‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 76 sur 367 · OPINION DE M. BRUNETIÈRE · texte numérisé non relu

OPINION DE M. BRUNETIÈRE

stations, si chacun des sermons était fait à neuf pour la circonstance et qu'il évalue à cinq cents environ, aux cent trente-trois sermons qu'il a comptés dans lédition donnée par Bretonneau, il conclut, de l'ordre qu'avait reçu Bourdaloue de travailler à publier ses sermons :

Il y a donc lieu de croire qu’il avait fait et arrêté le choix de ceux qu'il voulait imprimer; et d'autre part quant à l'authenticité du texte, les libertés qu on a dit qu’aurait prises en le publiant, le P. Bretonneau son confrère, ne sauraient être grandes, si l’on compare à ceux de Bourdaloue les Sermons que Bretonneau nous a laissés sous son propre nom f.

En résumé, les arguments mis en avant par ceux qui contestent la fidélité de Bretonneau se ramènent à croire sur parole ses aveux et ceux de ses confrères; les preuves de ses défenseurs se réduisent à ne point contester ses affirmalions en sens opposé. Quant au crilertum interne de la lecture comparée des sermons de lun et de lautre, il ne vaut ni un témoignage précis, de Pordre extrinsèque, ni un document historique, car il est, nous le verrons, d’un usage trop délicat, pour trancher ce qui reste en question. Il faudra donc reprendre, pour les examiner, les

raisons invoquées de part et d'autre et tâcher de suppléer par des faits à leur infirmité démonstrative.

Encore un témoignage, neutre et sans aucun parli-pris, mais reflétant à cause de cela même, le résultat un peu négatif auquel amènent les deux affirmations peu prouvées qui représentent Bretonneau comme un éditeur fidèle, ou comme un arrangeur sans scrupule. De Foris, qui avait avec tant de soin distingué sa manière de celle de Bretonneau et marqué de son mieux lPantinomie entre son système et celui de Péditeur de Bourdaloue, est débouté de sa plainte par un juge impartial qui le renvoie dos à dos avec celui qu'il accusait si amèrement.

Dans la préface des tomes xr, x et xut, reproduite par

le libraire Lami, au 1. xur de son édition in-douze, le bénédictin se jusüfie contre ses censeurs, Maury entre autres, de n'avoir pas retouché les Cincorrections » de Bossuet : Nous ne nous arrêterons guère, dit-il, aux reproches qu'on a pu nous faire de n'avoir pas changé des expressions vieillies, corrigé des négligences de style, & en un mot habillé Bossuet un peu à la moderne. Nous aurions cru au contraire qu'on nous sauroit gré de notre fidélité, & nous eussions pensé qu'on auroit pu, si nous eussions suivi ce plan, nous reprocher d’avoir été assez téméraires pour oser entreprendre de perfectionner Bossuet. Et certes que nous nous fussions donné la même liberté que s'est attribuée l'Editeur de Bourdaloue, on n’eût pas manqué de se plaindre et de nous intenter procès ; car tel est l'esprit de contradiction qui anime les hommes : il faut, quoi que vous fassiez, qu'ils critiquent, qu'ils condamnent ; et lors même que vous suivrez leurs idées, ils vous trouveront répréhensibles de n'avoir pas prévu qu’ils pouvoient en changer. Malheureusement pour de Foris, des critiques, nullement animés de cette intention de contredire à tout prix qu'il suppose avec aigreur, sont allés aux manuscrits mêmes. En dépit des affirmations par lesquelles il se déclare, par opposition à Bretonneau, un éditeur sincère, les travaux entrepris par les Vaillant, les Gandar et les Lebarq, pour ne citer que les morts, ont permis à M. Gazier de dire, et ce sera le dernier témoignage invoqué sur Bretonneau : Mais Déforis a eu le tort de publier les sermons de Bossuet, comme

le P. Brelonneau a publié ceux de Bourdaloue dont les originaux sont perdus (Choix de sermons, p. xv.).

Voilà une assimilation que les préfaces de de Foris avaient tout fait pour éviter, et que cependant bien des découvertes ne paraissent pas faire juger trop rigoureuse, tant il est vrai que la notion de la fidélité d’éditeur est chose fort relative, tant il est bon surtout de tout contrôler quand on le peut, et de ne s’en pas rapporter, pour cerüfier l'authenticité des sermons publiés par Bretonneau, à l’affirmation qu’il nous en donne lui-même, ou que généreusement donnent pour lui ses défenseurs !

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