‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 77 sur 367 · CHAPITRE TROISIÈME DISCUSSION DES ARGUMENTS · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME DISCUSSION DES ARGUMENTS

Il convient de reprendre, ordine inverso, pour ainsi dire, chacun des arguments apportés pour ou contre cette question de l’authenticité des sermons de l'édition officielle. Cette authenticité reste, quoi qu'on prétende, un problème; il ne se résoudra intégralement que si l’on retrouve les manuscrits originaux. En attendant, rien ne sert de le regarder comme tranché, ou de se persuader que les preuves apportées ont fait pleine lumière.

C’est supposer la question, et c’est sortir du problème tel que nous l’entendons débattre, qu'admettre et prononcer que Bretonneau a bien ou mal fait de corriger les sermons de Bourdaloue, qu'il lui a rendu service où à nui à sa mémoire. C’est aussi se méprendre sur la condition vraie des sermons et en faire, gratuitement et contre la vérité, un genre litléraire, que les traiter comme on jugerait un ouvrage écrit à loisir par un artiste de style, un écrivain - de profession, heureux, à ce litre, de polir lui-même où de laisser polir par un autre les phrases imparfaitement châtiées.

Le problème est ici tout autre : il s’agit de savoir jusqu’à quel point les aveux de Bretonneau répondent à la réalité ; car ils existent, ces aveux, et point n’est besoin de répéter avec M. Brunetière, « qu’on dit qu'il a touché

à l’œuvre de son confrère »; c’est lui-même, Bretonneau, qui le dit et à maintes reprises, nous l'avons vu. Le point est de savoir dans quelle mesure il la fait, et c’est à quoi ne servent guère les arguments employés par les témoins cités plus haut.

Pour écarter par une fin de non-recevoir la raison urée de « linfériorité du talent oratoire de Bretonneau », il suffit de rappeler les méprises auxquels expose cette critique interne, qui prétend, sur les caractères du style, donner ou refuser à un auteur ou à une époque tel ou tel morceau. L'art du pastiche est en somme aisé, et rien n’est plus facile que de faire tomber dans de lourdes erreurs des juges qui se croient et sont peut-être éclairés. Quand j'aurais accordé à tous ceux qui disent avoir lu et comparé les sermons de Bourdaloue et ceux de son éditeur, que ceux-ci sont d'ordinaire beaucoup moins pleins, que surtout ils sont fort inégaux, et qu'il y en a de très faibles, la solution n'aura pas beaucoup avancé. Je pourrais d’ailleurs invoquer des faits singulièrement embarrassants dans cet ordre de iméprises possibles : les trois sermons de Bretonneau insérés dans l’édition clandestine de Massillon, et point si aisés qu’on imagine à distinguer de leur voisinage ; un sermon du même, pris pour du « Bourdaloue » par un auditoire sérieux et compétent, tel panégyrique de Fromentières bien digne de passer pour une œuvre de Bossuet, et quantité de confusions analogues que les plus habiles, pour peu qu'ils soient modestes, se reconnaïtront exposés à commettre !. Mais surtout, je demanderai ce que vaudrait la découverte d'un morceau inédit apporté par un critique qui fonderail

1. On sait que le docte Huet se plut à mystifier ses amis en leur tendant des pièges qui leur firent attribuer à des poètes anciens certaines pièces de son crû, habilement imitées, et l'on connait la fable latine In locutuleios, Contre les bavards, que Bossuet composa « dans le goût de Phèdre » jusqu'à tromper des experts. Ledieu, Mémoires, pp. 141, 227, et mon opuscule: Un Fragment inédit de Ledieu, p. 2, n. 6 et.

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