‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 53 sur 367 · LES CONSÉQUENCES HEUREUSES · texte numérisé non relu

LES CONSÉQUENCES HEUREUSES

des orateurs qui peuvent affronter un auditoire après deux siècles, un service véritable. Bourdaloue n’a rien à perdre à nous être rendu sous cet aspect populaire, peu châtié, Mais vivant dans son abandon et sa vigueur animée. Un lttérateur perdrait pour sûr à ce « négligé » (exagéré peutêtre par les inhabiletés de sténographes), dans lequel nous sont présentés ces sermons transcrits à l’audition. Mais Bourdaloue est un prédicateur, et le sermon n’est rien moins qu'un genre littéraire.

Ce sera une des conclusions les plus importantes, auxquelles amène la lecture de ces feuilles où les scribes recueillaient en hâte les « sermons », de mettre en lumière ce qu'était la parole sacrée au temps de Bourdaloue. Je ne parle pas en effet, dans les révélations que nous fournissent les copies contemporaines, de la somme d’inédit que nous pouvons escompter, bien qu’elle ne soit pas à mépriser. À mon sens une Connaissance plus exacte de la prédication ancienne, de son genre, de son ton habituel, voire même de ses procédés ou de ses formules, de sa langue enfin, doit être puisée, soit dans les copies manuscrites, soit dans les recueils, si défectueux au point de vue typographique, qui faisaient la terreur des auteurs, spoliés et imprimés «tout vifs. »

I faut reconnaître en effet que les éditions avouées ou préparées par eux, bien que nous offrant leur doctrine, leur style, au moins leur style écrit et pour ainsi dire littéraire, masquent trop ce que fut leur discours récité. Ces sermons imprimés n’ont pas peu contribué, semblet-il, à faire ranger, par les historiens de la littérature, le sermon parmi les genres relevant de leur domaine.

Sans me faire accuser de paradoxe, je crois utile de distinguer plus profondément que lon n’a fait le sermon tel que le disait lorateur, de l’œuvre oratoire, composée ou revue par lui pour étre lue. N'est plus de distance qu'on ne le suppose entre les déux œuvres, assez parentes pour être reconnues identiques de fond, assez différentes

pour n'être pas classées ensemble par les théoriciens des belles-lettres,

Ma pensée n’est nullement de soustraire l’éloquence religieuse au domaine de la littérature, et je tiens que les intérêts universels et supérieurs de la religion et du salut sont du ressort de la parole humaine et partant suscepübles de donner carrière à la plus haute éloquence.

Parce que Démosthène improvisant une Philippique pour lancer les Athéniens au secours de leur cité ne faisait pas un travail de lifférateur, je ne prétends nullement l’exclure de lhistoire de la littérature, et à ce titre, les phrases les moins littéraires que les trahisons des copistes nous ont livrées, rentrent néanmoins dans la sphère de l’éloquence. Je pense cependant qu’on à trop peut-être regardé les sermonnaires du grand siècle à travers leurs œuvres lues, et qu'on ne se rend point assez compte de leur prédication parlée. N’arrive-t-il pas de là qu’on se ferait une idée un peu inexacte de leurs discours en les imaginant prononcés par eux tels que nous les lisons ? L'étude attentive des recueils de copies anciennes, confirmée par celle des mémoires contemporains paraît conduire à cette conclusion.

Les hommes du dix-septième siècle, en matière d’éloquence sacrée semblent avoir mis entre le sermon débité en chaire et le sermon imprimé la même différence à peu près qu'entre la lettre et le livre.

Or, bien que le style épistolaire relève de Ja littérature, chacun sent que ce n’est point au même titre, et que, par les préceptes et les règles, l’art de rhétorique n’a point à intervenir dans @la correspondance » comme il le peut faire pour enseigner à composer un discours académique. En ce qui regarde le grand siècle, il ne faut qu’avoir entrevu des lettres de Bossuet, Fénelon, Boileau ou Racine même, les lettres surtout des grands seigneurs du temps, ecclésiastiques où autres, le cardinal de Bouillon et Le Tellier, l'archevêque de Reims, aussi bien que

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