‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 43 sur 367 · V. 11 partie ('hronologie · texte numérisé non relu

V. 11 partie ('hronologie

Dans l'édition de Massillon, 1706, (LE. 11, pp. 102-104.) Texte subreptice de Bretonneau.

Ainsi quand Nathan représensente à David, sous un nom étranger l'énormité de l’adultère et du meurtre qu'il avoit commis lui-même, le Prince jugeant d’abord selon le mouvement naturel de son cœur, condamna sans ressource le crime et le criminel sans le connoistre: vive le Seigneur, s'écria-t-il aussitôt:

quiconque à fait cela il le paiera au double tuivit Dominus, filius mortis est qui fecit hoc: ovem reddet in quadruplum.

Miexe, t. xur, col. 576-577. Sermon XX11, sur le péché mortel.

Quand le prophète Nathan représenta à David, sous un nom étranger, l’énormité tout ensemble, et de l’adultère et du meurtre qu'il avait commis, ce prince au seul récit qu’il entendit et qui le frappa selon la droiture naturelle de son cœur, condamna hautement le crime, sans bien connaître le criminel: Vive le Seigneur, s'écria-t-1l, quiconque a fait cela est digne de mort :

il le rendra au double et au delà : Filius mortis est vir qui fecit hoc (x Reg., xu). Ainsi, chrétiens, quand sous la figure ou de cette terre stérile, ou de cette vigne cultivée avec soin, mais ne rapportant que des fruits pleins d’amertume ; sous la figure d’un Absalon, les armes à la main et conjuré pour enlever à son père même la couronne, sous la figure de ce disciple qui vendit son maître, de cet apôtre qui le renonça, de ce peuple déicide qui porta sur lui ses coups; quand, dis-je, sous toutes ces figures, on nous peint la noire perfidie et l’ingratitude du pécheur, nous en sommes touchés, nous entrons là-dessus dans des sentiments d’indignation ; nous devenons éloquents à exagérer la dureté, l'insensibi-

(PReg one

(ps LA. PUBLICATION CLANDESTINE

Édition subreptice.

Mais sur cela même, ne puisje pas moi, vous parler maintenant, Messieurs,commeautrefois le prophète Nathan à David, lorsque reprenant tout à coup la parole, il lui dit d’un ton ferme, vifet animé, {ues ille vir ?. C'est vous qui êtes cet homme meurtrier & adultère, que vous venés de condamner à la mort. Non, Prince, dit-il à David, il ne faut pas chercher trop loin pour trouver le criminel, que vous venés de condamner & contre qui vous avez prononcé un arrêt si terrible ; c’est vous-même, vous que le Seigneur a placé sur le trône d'Israël, vous qu'il a sauvé des mains de Saül, & de vos ennemis, & qui avez encore

les mains teintes. du sang de

votre serviteur Urie, à qui vous avés en même temps ravi la femme & la vie; fu es ille vir.

N'attendés pas que j'étale ici à vos yeux tous les bienfaits dont le Seigneur vous a comblés, & dont il vous comble encore tous les jours ; vous le devés assés connoistre : car qu'y a-t-1l en vous, hors de vous, sous vos pieds, à vos yeux, qui ne soit un don deses mains? Qui peutmieux vous faire sentir le besoin que vous avés de lui, & les bien-faits dont il vous comble, qu’une re-

Édition officielle.

lité, le parricide, le sacrilège :

Filius mortis est vir qui fecit hoc (Ibid). Mais sur cela même aussi, ne pourrais-je pas vous parler, moi, comme le même prophète à David, lorsque reprenant tout à coup et élevant la voix d’un ton vif et animé, il lui adressa de la part de Dieu cette formidable parole : Tu es tlle vir (Ibid). Non, prince, dit-il à ce roi homicide et voluptueux, non, il ne faut point chercher plus loin pour trouver cet homme contre qui vous venez de prononcer un arrêt si sévère :

c'est vous-même, vous à qui Je parle, vous que le Seigneur a placé sur la trône, et qui avez encore les mains pleines du sang d’un fidèle serviteur à qui vous avez si injustement ravi et l’honneur et la vie: Tu es ille vir.

N'attendez pas, mon cher auditeur, que dans un long récit J'étale à vos yeux tous les bienfaits du Seigneur. Qu'y a-t-il autour de vous qui ne vous en parle : car qu'y a-t-il autour de vous qui ne soit un don de sa main ? et ce que la voix de la nature vous redit sans cesse, si vous l'ignorez, qui peut mieux vous en instruire et mieux vous le faire sentir ? Tu es ille vir.

NA UTeGE CA?

Edition subreptice.

flexion sur vous-mêmes ? 7ues lle vir. C’est vous qui êtes cet homme créé, nourri, favorisé, aimé, protégé du Seigneur, préservé d'autant de périls, & comblé d'autant de graces qu'il y a eu de momens en vôtre vie, {u es

Édition officielle.

