‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 74 sur 367 · DE NET · texte numérisé non relu

DE NET

OPINION DU P. LAURAS 147

renvoi à son œuvre suffira ici. Examiner ses arguments serait entrer déjà dans le débat, et mieux vaut achever d'entendre tous les rapporteurs. Il est vrai que ceux-ci n’apportent guère de raisons nouvelles. Au moins sont-ils la preuve d’un état d'esprit qui est la sécurité satisfaite. L’on s’est empressé de se rallier à la thèse du P. Lauras, et sur son affirmation, l’on a cessé avec bonheur de meltre encore en question si, oui ou non, nous lisons du Bourdaloue ou du Bretonneau. Volontiers ces critiques souscriraient à la formule par laquelle, avant même de nous exposer ses « raisons de croire » à la fidélité de Bretonneau, le P. Lauras déclarait que « le doute à cet égard n’est pas admissible ! »

Le P. Bretonneau, éditeur des œuvres de Bourdaloue, dit-il, l’affirme, et nous n’avons aucune raison de ne point le croire sur parole ; au besoin la vulgarité de son talent d’orateur nous tirerait d'inquiétude ?.

On voit poindre dans cette phrase un des arguments les plus chers aux partisans de la fidélité de Bretonneau.

A qui en remonte la première responsabilité, peu importe. En tout cas Feugère a eu le tort de s’en servir et de le prendre à son compte :

Si l’on veut, dit-il, se donner la peine de parcourir les très médiocres sermons que le P. Bretonneau, prédicateur à son tour, nous a laissés, cette lecture achèvera de rassurer les plus méfiants 5.

Aussi conclut-il tout au plus à quelques retouches de détail. Nous verrons ce qu'il en faut penser. Nous pouvons du moins remarquer dès à présent que Îles divers témoignages en faveur de l'authenticité ne varient guère el que certaines ralsons, appuyées sur une « confiance » exagérée, répètent, en somme, laffirmation de Bretonneau. C’est ainsi que Feugère, parce que l'éditeur de 1707 a opposé son œuvre, « les vrais sermons de

1ENR 0 DIU L ANTDIdE Ep MU 3. Feugère, p. 41.

Bourdaloue », aux «copies imparfaites » dont dépendent les éditions de 1692, tire triomphalement cette conséquence : « La fausse édition nous est donc en quelque manière une garantie de la vraie. » Voilà un témoignage qui ressemble de bien près à une pétition de principe, et il est superflu d’aligner en grand nombre les attestations de ce genre.

Le P. Lauras, disposé d'avance à rencontrer cette même conclusion, ne devait pas se montrer plus difficile que Feugère, et l’on comprend qu'il ait fait sien un argument que son devancier d’ailleurs ne paraît point avoir inventé. De Foris en effet, nous l’avons vu, rappelle que de son temps on remarquait € que cel éditeur avait encore mieux fait pour autrui que pour lui-même. » Le P. Longhaye, dans son Aistoire de la Littérature française au xvri° siècle, a aussi confirmé par cette preuve son opinion entièrement favorable à l'authenticité des sermons édités par Bretonneau. Pour lui, les aveux de léditeur insinuant qu'il a quelque peu arrangé les sermons qu'il publie, n’ont rien qui doive inquiéter :

Il est probable, écrit-1l, qu'il s'exagère son rôle en toute innocence. La preuve, preuve à mes yeux décisive, en est dans ses propres sermons publiés dans le milieu du dix-huitième siècle et singulièrement pâles en comparaison de ceux qu'il aurait ainsi remaniés. Il est donc évident que l'éditeur n'a pas refait Bourdaloue à sa propre image; que ses retouches et ajustements sont dans tous les cas peu de chose ?

Plus rassuré encore et plus affirmatif, M. Brunetière, dans son article de la Grande Encyclopédie, sur Bourdaloue, va jusqu'à tenir pour probable que l’orateur lui-même avait en grande partie préparé son édition opposant le nombre approximatif que supposeraient trente

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