‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 89 sur 367 · LE P. DE TOURNEMINE · texte numérisé non relu

LE P. DE TOURNEMINE

Bibliotheca Scriptorum S. J. Quoi qu’en ait dit trop sévèrement le P. Victor de Buck, bollandiste, racontant l’histoire de cette entreprise de bibliographie, le P. de Tournemine ne manqua nullement de zèle et de compétence ?. Nous avons le témoignage du P. François Oudin, un des ouvriers de ce grand travail. Voici en effet ce que rapporte, à l'article Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, un avocat de Dijon, nommé Michault, dans ses Mélanges historiques et phiiologiques (Paris, Tilliard, 1734). Bon nombre des anecdotes accumulées dans ce livre sont le fruit des conversations de cet avocat dijonnais avec le P. Oudin, et notamment les détails qui suivent :

On avait toujours espéré, écrit Michault, que le P. Bonami remplirait ce projet ; et ce ne fut qu'à sa mort qu'on lui substitua le P. de Tournemine... Comme il avoit l’imagination fort vive, il prit feu aisément dans une circonstance aussi honorable : il demanda aussitôt avec instance des Mémoires de chaque Province (en 1726, il ne lui manquoit que ceux du Portugal), il fit même compulser les Archives des Collèges de Rome ; mais toujours partagé par différentes occupations, il lui fut impossible de remplir ses engagemens : la direction des consciences, ses conférences sur la religion, ses réponses aux sçavans qui le consultoient, quelques ouvrages que l’occasion faisoit naître, quelques démêlés littéraires l’emportèrent toujours loin de son objet. On avoit essayé de le fixer en lui confiant la garde des livres de la Maison professe ? parmi lesquels il fondit dans la suite la bibliothèque de Louis Marcel de Coëtlogon, son oncle, Evêque de Tournai # ; mais cet emploi, en multipliant ses devoirs et ses soins, ne fut pour lui qu'un nouveau sujet de distraction.

|. La Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, Etudes, S. J., fév. 1870 p. 290.

2. Légère inexactitude, car la charge de praeses bibliothecae qui date de l'année 1719, est antérieure à la mort du P. Buonami, 17%5, et, par suite, à cette commission bibliographique.

3. Transféré de Saint-Brieuc à Tournai le {1 avril 1705, il mourut le 18 avril 1707. Deux lettres de Fénelon au P. de Tournemine, ?7 avril 1705 et 20 avril 1707, parlent de l'évêque de Tournai. V. Fénelon, Correspondance, t.ur, pp.54 et 136, et éd. de Louvain, 1827, t.11, pp. 473 et 510. Il est à croire que la question de la succession et du legs de la bibliothèque ne vint pas aussitôt après la mort du prélat, mais au temps seulement où le P.de Tournemine était déjà bibliothécaire de la Maison professe.

C’est donc moins par manque d'aptitude que par l’accablement d’une vie que son activité même contribuait à surcharger, que le P. de Tournemine ne put mener à terme ce travail absorbant d'enregistrer les productions littéraires des membres de son ordre. Peut-être fut-ce lui qui rédigea la première notice bibliographique sur Bourdaloue, mais il n’est point téméraire de supposer, que l’article des Mémoires de Trevoux du mois de juillet 1735 fut, sinon inspiré, au moins remarqué par le P. de Tournemine. Il est sûr que chargé de la rédaction des Mémoires de Trevoux et directeur de ce recueil, de 1701 à 1718, 1l ne dut jamais cesser de s’y intéresser. Ce que nous apprend sur son compte le P. Oudin nous fait conclure qu’il n’était point rebelle aux questions de bibliographie. Nous le savons aussi par la très jJudicieuse lettre qu'il inséra dans les Mémoires de Trevoux sur l’édiion de saint François de Sales, à laquelle il a le bon goût, méritoire de son temps, de vouloir garder son caractère archaïque !, On le conclurait encore de sa lettre à Bossuet, évêque de Troyes, que M. A. Gasté a récemment publiée ?,

Or il est impossible que ce confrère et ami du P. Bretonneau, auquel il écrivait de Rome, le 2 juin 1729, ne soit pas quelque peu mêlé à cette affaire des éditions. Conjecture, si l'on veut, mais probable, et dont ne dépend point d’ailleurs lintérêt que présente pour nous la menton du manuscrit auquel il était fait appel en 1735.

Qu'en faut-il conclure ? La fidélité parfaite de Bretonneau à reproduire scrupuleusement « son auteur ? » Il nous reste à voir que cette conséquence optimiste ne s'impose pas. Nous avons du moins tiré jusqu'ici de la discussion des témoignages qu'on vient d'examiner, que

1. Juillet 17936. V. mon Panégyrique de saint François de Sales, p. 46.

?. V. la Revue Bossuet du 25 avril 1900, p. 99.

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