Oui, vous l'êtes cet homme sorti du sein d’un Dieu, votre créateur, nourri des dons d’un Dieu, votre conservateur, racheté du sang d’un Dieu votre sauveur, justifié par la grâce d’un Dieu votre sanctificateur, appelé à

ille vir. Vous êtes cet homme distingué & choisi du Seigneur vôtre Dieu, spécialement adopté, pour être son enfant, né & élevé dans le sein de la lumière, tandis qu'un million d’autres, ensevelis dans l'horreur des ténèbres et de l'infidélité, y périssent malheureusement sans avoir jamais connu le Seigneur...

toute la gloire d'un Dieu votre rémunérateur. /{le vtr.

Ces rapprochements sont concluants. Du reste, bien qu'il soit plus piquant de tirer les preuves des ouvrages de ceux mêmes qui réclamèrent contre linfidélité des copistes, on trouve partout des spécimens en faveur de leur exactitude. Tel cet extrait d’un Panégyrique de saint Thomas d'Aquin, copié, sans aucune attribution ni signature, par un des pourvoyeurs les plus assidus des recueils Phelipeaux. Or ce panégyrique est le second des deux éloges de ce saint imprimés dans les œuvres de Fromenüières, sur le texte Qui facis angelos suos sprritus..…. 1 pourrait être cité en entier, comme les panégyriques de Fléchier, en témoignage des grandes similitudes que nous présentent les copies manuscrites comparées avec les œuvres imprimées.

D’après l’édition de Fromentières donnée par les soins de son neveu, on voit que ce panégyrique dut être prèché devant la reine, ou la duchesse d'Orléans. Au moins porte-t-il en tête et après PAve, le mot « Madame ». Cette apostrophe est absente de la copie manuscrite, de même un compliment de vingt lignes environ, au milieu du

CLANDESTINE

second point, et la péroraison adressée à la reine. Fromentières d’ailleurs peut avoir donné plus d’une fois ce panégyrique, et le scribe aura recueilli le discours auquel n’assistait pas la reine. Quiconque comparera dans le détail le sermon imprimé avec la transcription du

manuscrit de Paris avouera que le «tachygraphe » a dû rendre fidèlement le discours entendu. Qu'on en juge par

ce seul passage :

Manuscrit PHELIPEAUX, t. IV,

fr. 22948, p. 479.

Mais admirez icy un prodige nouueau et une chose surprenante, a sçauoir que la pureté a quelque chose et du bonheur des anges et du courage des hommes.Thomas ne peut estre vaincu comme ces esprits ; tous les attraits de la chair ne peuvent rien sur sa virginité, mais aussi c’est à son combat et à son courage qu'il doit le prix de ses victoires.

Mais vous me prévenez et l'action mémorable qui se passe avec ses frères qui l’avoient enfermé dans une prison vous fait juger par aduance ce que j’ay envie de vous dire. Je puis donc dire que cette prison étoit un champ de bataille où ce généreux soldat triompha de Sathan et où il fut le spectacle aux yeux du monde le plus digne qui ait jamais esté.

Mais je veux vous faire voir les circonstances de cette action. Remarquez, s'il vous plaît, que de toutes les vertus, il n'yena point de si timide que la chasteté, elle

Mine, t. vint, col. 111,

Mais admirez ici, je vous prie, un prodige tout nouveau, une pureté qui a le mérite des hommes, et qui prévient l'avantage et le bonheur des anges. Thomas n’est pas vaincu non plus que les anges, et il combat toutefois avec les hommes : et pour vous expliquer ce paradoxe, je dis que c’est à son courage, soutenu d’une grâce spéciale, qu’il doit sa confirmation dans la pureté, Vous concevez déjà ce que je veux dire et laction mémorable qui se passa dans la prison où ses frères l'avaient enfermé revient dans votre esprit ; prison où ce généreux athlète remporta la plus généreuse de toutes les victoires ; prison où il devint par son courage un spectacle digne de la jalousie des anges et de Padmiration des hommes,

De toutes les vertus, il n’y en a pas de plus timide que la chasteté, qui se défiant toujours de ses forces n’ose attaquer ouvertement son ennemi. La vérité

Manuscrit PHELIPEAUX.

n'ose attaquer ouvertement son ennemy, KElle se deffie de ses forces : pendant que la charité, le zele et toutes les autres vertus combattent sans rien apprehender, celle-ci baissant les yeux humblement craint de rencontrer l'impureté, et croit ne se pouvoir mieux conserver qu’en prenant Ja fuite, En quel danger se trouuet-elle doncréduitte en la personne de Thomas ! Une femme perdue se presente à ce Jeune homme pour debaucher son innocence.

Que fera-t-11 dans une extrémité si fascheuse”? Le premier mouuement comme le plus naturel, c’est la fuite, mais ce passage lui est fermé: il est détenu dans une prison dont il ne peut sortir.

Que fera-t-1l donc ?

Je scay bien que la fuitte la plus propre à la chasteté n'est autre qu’un mouuement secret du cœur qui s'éloigne des objets; mais aussy il faut aduouer que pour conseruer cette fuitte interieure, il faut encore reçourir à la fuitte exterieure. Il faut eviter les occasions et faire comme Joseph : fuir et se retirer, Neanmoins c'est en ce point que saint Thomas est reduit de ne pouuoir euiter la rencontre d’un ennemy qui ne luy peut estre que funeste.

