‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 73 sur 367 · TÉMOIGNAGES SUR LE P. BRETONNEAU · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES SUR LE P. BRETONNEAU

mission de refaire, «de corriger d’un bout à l’autre » l’œuvre de son confrère. « Écrivain d’un goût sûr », tant qu'il plaira, ce n’est pas lui ni sa manière d’écrire que je cherche, et il me déplait même et m'inquiète fort de les retrouver, sans différence assez marquée, dans les trois orateurs, que suivant l’allusion au triple miracle de saint Marun, il a ressuscités du tombeau : 7rium mortuorum suscitator magnificus. Quand La Rue lui appliquait cette phrase liturgique de l'office du saint évêque de Tours, on ne songeait qu'à rappeler, à son éloge, comment ses éditions de Giroust, de Cheminais et de Bourdaloue, en attendant les panégyriques de La Rue, avaient pour ainsi dire, rendu la vie et la parole à trois grands morts. Mais ne faut-il pas regretter que Bretonneau leur ait un peu trop donné mêmes traits et même visage et n’est-ce pas le signe d’une résurrection, ou plutôt, comme nous disons aujourd'hui, « d’une restitution » un peu factice ?

Avant de discuter ce point, continuons d’entendre les témoins. Hostiles ou sympathiques à la méthode employée par Bretonneau, il n'importe; tous s'accordent à reconnaître, comme un fait constant et reçu, qu'il y a eu de notables retouches. Plusieurs cependant, au lieu de chercher à justifier éditeur, toat au moins par exemple de ses contemporains, liennent, pour des raisons diverses, qu'il a été fidèle, qu'il n'a mis presque rien dans Île texte que nous lisons et qu'il a publié, en somme, les sermons de Bourdaloue.

Puisque nous avons donné la parole à certains critiques témoignant en faveur de modifications notables à mettre sur le compte de Bretonneau, accordons une place à la défense. Il ÿ a des affirmations qui prétendent nous rassurer sur la fidélité de léditeur.

Parmi les anciennes, celles qui compteraient quelque peu, il existe une réclamation, presque une réclame, en faveur d’une reproduction rivale, l’édition d'Anvers, dite de Paris, 1734. Ce sont les Mémoires de Trévoux qui

protestent contre cette entreprise des libraires de Hollande, et en recommandant à l'encontre une édition nouvelle, nous affirment la conformité de celle-ci avec l’œuvre originale. Voici ce document, précieux à plus d’un uütre, et sur lequel il faudra insister dans l’histoire de la disparition des manuscrits :

Il se répand depuis quelques mois dans les Provinces, lit-on au numéro de juillet 1735, une édition contrefaite des Sermons du P: Bourdaloüe, en 14 vol. in-12, de petit caractère sous le nom de ja ville d'Anvers. Nous croyons devoir avertir le public que cette édition, assez mal imprimée, est en outre remplie de fautes et tronquée en une infinité d’endroits. A cet avis nous en joignons un second, c’est que les Libraires de Paris interessez au Privilège de: ce Livre, ont fait paroître depuis environ un an une édition de ces Sermons qui ne laisse rien à désirer pour l'exécution; elle est en quinze tomes, petit caractère, € {out à fait conforme au manuscril de l’Auleur. On trouve cette édition chez G. Martin, Coignard fils & Guerin l’ainé, rüe S. Jacques.

J'ai signalé ailleurs cette édition qui n’est point citée dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus *. Mais cet article, avec les mots que j'y ai soulignés, est à mettre ici en relief parmi les témoignages en faveur de l’authencité nettement affirmée de l’édition Bretonneau. Nous en discuterons en son lieu la valeur, l’origine et la portée. Notons seulement qu'il y faut voir un témoignage contemporan de lPédilion et, sans oublier la notion qu’on pouvait alors avoir de la fidélité exigée des éditeurs, accordons-lui plus de crédit, comme témoignage à décharge, qu'aux affirmations plus récentes tendant à nous garantir l’authenucité de l’édition Bretonneau.

Parmi ces dernières, car nous ne pouvons les citer (outes, nous devons mentionner les conclusions très opumistes que tire le P. Lauras, dans le chapitre qui traite explicitement de cette question*. Mais ce simple

1. Revue dés Etudes historiques, nov.-déc, 1900, p. 435. — Bibliographie critique de Bourdaloue, p. 9.

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