‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 79 sur 367 · LES DÉFENSEURS DE L'AUTHENTICITÉ · texte numérisé non relu

LES DÉFENSEURS DE L'AUTHENTICITÉ

1705, sans plus attendre, les sermons de son oncle !.

Nous pouvons être rassurés sur les préférences du neveu de Bossuet ; mais il est à croire que s'il aima mieux prêcher des sermons de famille, ce fut pour cette raison, tout indépendante de leur valeur intrinsèque, qu'il les avait seul en portefeuilles, et qu'il était ainsi moins exposé à se trahir, qu’en puisant dans l'édition très authentique, sinon exacte, de 1707, les sermons de Bourdaloue publiés par Bretonneau. Ce n’était donc pas la peine d’échafauder sur une donnée, aisée à contrôler, même à l’aide du Manuel de littérature, une série d'hypothèses qui pèchent par la base.

Si les raisons invoquées pour prouver que Bretonneau

1. Ledieu, dans son Journal, à l'occasion du sermon prèché en 1703, à la fète de la Toussaint, par l'abbé Bossuet (Journal, t. 11, vendredi ? nov. p. 20 et mercredi 14, p 24), à donné en vingt-quatre lignes, raturées ensuite, mais déchiffrées à peu près complètement par M. l'abbé Urbain, son appréciation assez malveillante : « J'ai appris (par ?) des sens sincères que le sermon prononcé le jour de la Toussaint par M. l'abbé Bossuet étoit un sermon fait... de.. même par M. de Meaux. Aussi est-il bien certain que M. de Meaux a fait dans son église huit sermons sur les huit béatitudes...* de faire au jour de cette fête... et M. l'abbé Bossuet en (?) son voyage à Meaux pour le synode s'enferma un jour entier dans le cabinet de M de Meaux. Là il a fait. . et M. de Mouhy, son favori, qui se présenta pour entrer et il eut alors tout le loisir de... remuer de la grande armoire où sont tous les papiers, et de piller tous les sermons de M. de Meaux qui y sont. Et voilà où se réduit le grand talent de la chaire que M. de Meaux lui reconnoit depuis tant d'années! Mais qui n'admireroit la hardiesse d'un homme qui se donne pour un si bel esprit, et qui est réduit à piller et à publier avec audace les pièces d'autrui ? C'est le comble de la dissimulation et de l'hypocrisie, qui est son vrai caractère. Au resté la plupart (?) des gens de Meaux se sont moqués du prédicateur. Il a paru un vrai comédien, prononçant de la manière d'un homme peu persuadé de son propre discours, sans onction » Sans action, sans liberté dans la voix (?) .. mémoire fort embarrassée, si bien qu’il pensa demeurer court trois ou quaire fois qu'il trancha un temps (?) sa seconde et dernière partie, tournant à la fin hors de propos comme un homme perdu qui ne suivoit plus son discours, ce qui à paru si visiblement que tout le monde s’en est aperçu et que les connaisseurs s en sont allés peu persuadés du mérite et du talent du prédicateur. Luimême a senti ce défaut de mémoire et... paru troublé. Mais depuis qu'il est arrivé à Paris, il a oublié tout cela, et il se donne pour un grand prédicateur. » (Ch. Urbain, L'abbé Ledieu, p. 43)

* Sans doute dès le 4 novembre 4685, Cf. mon étude De Munere pasltorali Bossuet, p. 249.

nous à bien donné les sermons qu'il avait reçus en dépôt, sans prendre avec ce texte de grandes hbertés, ne sont pas des plus solides, les éloges que lui décernait en 1857 le professeur d'éloquence sacrée de la Sorbonne « pour avoir corrigé d’un bout à l’autre son illustre confrère » n’en sont pas moins sujets à caution. D’après Mgr Freppel, Bretonneau, « écrivain d’un goût sûr et ferme », a seul rendu supportables les productions de Bourdaloue, et celui-ci, d’après un spécimen, tiré, dit-on, Cdu manuscrit primitif », est jugé d’une lecture pénible « avec ses longueurs, sa trempe d’esprit peu artistique », etc. Je n’y contredirai guère, sinon pour faire remarquer que le «manuscrit primilif » invoqué ici sans autre référence, est à coup sûr une de ces copies du temps qui nous aident en effet à mesurer la distance entre ce que donnait peut-être Bourdaloue, et ce qu’en a tré en le limant, polissant, équilibrant, l'éditeur des sermons. L’exorde en question avait été en effet publié par le P. A. Cahour, dans les Uhefs-d'œuvre d'Éloquence chrétienne, et J'ai moi-même édité le sermon entier d’après une des copies du Ms. Phelipeaux !. C’est probablement à l'édition de 1854 du recueil publié par le P. Cahour, que le professeur de la Sorbonne empruntait son exemple, et par malheur il n’a pu être plus explicite que l’auteur dont il était tributaire. Or celui-ci a le très grand tort de parler en termes tellement vagues de ce qu'il nomme le premier jet de Bourdaloue, — il déclare lavoir retrouvé «dans un ancien manuscrit » ? — qu'il est impossible d’en rien conclure

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