‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 54 sur 367 · LES CONSÉQUENCES HEUREUSES (OR · texte numérisé non relu

LES CONSÉQUENCES HEUREUSES (OR

Montausier ou le duc de Coislin donnant à Huet des nouvelles de la cour ou de l’académie, pour s’apercevoir aussitôt que rien n’était plus différent du livre imprimé. Il est difficile d'imaginer un abandon, un sans-gêne et parfois une platitude plus rares, avec des redondances ou des répétitions de mots aussi multipliées, que dans certains billets écrits par des auteurs d’excellent style. En un mot il est impossible de le nier, on ne faisait nullement entrer le commerce épistolaire dans la littérature, et maint auteur qui laissait à sa plume la bride sur le cou en envoyant à un ami une invitation, un remerciement ou des condoléances, où quand il donnait ses instructions à un homme d’affaires, devenait autrement sévère pour le choix des mots où le nombre de la phrase, lorsqu'il s'agissait d'écrire et de s’adresser, comme on disait, au «Public ». Il y avait alors, non pas une pose, mais une tenue et des exigences saisissant l’écrivain pour lui prescrire un soin et des allures, que le « déshabillé » tout à fait intime de la « conversation à distance » ne Jui avaient pas demandés.

Proportion gardée, 1l y eut quelque chose de ces différences entre le sermon qui était le langage du prédicateur, langage bien moins pompeux et sotennel que ne le laisse voir, dans la série imprimée des œuvres oratoires du temps, le style écrit de ces mêmes sermons, revus et retouchés pour la lecture. [Il y avait comme une gamme différente pour les œuvres débitées et les mêmes sermons imprimés, et une sorte de transposition attendue des auteurs qui livraient ou laissaient livrer leur discours à l'impression. Un ton plus abandonné, plus voisin de la conversation, une série d'expressions € familières jusqu’à une certaine limite » étaient autorisés, que l’orateur, dès qu'il imprimait son œuvre, s’empressait de relever, d’ennoblir, en ôtant le plus souvent les particularités, en généralisant l'expression, en faisant à la raison pure une part plus large, par le sacrifice d'images ou de couleurs

qui avaient été dans le ton de son discours débité. Bien des détails, reçus alors, semblaient indignes de mémoire, peu intéressants pour l'avenir. Le prédicateur dont M” de Sévigné entendit la Passion en 1680, et qui descendit, à son gré, trop bas dans la familiarité en usant des mots de «faquin » et de «coquin », eût sans doute évité soigneusement de les imprimer !, Mais dans le voisinage et un peu au-dessus de ces expressions qui choquèrent la marquise, les orateurs en avaient à leur service un bon nombre, qu'ils n’eussent point consenti à laisser dans leurs sermons publiés et que le public n’y aurait plus goûtées sans doute, sans avoir été en rien offusqué quand elles tombaient du haut de la chaire.

Cette distinction entre le sermon dt et le sermon imprimé, dépend en grande parte de la façon dont auteurs et lecteurs concevaient autrefois une édition de sermons. Il est donc opportun, pour mieux saisir ce que fut dans la chaire au dix-septième siècle le prédicateur qui nous occupe, de nous rendre compte de la conception que se firent ses contemporains et qu'il se fit apparemment luimême de son œuvre oratoire, transportée pour ainsi dire sur une autre scène. On ne tenta sans doute à l’égard de ses sermons, soit qu'il ait disposé lui-même presque toute son édition, soit que Bretonneau ait eu la grande part, que ce qui se faisait pour les autres orateurs ; nous chercherons dans l'édition de Bourdaloue, ce que prétendait quiconque anprimait une œuvre oraloire.

Auparavant nous avons à prouver, par des exemples urés de plusieurs copies anciennes de sermons de Bourdaloue, les divers services que peuvent nous rendre ces textes incorrects el non revus, plus sincères que n'eussent souhaité les auteurs, mais d'autant plus capables de satisfaire notre curiosité. Jusqu'ici nous avons pris nos

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extraits en dehors de l’œuvre de Bourdaloue:; il est temps de lui faire la part aussi large que possible. Ce sera du reste mon excuse, de le laisser parler la langue même qu'ont entendue ses auditeurs.

Voici d’abord une série de fragments conservés seulement par les recueils du temps, mais dont l’authenticité n’est nullement douteuse. Tels, les passages qui comblent les lacunes ou les omissions des éditions clandestines, ou encore les morceaux tirés du manuscrit de la Bibliothèque Mazarine, à savoir de la collection d'extraits copiés par ce Tournemeulle qui semble avoir été un auditeur assidu de sermons de cette époque !. De préférence, j'ai emprunté à cette source qui est, à mon avis, l’une des plus sûres. Son seul tort est de ne nous donner aucun sermon entier, ce «coureur» de prédications ramassant uniquement les passages qui lui agréaient le plus. Voici d’abord la péroraison d’une «instruction où homélie famihière sur l'humilité », si l’on en juge par le ton de Punique morceau recueilli :

Bourp. de l'humilité. Publicanus a longe stans.

Dans le 4° chapitre du quatrieme liure des roys il est remarqué qu'une pauure femme veuue se trouuant dans une derniere indigence eut recours a Elisée luy exposant ses besoins et luy disant les larmes aux yeux : grand prophete, mon mary, uotre seruiteur est mort et m'a laissé deux enfants et quantité de debtes, les créanciers me mettent le coutau a la gorge et comme ie suis insoluable ils veulent m'arracher mes deux pauures enfants pour les seruir. — Que voulez-vous que ie fasse, luy repond Elisée, qu'auez-uous chez uous ? — Hélas ie n'ai qu'un peu d'huile, dit-elle, — Hé bien, luy dit le propliete, allez vous en a vos voisins et leur demandez quantité de cruches vides. Fermez votre porte et du peu d’huile qui vous reste remplissez les toutes. Vade, pete mutuo a vicinis luis vasa vacua et non pauca 2, Cette femme obeissant incontinent au prophete, chercha quantité de cruches chez les voisins : elle emporta beaucoup de vaisseaux vuides et de ce

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