MIGNE, ©. vtr, col. 111,

poursuit le mensonge, la charité combat la vengeance, la douceur affaiblit la colère, la tempérance se soulève contre la gourmandise, la chasteté seule appréhende de rencontrer l’impureté, elle en fuit la présence, elle en évite les approches, et saisie d’une prudente crainte, elle met

son salut dans la fuite 1 : mais

en quel danger se trouva-t-elle réduite dans la personne de notre illustre captif ? Une femme perdue se présente à ce jeune homme, quelle résolution prendra-t-1l ? Le premier mouvement que sa vertu lui inspire, comme le plus naturel, c’est la fuite ; mais, hélas ! son ennemi a préprévenu ce dessein et a fermé tous les passages en l'attaquant dans une prison.

Je sais bien que la fuite dont la chasteté se prévaut davantage est un mouvement intérieur et une secrète aversion du cœur, par laquelle on s'éloigne du mal et qu'ainsi il n’y a point de prison, pour resserrée qu'elle soit qui empêche Thomas de fuir. Mais je sais bien aussi qu'au sentiment des Pères (S., Basil., in conslilulione monachorum, cap. 4; S. Amb, lib. 1 Office. c.20 ; D. Hieron., epist.

ad Nepotianum),pourconserver

1. Lubrica spes est quae inter fomenta peccali salvari se speral. Incerla vicloria est inter hostilia arma pugnare. In hac parte expedil plus bene limere quim male fidere, ele. (D. Cypr. lib. de Singulari-

tate clericorum.)

Te LA PUBLICATION

Manuscril PHELIPEAUX.

Que fera donc sa pureté ?

Le philosophe moral a remarqué qu'il y à certains animaux qui estants timides de leur nature deuiennent néanmoins hardis quand on les irrite et qui, se trouuant pressez, changent leur timidité en fureur, en telle sorte que souuent ils viennent a bout des ennemis que les animaux les plus courageux eussent eu peine surmonter,

Il en est de mesme : de toutes les vertus, il n’y en a point de si timide que la pureté : elle

CLANDESTINE

MIGNE, t. vin, col. 111.

cette fuite intérieure, il est souvent nécessaire d’avoir recours à l'extérieure, que la présence d’un objet flatteur fait d’étranges impressions sur une âme, que quelque innocent que l'on soit, on se sent comme attendri par les discours et par les postures lascives d’une femme, et qu’enfin, on ne doit jamais avoir la témérité d'attendre un péril dont on ne peut sortir plus victorieux qu’en le fuyant. Cependant c'est à limpuissance de fuir que Thomas est réduit. Son ennemi est enfermé avec lui dans une même prison et il ne peut en éviter la rencontre, que fera donc sa pureté dans des extrémités si dangereuses ?

Le philosophe moral a remarqué qu'il y avoit de certains animaux fort timides, qui deviennent hardis quand ils sont irrités, et qui se trouvant pressés de toute part, et hors d'état d'assurer leur vie par la fuite, changent tout d'un coup leur timidité naturelle en fureur, renversant tout ce qu’on leur oppose, et surmontant souvent des ennemis que les animaux les plus courageux n’eussent presque osé attendre : Zgnavissima animalia quae natura ad fagam genuit, ubi exitus non palel, tentant aciem corpore imbelli.

De toutes les vertus il n’en paraît point de si timide que la chasteté, il semble qu'elle soit

Manuscrit PHELIPEAUX

semble naturellement estre née pour la fuitte, quam gratia ad fagam genuit 1, Elle reçoit cet instinct de la grace qui l’'apprend à se retirer. Mais quand le danger presse, cette timidité se tourne en une sainte fureur, et c'est par cemoyen qu’elle change de condition dans la personrie de Thomas...

MIGNE, t. vu, col. 111.

née à la fuite, et que la grâce ne lui donne point d’autre défense :

quam gratia ad fugam genuil.

Cependant par un nouveau prodige, elle change de sentiment dans la personne de Thomas, je veux dire que cette vertu naturellement timide devient courageuse par la grandeur du péril même. Une femmeentreprend de le corrompre dans sa prison : il ne peut éviter la fatale présence de ce serpent déguisé : tous les chemins sont fermés, que ferat-11? Un généreux désespoir l’anune, une sainte fureur l’encourage, et se saisissant de tout ce qui lui vient à la rencontre, Furor arma ministrat,1s'arme d’un tison de feu avec lequel il chasse honteusement cette femme perdue: Vullus perniciosior hoslis quam quem audacem angustiae faciunt.

De ces seuls exemples, et lon en pourrait fournir cent

du même genre ?, il n’est pas téméraire de tirer une

induction assez avantageuse aux copistes. Mais au lieu de

hâter une conclusion aussi favorable, mieux vaut la discuter en détail et essayer de faire le départ entre les parties excellentes et sûres de ces copies anciennes et rencontrent. Il faut

les éléments fâcheux qui s'y

établir et distinguer ce double caractère.

1. Le copiste ignorait sans doute le latin et il a écrit geril.. 2. V. p. 123, note h ce qu'on peut espérer des inédits de Flé‘hier.

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