ?
Paroissés & vous séparés des Pécheurs : froment, démélésvous de la paille ; que restera-t-il après cela ? Ah ! notre perte est presque certaine & nous n'y pensons pas ! nous sommes dans la voie de perdition & nous ne
songeons pas à en sortir !..
Édilion officielle.
jour. Paraissez maintenant justes, où êtes-vous ? Restes d'Israël, passez à la droite, froment de Jésus-Christ, démêlez-vous de cette paille destinée au feu ; Ô Dieu, où sont vos élus et que reste-t-il pour votre partage ?
Mes frères, notre perte est presque assurée et nous n’y pensons pas..
Les morceaux analogues sont nombreux qui prouveraient combien étaient exagérées les protestations officielles des orateurs se déclarant, comme Massillon, La Rue, Fléchier et plusieurs autres, incapables de se reconnaïtre dans les éditions parues sous leur nom. Il n’est donc pas juste de se laisser effrayer par ce concert de réprobation soulevé contre les copistes, et il serait fâcheux, par suite de la mauvaise réputation faite à leurs œuvres, de les dédaigner ou de s’en défier à l’excès. Les précautions seront toujours nécessaires à qui recourra à ces recueils de valeur variable et parfois contestable, mais, la critique aidant et une prudente défiance, ils donneront une idée assez exacte de ce que furent les sermons du temps. Souvent même, grâce au contrôle mutuel que les copies peuvent se fournir, on y retrouvera des portions notables des œuvres oratoires incomplètement publiées. Le travail d'identification sera délicat, mais non sans fruit, pour peu qu'on y mette de patiente sagacité.
Que n'est-il possible de tenter une sorte de contreépreuve sur le texte des sermons de Poncet de la Rivière, édités en 1706 dans le même recueil sous le nom de Massillon! Comme l’article de désaveu prétend que ses discours sont aussi défigurés que ceux de loratorien, on serait bien aise d’en juger sur pièces. Mais les pièces manquent, car nous n'avons des sermons de l’évêque
OZ
d'Angers que ceux que nous a gardés et sous la forme que leur a donnée l'édition mise en cause. Par bonheur, parmi les orateurs qui eurent aussi à réclamer contre cette publication de Trévoux, un autre existe encore, dont les sermons ont été officiellement imprimés. Il s’agit de notre éditeur de Bourdaloue, Cheminais, Giroust et même La Rue en partie, il s’agit de Bretonneau, auquel appartiennent trois sermons attribués à Massillon. Le voisinage, qui ne leur nuit pas trop, lui fait honneur. Il est donc juste de comparer avec la leçon donnée en 1706, à l’insu et sans l’aveu de l’auteur, la rédaction définitive que lui-même ou peut-être aussi son éditeur, le P. Berruyer, n’a pas manqué sans doute de limer et polir. Dans le sermon du Péché mortel, sur le texte : Qui non est mecum, contra me est (Luc, x1, 23), placé au imwe dimanche de carême, nous trouvons au milieu de la première parte, un développement sur le Tu es ille vir, fameux dans la légende ! de Bourdaloue. Celui-ci du moins aura été dit, non pas à la cour (Bretonneau n’y parut point), mais dans l’église inconnue où le saisit le copiste. L’orateur aura repris ensuite le même sermon à une autre date hiturgique, car dans l'édition de ses œuvres, ce même sujet du Péché mortel se rencontre, avec exorde différent, au vendredi de la seconde semaine, sur le texte de saint Matthieu : Cum venerit Dominus vineae, etc... (xx1, 4o et 41).
Les différences ne prouveraient donc pas absolument Pinfidélité du copiste; les rapprochements ne seront pas sans signification, car la parenté des deux textes en sera démontrée.